ALEISTER CROWLEY

MAGICK

Traduction de Philippe PISSIER

 

 

 

 

 

 

 

APO PANTOS KAKODAIMONOS

 

(Préface)

 

 

              À l’évidence — et peut-être sommes-nous l’exception à couteaux tirés avec la règle —, la pensée d’Aleister Crowley (1875-1947) est peu et/ou mal connue au pays de Rabelais, thélémite avant l’heure, heure du faucon fonçant en piqué sur le monde.

 

              Celui qui devait rénover la magie dans le cadre du vingtième siècle occidental naquit à Leamington (Warwickshire) dans une famille inféodée à une secte protestante ultra-fanatique : les Frères de Plymouth; et nul doute que l’oppression de leur morbidité puritaine joua un grand rôle dans sa révolte subséquente et pour tout dire “magicke” contre le christianisme et autres instances aliénantes. Celle-ci débuta par l’exercice de la poésie et son parcours orphique fut influencé par Baudelaire (qu’il traduira en anglais), Swinburne, Shelley, Keats et le visionnaire William Blake. En 1898 parut son premier recueil : “Aceldama”, marqué par un satanisme s’apparentant à celui de l’auteur des “Fleurs du Mal”. Suivirent bientôt “The Tale of Archaïs”, “Songs of the Spirit”, “White Stains” (publié clandestinement chez Leonard Smither, éditeur entre autres d’Oscar Wilde). Ce dernier, considéré par certaines autorités comme l’œuvre la plus immonde de toute la littérature anglaise, avait été rédigé en réaction contre l’ouvrage de Krafft-Ebing : “Psychopathia Sexualis”. Crowley était en total désaccord avec ce professeur allemand qui, en bon infra-humain qui se respecte, soutenait que les déviations sexuelles étaient d’origine pathologique ou résultaient d’un “faute de mieux”. Bien au contraire, il s’agissait pour lui “d’affirmations magiques de points de vue parfaitement intelligibles” (on sent déjà pointer le concept de magie sexuelle qu’il devait plus tard étudier et mettre en pratique). C’est ce qu’il essaya de démontrer sous forme artistique au-travers des poèmes de “White Stains”, pervers merry-go-round dont les cavales oscillent au rythme de la nécrophilie ou de la bestialité.

 

              Crowley avait depuis environ deux ans l’intuition qu’il pourrait éveiller des parties occultées de lui-même via la magie et, suite à une rencontre inattendue, il entrait le 18 novembre de la même année, sous le nomen mysticum de Frater Perdurabo, dans un ordre initiatique intitulé “Hermetic Order of the Golden Dawn” (Ordre Hermétique de l’Aube Dorée (1)) fondé à Londres en mars 1888 par trois membres de la “Societas Rosicruciana In Anglia” — elle-même créée en 1865 par d’éminents francs-maçons & perpétuant les enseignements d’Elias Ashmole et John Dee. Sa structure hiérarchique était basée sur un système de grades en correspondance avec les séphiroth de l’Arbre de Vie de la Qabal (Crowley améliorera de beaucoup cet agencement lorsqu’il fondera son propre ordre initiatique : l’Astrum Argentinum (2)). C’est là que la future “Grande Bête” devait faire ses premières armes en magie — pour ce qui est de l’aspect formel de cette dernière. L’ordre se désagrégera rapidement et nous laisserons à notre ami Jean-Pascal Ruggiu le soin de nous éclairer sur cette grande aventure humaine et spirituelle où la mesquinerie le dispute à la paranoïa.

 

              Aleister volera bientôt de ses propres ailes et entreprendra de longs et mouvementés voyages. Vers 1901-1902, il pratiquera intensément le Yoga en Inde du Sud puis gagnera Ceylan où vivait désormais Allan Bennett, ex-membre de l’Aube Dorée et ami, devenu moine bouddhiste sous le nom de Bhikku Ananda Metteya. En compagnie de celui-ci, il continuera d’explorer ce domaine et au terme de plusieurs mois atteindra l’état nommé Dhyana qu’il décrira comme une formidable expérience spirituelle. Cet apprentissage du contrôle du corps, de la pensée, du souffle & des émotions marque un tournant important dans la vie du Mage. En effet, cette connaissance et cette maîtrise qu’il venait d’acquérir (et dont témoigne la Partie I de ce livre) le hissaient irrémédiablement au-dessus des magiciens de l’Aube Dorée auxquels l’entraînement psycho-physiologique du Yoga aurait sans doute beaucoup apporté quant au contrôle de leurs expérimentations astrales et rituelles.

 

              En 1904 (précisément les 8, 9 & 10 avril) surviendra l’événement qui dès lors orientera de manière capitale l’existence de Frater Perdurabo. Alors de passage au Caire en compagnie de sa première femme, Rose Edith Kelly, une révélation écrasante, “Le Livre de la Loi” ou “Liber AL vel Legis” (3), lui est dictée durant ces trois jours par une entité supra-humaine nommée Aiwaz. Ses trois chapitres sont les trois paroles respectives des divinités Nuit, Hadit & Râ-Hoor-Khuit. Dans l’iconographie égytienne, Nuit est représentée comme une femme arquée au-dessus de la terre, voûte céleste où brillent les étoiles : c’est la grande déesse du panthéon thélémite, se confondant avec le zéro qabalistique. Nuit, Hadit & Râ-Hoor-Khuit nous évoquent la trinité Isis-Osiris-Horus. La définition que Nuit donne d’elle-même (dans le chapitre où elle s’exprime) est suffisamment éloquente : « I am Infinite Space, and the Infinite Stars thereof » (I, 22), soit ISIS en acrostiche. Elle symbolise l’infinité des possibilités à accomplir. Son parèdre ou complément, Hadit, est le point infinitésimal et omniprésent, la graine créatrice; on peut le comparer au Soi ou à l’Atma hindou, ou encore le définir comme “le centre secret de l’âme humaine”. Dans le Liber Legis (II, 3), Hadit se présente de la manière suivante : « Dans la sphère je suis partout le centre, comme elle, la circonférence, n’est trouvée nulle part » (II, 3). Hadit est cette unité infiniment petite qui va explorer l’infiniment grand de sa compagne Nuit. On le représente comme un globe ailé au cœur de cette dernière. Il est le “Vrai Vouloir” (“True Will”) à l’intérieur de chaque être humain. De la conjonction de Nuit & Hadit estengendré Heru-Râ-Ha ou Horus, pouvant se manifester sous deux formes : celle d’un enfant encore à naître, Hoor-Paar-Kraat, ou celle de Râ-Hoor-Khuit, dieu faucon de la guerre. C’est sous cette dernière, très belliqueuse, qu’il se manifeste dans le chapitre qui lui est consacré. Il représente la réalisation de la Vraie Volonté et se trouve être le Seigneur du Nouvel Éon. Dans la pensée de Crowley, le monde est régulièrement soumis à des changements d’éons, ou de cycles si l’on préfère. Ainsi, le monde serait passé par l’Éon d’Isis correspondant aux sociétés matriarcales et aux cultes de la Nature; puis par l’Éon d’Osiris correspondant aux sociétés patriarcales et aux cultes des “dieux agonisants” dont le christianisme est le meilleur mais non le seul exemple. Durant celui-ci, la formule initiatique en vigueur est celle de la renonciation et de la rédemption via la souffrance. A contrario, dans ce nouvel Éon d’Horus (qui présente d’ailleurs beaucoup d’analogies avec le Kali-Yuga hindou), « Le mot du Péché est Restriction. » (I, 41). La démarche transcendantale se rapproche des enseignements du tantrisme pour lequel co-existence du Samsara et du Nirvana n’est plus incompatible. Abolie l’opposition entre réalisation spirituelle et fréquentation du monde phénoménal. Citons Crowley : « La joie de vivre consiste à exercer ses énergies en une croissance continuelle, en un changement incessant et en jouissant de toute expérience nouvelle. S’arrêter signifie tout simplement mourir. L’éternelle erreur de l’humanité est de se fixer un idéal accessible ». Cela nous fait tout naturellement penser à Nietzsche pour qui le bonheur est « le sentiment que la puissance croît, qu’un obstacle est en voie d’être surmonté ». Tout le chapitre III attribué à Râ-Hoor-Khuit est d’ailleurs parsemé d’affirmations d’un nietzschéisme violent : « Maintenant, qu’il soit tout d’abord compris que je suis un dieu de Guerre et de Vengeance. Je les traiterai avec rigueur. » (III, 3), « Ne craignez rien du tout; ne craignez ni les hommes ni les Parques, ni les dieux, ni quoi que ce soit. Ne craignez pas l’argent, ni le rire de la sottise du peuple, ni tout autre pouvoir dans les cieux ou sur terre ou sous terre. » (III, 17), « Maudis-les ! Maudis-les ! Maudis-les ! De ma tête de Faucon je crève à coups de bec les yeux de Jésus alors qu’il pend à la croix. Je bats des ailes au visage de Mahomet & le frappe de cécité. De mes serres j’arrache la chair de l’Indien et du Bouddhiste, du Mongol et du Din. Bahlasti ! Ompehda ! Je crache sur vos croyances crapuleuses. Que Marie immaculée soit déchirée sur des roues : que par égard pour elle toutes les femmes chastes soient totalement méprisées parmi vous ! » (III, 50-55). Voici donc Crowley promu prophète d’un nouveau cycle et pour des raisons — entre autres qabalistiques — trop longues à expliquer ici, il s’identifiera de plus en plus à la Bête de l’Apocalypse, celle dont le nombre est le nombre d’un homme : 666.

 

              Chapitre I, verset 39, il est dit : « Le mot de la Loi est THELEMA ». Thelema est le mot grec pour “volonté” (de même valeur numérique que le mot “Agape” signifiant “Amour” ou qu’AIWAZ : 93) et un individu adhérant à la révélation d’Horus — & mettant en pratique ses implications — est dit “thélémite”. Pour le Mage employant le système théurgique de Crowley, l’objectif principal est en effet de découvrir sa “Vraie Volonté”, celle-ci n’ayant rien à voir avec le volontarisme du profane : elle se situe largement au-delà des désirs conditionnés par l’éducation, la société, le contexte culturel, etc. À vrai dire, pour la Bête, la quête de la Vraie Volonté se confond avec le Grand Œuvre alchimique.

 

              C’est en 1911 qu’il rencontre Mary d’Este Sturges, élève d’Isadora Duncan (elle prendra le nomen mysticum de Soror Virakam). Elle devient bientôt la medium de Crowley et recueillera certains messages d’un esprit nommé Ab-ul-Diz, enjoignant son compagnon d’écrire un livre sur la magie : le “Book Four”. Les deux premières parties de celui-ci (le présent ouvrage en constitue la traduction) virent le jour en 1913. Il faudra attendre 1929 pour que paraisse la troisième, “Magick in Theory and Practice”, qui est en quelque sorte le Dogme et Rituel de la Grande Bête, traitant de tous les problèmes liés à l’exercice de la théurgie. La quatrième, “The Equinox of the Gods” (à savoir le Liber AL accompagné de commentaires) parut en 1938. Ce Livre 4 ou Liber ABA est en quelque sorte le successeur thélémite du “Book Four” de l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée : ce quatrième tome des enseignements de cette école incluait les données cérémonielles de base, à savoir : rituélies élémentaires et planétaires (pentagrammes & hexagrammes) ainsi que fabrication et consécration des armes magiques.

 

              Nul doute que le lecteur l’ayant parcouru sera surpris par ce que Crowley nous offre dans son œuvre du même titre : il pourra déjà voir dans les deux premières parties ici présentées avec quelle profondeur psychologique & métaphysique l’auteur nous entretient du Yoga comme de la symbolique des divers instruments rituels.

 

              Nous espérons que la publication de ce texte sera à même de donner un aperçu de la complexité et de la richesse du système magique de la Bête ainsi que d’enfin fournir à tous les francophones avides de ses écrits fondamentaux une traduction correcte de l’un d’entre eux.

 

Aum. Ha.

 

LÉON & LE TRADUCTEUR.

 

 

 

NOTES

 

(1) Dont survivent d’ailleurs en France quelques épigones.

 

(2) Cf. “Une Étoile en Vue”, appendice II de “Magick in Theory and Practice” (traduit & à paraître).

 

(3) Disponible à l’Oasis Sous les Étoiles.

 

 

 

 

EN GUISE D’INTRODUCTION À LA WELTANSCHAUUNG THÉLÉMITE

 

 

              La Grande Bête chevauchée par sa Grande Putain Babalon au centre d’une sphère noire et or qui change à tout instant la couleur des herbes de l’Abîme, des nuages de sang se profilant à l’angle du dragon vaginal.

 

              Que cache donc le sourire du nouvel Hiérophante ?

 

              Quelle est-elle, cette princesse du 10 à délivrer du 4 nécrosé usurpant le visage du 1 ? Je dirais peut-être un diamant noir aux cils thermonucléaires, une farce sanglante allaitée par l’idée même de Création. Mais sans piment tout est fatigant et sans risques tout est triste : aussi remercions l’Unité Divine d’être tombée si bas ! Pour la chance de l’union, pour les échancrures inquisitoriales taquinant l’ossature du caprice, pour les poignards de la pluie refermant le cercle des regards enlacés.

 

Philippe Pissier.

 

 

 

 

REMERCIEMENTS

 

 

              Nous tenons à exprimer notre gratitude envers :

 

              – l’O.T.O. dans son ensemble et l’Oasis “Sous les Étoiles” en particulier,

 

              – LÉON et Paul GINET-DUCHATEAU pour avoir bien voulu se charger de la relecture du tapuscrit,

 

              – Laurent MEDELGI, diplômé de l’Université de Cambridge (où rôde encore le “Démon Crowley”), pour avoir, sous inspiration divine — ou démoniaque ! —, élucidé le mystère d’une citation du Liber Liberi vel Lapidis Lazvli,

 

              – Christiane ROY, Nicolas TERESHCHENKO, TANYA (de la Fraternité d’Eulis), pour m’avoir fourni diverses informations qui m’étaient inaccessibles,

 

              – et surtout Ghemma QUIROGA et José GALDO, animateurs de la revue “BLOCKHAUS”, sans l’amitié et l’aide desquels cette traduction ne serait pas ce qu’elle est.

 

Philippe PISSIER.

 

 

 

 

AVERTISSEMENT

 

 

              Au cours de notre traduction, nous nous sommes trouvés dans l’obligation de prendre certaines options. Celles-ci, ainsi que d’autres difficultés inhérentes au texte, méritent de brèves explications.

 

              1. Nous avons décidé de garder le mot “MAGICK” tel quel, et, lorsqu’il est traité comme un adjectif, de l’écrire “magicke”. Il était capital de conserver la dignité et la force de ce terme. Toutefois, lorsque les mots “magic” ou “magical” sont employés, nous les rendons alors par les “magie” et “magique” habituels.

 

              2. Nous traduisons le mot “supernal” par “supernelle”. L’expression anglaise “supernals” désigne les trois Séphiroth supérieures de l’Arbre de Vie (monde d’Atziluth). “Supernelle” nous semble satisfaisant du point de vue sonorité, et s’avère de plus constituer un hommage (fortuit ?) à la compagne de Flamel.

 

              3. Quelquefois, le mot latin “Magus” (pluriel “Magi”) est employé en lieu et place du mot “Magician”. Pour le sens de la lecture, il convient de se souvenir que ce terme s’applique à l’Adepte ayant atteint le grade initiatique correspondant à la Séphirah Chokmah.

 

              4. Le nom de la troisième Séphirah, Binah, est en anglais : “Understanding” (= Compréhension). Dans le cours du texte, ce mot ou le verbe “to understand” sont rarement employés innocemment, ils font très souvent référence à la “compréhension” participant de Binah, ce qui est beaucoup plus que “comprendre” au sens usuel du mot. Que le lecteur soit donc attentif à la présence de ces derniers.

 

LE TRADUCTEUR.

 

 

 

 

Publié par ordre de

 

la GRANDE FRATERNITÉ BLANCHE

 

connue comme l’AA

 

              Notre Sceau faisant Foi,

 

 

N....

 

 

                             Praemonstrator-Général.

 

  

 

 

 

UNE NOTE

 

 

              Ce livre, délibérément, n’est pas l’œuvre de Frater Perdurabo. L’expérience montre que son écriture est trop concentrée, trop abstruse, trop occulte, pour que des esprits ordinaires y comprennent quoi que ce soit. Il est espéré que cette consignation par écrit de fragments décousus de sa conversation courante puisse s’avérer à la fois plus intelligible et plus convaincante, et pour le moins constituer une étude préliminaire permettant à l’étudiant de se mettre à l’œuvre, armé d’une connaissance et d’une compréhension générales de ses idées, et de la forme sous lesquelles il se les représente.

 

              La Partie II, “Magick”, est rédigée dans un style plus avancé que celui de la Partie I; l’on espère de l’étudiant qu’il connaisse quelque peu la bibliographie du sujet, et soit capable d’en avoir une vision intelligente. Cette partie est, quoi qu’il en soit, réellement explicative de la Partie I, qui n’est qu’une première ébauche grossière.

 

              Si les deux parties sont consciencieusement étudiées et comprises, l’élève aura alors acquis une véritable connaissance de tous les fondements et points essentiels de la Magick comme du Mysticisme.

 

              J’écrivis ce livre sous la dictée de Frater Perdurabo à la Villa Caldarazzo, Posilippo, Naples, où j’étudiais sous sa tutelle, une villa qui nous avait été effectivement prophétisée, bien avant d’atteindre Naples, par ce Frère de l’AA qui m’apparut à Zürich. Tout point me semblant obscur était éclairci lors d’une nouvelle dissertation (celles-ci furent remaniées en conséquence). Avant l’impression, l’œuvre fut relue dans son intégralité par plusieurs personnes d’une intelligence plutôt en-dessous de la moyenne, et tout point qui n’était pas parfaitement clair, même pour eux, fut élucidé.

 

              Puisse la Voie être désormais libre pour tous !

 

              Frater Perdurabo est le plus honnête de tous les grands instructeurs religieux. Les autres ont dit : « Croyez-moi ! ». Lui dit : « Ne me croyez pas ! ». Il ne cherche pas de disciples; il les mépriserait et les rejetterait. Ce qu’il veut, c’est un corps d’étudiants, indépendant et sûr de lui, où ceux-ci suivraient leurs propres méthodes de recherche. S’il peut leur épargner du temps et de la peine en leur donnant quelques “tuyaux” utiles, son travail aura été payé de retour.

 

              Ceux qui ont désiré que les hommes les croient étaient absurdes. Une langue ou une plume persuasives, ou une épée efficace, agrémentées du chevalet de torture et du bûcher, créèrent cette croyance qui est contraire à, et destructrice de, toute véritable expérience religieuse.

 

              LA VIE TOUTE ENTIÈRE DE FRATER PERDURABO EST DÉSORMAIS CONSACRÉE À VOUS FAIRE OBTENIR CETTE VIVANTE EXPÉRIENCE DE LA VÉRITÉ POUR, PAR, ET EN VOUS-MÊMES !

 

SOROR VIRAKAM (Mary d’Este Sturges).

 

 

 

 

Il y a sept clés à la grande porte,

Étant huit en une et une en huit,

D’abord, que ton corps soit immobile,

Rigide comme un cadavre; afin de pouvoir avorter

Des fœtus de l’agitation qui taquinent la pensée.

Puis, que ton rythme respiratoire soit faible,

Aisé, lent et régulier;

De sorte que ton être soit en harmonie

Avec la grande pâmoison de l’océan Pacifique.

Trois, que ta vie soit pure et sereine,

Oscillant doucement telle un palmier à l’abri du vent.

Quatre, que ta volonté-de-vivre soit enchaînée

Au seul amour de la profondeur.

Cinq, que la pensée, divinement affranchie

Des sens, observe son entité.

Surveille toute pensée qui surgit; accroît

Ta vigilance d’heure en heure !

Vif et tranchant, tourné vers l’intérieur,

Ne manque d’aucun atome d’analyse !

Six, sur une pensée solidement fixée,

Apaise tout murmure du vent !

Ainsi comme une flamme immuable et droite

Consume ton être en une parole !

Puis, calme cette extase, prolonge

Ta méditation, la rendant forte et rude,

Tuant même Dieu, s’Il devait distraire

Ton attention de l’acte choisi !

Enfin, toutes ces choses en une seule subjuguées,

Il est temps que s’épanouisse la fleur de minuit !

L’unité est. Quoique même en cela,

Mon fils, tu n’auras point tort

De refréner l’expression, décoche

Un trait de ta lumière à la source enténébrante de l’extase,

Abandonnant même nom, forme, vue et emphase

De cette conscience supérieure;

Perce au cœur ! Je te quitte ici :

Tu es le Maître. Je révère

Ton éclat qui gronde au loin,

Ô Frère de l’Étoile d’Argent !

 

Crowley : « AHA ! ».

 

 

 

 

PARTIE I

 

 

 

LIVRE QUATRE :

 

 

MYSTICISME

 

 

 

 

REMARQUES PRÉLIMINAIRES

 

 

              L’EXISTENCE, TELLE QUE NOUS LA CONNAISSONS, EST PLEINE DE TRISTESSE. Pour ne citer qu’un détail mineur : tout homme est un criminel condamné à la peine capitale, mais ne connaissant pas la date de son exécution. Cela nous déplaît à tous. Par conséquent, chaque homme fait tout son possible pour différer la date, et sacrifierait tout ce qu’il a pour révoquer la sentence.

 

              Pratiquement toutes les religions et philosophies ont démarré aussi crûment : en promettant à leurs adhérents une récompense telle que l’immortalité.

 

              AUCUNE RELIGION N’A PÉCHÉ PAR INSUFFISANCE DE PROMESSES; LA DISSOLUTION ACTUELLE DES RELIGIONS EST DUE AU FAIT QUE LES GENS ONT DEMANDÉ À VOIR LES GARANTIES. Les hommes ont même renoncé aux importants avantages matériels qu’une religion bien organisée peut conférer à un État, plutôt que de souscrire à la fraude et au mensonge, ou même à n’importe quel système qui, sa culpabilité n’étant pas avérée, se trouve néanmoins dans l’incapacité de prouver son innocence.

 

              Étant plus ou moins insolvables, la meilleure chose que nous puissions faire est d’à nouveau attaquer le problème sans idées préconçues. COMMENÇONS PAR DOUTER DE TOUS LES ÉNONCÉS. CHERCHONS UNE MANIÈRE DE SOUMETTRE TOUTE ASSERTION À L’ÉPREUVE EXPÉRIMENTALE. Y-A-T-IL QUELQUE VÉRITÉ DANS LES PRÉTENTIONS DES DIVERSES RELIGIONS ? EXAMINONS LA QUESTION.

 

              Notre difficulté première est due à l’énorme richesse de notre matériel. Entrer dans un examen critique de tous les systèmes serait une tâche sans fin; le nombre de témoignages est trop élevé. Or, chaque religion est également affirmative, et chacune réclame la foi. Nous la lui refuserons en l’absence de preuves indiscutables. MAIS NOUS POUVONS UTILEMENT CHERCHER À SAVOIR S’IL N’EST PAS UN POINT SUR LEQUEL CONCORDENT TOUTES LES RELIGIONS : car, si c’est le cas, il semble possible qu’il soit digne d’une réflexion réellement approfondie.

 

              On ne le trouvera certainement pas dans le dogme. Même une idée aussi simple que celle d’un être suprême et éternel est niée par un tiers de la race humaine. Les légendes relatives aux miracles sont peut-être universelles, mais en l’absence de preuves démonstratives, elles répugnent au bon sens.

 

              Mais quelle est l’origine des religions ? Comment se fait-il que l’affirmation improuvée ait si fréquemment forcé l’assentiment de toutes les catégories humaines ? N’est-ce pas là un miracle ?

 

              IL Y A, TOUTEFOIS, UNE FORME DE MIRACLE QUI SE PRODUIT ASSURÉMENT, L’INFLUENCE DU GÉNIE. Il n’existe pas d’analogie connue dans la Nature. On ne pourrait même pas imaginer un “super-chien” transformant l’univers canin, tandis que dans l’histoire de l’humanité, ceci arrive régulièrement et fréquemment. Maintenant, nous avons trois “super-hommes”, tous en conflit. QU’Y-A-T-IL DE COMMUN ENTRE CHRIST, BOUDDHA, ET MAHOMET ? Existe-t-il un point sur lequel ils soient tous trois en accord ?

 

              Pas un point de doctrine, ni un point de morale, ni leur théorie de “l’au-delà”. Et néanmoins nous relevons dans l’histoire de leurs vies une identité parmi de nombreuses diversités.

 

              Bouddha naquit Prince et mourut mendiant.

 

              Mahomet naquit mendiant et mourut Prince.

 

              Le Christ demeura inconnu jusque longtemps après sa mort.

 

              Une vie détaillée de chacun fut rédigée par les dévôts, et IL Y A UNE CHOSE COMMUNE À TOUTES TROIS — UNE OMISSION. Nous ne savons rien du Christ entre douze et trente ans. Mahomet disparut dans une grotte. Bouddha quitta son palais, et s’en alla passer une longue période dans le désert.

 

              CHACUN D’ENTRE EUX RESTA PARFAITEMENT SILENCIEUX JUSQU’AU MOMENT DE SA DISPARITION, ET IMMÉDIATEMENT À SON RETOUR COMMENÇA À PRÊCHER UNE NOUVELLE LOI.

 

              Cela est curieux au point de nous inciter à vérifier si les histoires des autres grands maîtres confirment ou contredisent cette tendance.

 

              Moïse mena une vie tranquille avant son meurtre de l’Égyptien. Il s’enfuit alors au pays de Madian, et nous ne savons rien de ce qu’il y fit, quoique immédiatement à son retour il bouleverse le pays tout entier. Plus tard, également, il s’absente plusieurs jours sur le mont Sinaï et en revient portant les Tables de la Loi.

 

              Saint Paul, lui aussi, après ses aventures sur la route de Damas, resta de nombreuses années dans le désert d’Arabie, et à son retour renversa l’Empire Romain. Dans les légendes des sauvages, nous retrouvons ce même phénomène universel; quelqu’un qui n’est rien de spécial s’absente pour une période plus ou moins longue et revient comme le “grand homme-médecine”; mais personne ne sait au juste ce qui lui est arrivé.

 

              EN FAISANT TOUTE DÉDUCTION POSSIBLE POUR LA FABLE ET LE MYTHE, NOUS NOUS TROUVONS EN PRÉSENCE DE CETTE COÏNCIDENCE. Ceci ne peut s’expliquer par aucune des voies habituelles.

 

              Il n’existe aucun élément permettant de soutenir qu’ils furent dès le départ des hommes exceptionnels. Mahomet aurait difficilement conduit un chameau avant ses trente-cinq ans s’il avait eu quelque talent ou ambition. Saint Paul avait plus de talent inné; mais il est le moindre des cinq. Pas un ne semble avoir possédé aucune des fournitures usuelles du pouvoir, comme le rang, la fortune, ou l’influence.

 

              Moïse était plutôt un homme important en Égypte avant son départ; il revint comme un simple étranger.

 

              Christ n’est pas parti en Chine épouser la fille de l’Empereur.

 

              Mahomet n’a pas amassé des richesses ni réuni des troupes d’assaut.

 

              Bouddha n’a pas consolidé quelque organisation religieuse.

 

              St Paul n’a pas intrigué avec un général ambitieux.

 

              Tous revinrent pauvres; tous revinrent seuls.

 

              Quelle était la nature de leur pouvoir ? QUE LEUR SURVINT-IL DURANT LEUR ABSENCE ?

 

              L’histoire ne nous aidera pas à résoudre le problème, car l’histoire est muette.

 

              Nous n’avons que les récits de ces hommes eux-mêmes.

 

              Il serait remarquable de s’apercevoir d’une concordance entre ces récits.

 

              Des grands maîtres que nous avons cités, Christ est muet; les quatre autres nous disent quelque chose; certains plus, d’autres moins.

 

              Bouddha entre dans des détails trop compliqués pour que nous les abordions ici; mais pour l’essentiel il s’attaqua d’une manière ou d’une autre à la force secrète du Monde et la maîtrisa.

 

              En ce qui concerne les expériences de Paul, nous ne possédons qu’une allusion faite en passant, selon laquelle il fut « projeté au Ciel, et y vit et entendit des choses dont il n’est pas permis de parler. »

 

              Mahomet affirme crûment avoir été « visité par l’Ange Gabriel », qui lui communiqua des choses venant de “Dieu”.

 

              Moïse dit qu’il « contempla Dieu ».

 

              Aussi diverses que soient ces affirmations à première vue, toutes s’entendent à relater une expérience du genre qu’il y a cinquante ans on aurait dite surnaturelle, qu’aujourd’hui on qualifierait peut-être de spirituelle, et qui dans cinquante autres années possédera un nom adéquat à une certaine compréhension du phénomène survenu.

 

              Les théoriciens n’ont pas été à court d’explications; mais elles divergent.

 

              Le Mahométan affirme que Dieu existe, et qu’il a réellement envoyé Gabriel avec des messages pour Mahomet : mais tous les autres le contredisent. Et de par la nature même de l’affaire, la preuve est impossible.

 

              Le manque de preuves a été si durement ressenti par la Chrétienté (et dans une moindre mesure par l’Islam) que de nouveaux miracles furent fabriqués presque quotidiennement afin de consolider l’édifice chancelant. La pensée moderne, refusant ces miracles, a adopté des théories impliquant l’épilepsie et la démence. Comme si l’organisation pouvait naître de la désorganisation ! Même si l’épilepsie était la cause de ces grands mouvements qui ont fait surgir civilisation après civilisation de la barbarie, cela ne formerait qu’un argument pour cultiver l’épilepsie.

 

              Bien sûr, les grands hommes ne se conformeront jamais aux normes des petits, et celui dont la mission est de bouleverser le monde peut difficilement échapper à l’étiquette de révolutionnaire. Les lubies d’une époque fixent toujours les modalités de l’abus. La lubie de Caïphe était le judaïsme, et les Pharisiens lui dirent que Christ « blasphémait ». Pilate était un romain loyal; face à lui, ils accusèrent Christ de « sédition ». Lorsque le Pape avait tout pouvoir, il était nécessaire de prouver qu’un ennemi était “hérétique”. Progressant aujourd’hui vers une oligarchie médicale, nous tentons de prouver que nos adversaires sont “fous”, et (dans les contrées puritaines) d’attaquer leurs “mœurs”. NOUS DEVONS DONC ÉVITER TOUTE RHÉTORIQUE, ET TENTER D’EXAMINER SANS PRÉJUGÉ AUCUN LES PHÉNOMÈNES QUI SURVINRENT À CES GRANDS GUIDES DE L’HUMANITÉ.

 

                   Rien ne nous empêche de supposer que ces hommes eux-mêmes ne comprirent pas clairement ce qui leur advint. Le seul qui explique entièrement son système est Bouddha, et Bouddha est le seul à ne pas être dogmatique. Nous pouvons aussi supposer que les autres estimèrent imprudent d’expliquer trop clairement les choses à leurs disciples; Saint Paul fit à l’évidence ce choix.

 

              Notre meilleur document sera donc le système de Bouddha (1); mais il est si complexe qu’aucun aperçu rapide ne servirait; et dans le cas des autres, nous n’avons pas les récits des Maîtres mais ceux de leurs disciples immédiats.

 

              LES MÉTHODES RECOMMANDÉES PAR TOUS CES GENS OFFRENT UNE RESSEMBLANCE SAISISSANTE. Ils prônent la “vertu” (de divers types), la solitude, l’absence d’émoi, la modération dans l’alimentation, et enfin une pratique que certains nomment prière et d’autres méditation (les quatre premières s’avèrent à l’examen n’être que des conditions favorables à la dernière).

 

              En enquêtant sur le sens de ces deux choses, nous nous apercevons qu’elles ne font qu’une. Car quel est l’état de la prière ou de la méditation ? Il s’agit de LA RESTRICTION DE L’ESPRIT À UN SEUL ACTE, ÉTAT, OU PENSÉE. Si nous nous asseyons calmement et examinons le contenu de notre esprit, nous nous apercevrons que même dans ses meilleurs moments ses principales caractéristiques sont vagabondage et distraction. Quiconque a déjà eu affaire à des enfants ou à des esprits non-entraînés en général sait que cette fixité de l’attention n’est jamais présente, même lorsqu’il y a une forte intelligence et de la bonne volonté.

 

              Si donc, avec nos esprits bien entraînés, nous nous décidons à contrôler cette pensée errante, nous nous apercevrons que nous sommes à peu près capables de laisser trotter la pensée au-travers d’un canal étroit, chaque pensée reliée à la dernière de façon parfaitement rationnelle; mais si nous tentons de stopper ce flux nous remarquerons que, loin d’y réussir, nous ne faisons que briser les digues du canal. L’esprit débordera, et au lieu d’une chaîne de pensées, nous aurons un chaos d’images confuses.

 

              L’activité mentale est si intense, et semble si naturelle, qu’il est difficile de comprendre comment quelqu’un eu le premier l’idée qu’il s’agissait d’une faiblesse et d’une nuisance. Peut-être était-ce parce que dans la pratique plus naturelle de la “dévotion”, les gens s’aperçurent que leurs pensées les perturbaient. En tout cas, le calme et la maîtrise de soi doivent être préférés à l’agitation. Darwin à l’étude présente un contraste marqué avec le singe dans sa cage.

 

              D’une façon générale, plus l’animal est grand, puissant et hautement développé, moins il se déplace, et les mouvements qu’il peut effectuer sont lents et réfléchis. Comparez l’activité incessante d’une bactérie avec l’application raisonnée du castor; et à part les quelques communautés animales organisées, les abeilles par exemple, l’intelligence la plus élevée se présente chez les créatures aux habitudes solitaires. C’est si vrai de l’homme que les psychologues ont été contraints de traiter le comportement des foules comme s’il était totalement différent en qualité de tout état possible à l’individu.

 

              C’EST EN LIBÉRANT L’ESPRIT DES INFLUENCES EXTÉRIEURES, QU’ELLES SOIENT FORTUITES OU ÉMOTIONNELLES QUE CELUI-CI DEVIENT À MÊME D’ENTREVOIR LA VÉRITÉ DES CHOSES.

 

              Continuons néanmoins notre pratique. DÉCIDONS D’ÊTRE LES MAÎTRES DE NOS ESPRITS. Nous verrons alors bientôt quelles conditions s’avèrent favorables.

 

              Nous n’aurons guère d’efforts à faire pour nous convaincre que toutes les influences extérieures sont susceptibles d’être inopportunes. De nouveaux visages, de nouvelles scènes nous dérangeront; même les nouvelles habitudes de vie que nous contractons dans le seul but de contrôler l’esprit tendront au début à le troubler. Déjà, il nous faut nous débarrasser de notre tendance à trop manger, et suivre la loi naturelle voulant que nous mangions lorsque nous avons faim, écoutant la voix intérieure nous signalant que nous sommes suffisamment rassasiés.

 

              La même règle s’applique au sommeil. Nous avons décidé de contrôler notre esprit, et donc notre temps de méditation doit prévaloir sur les autres heures.

 

              Nous devons fixer des moments pour notre pratique, et rendre mobiles nos fêtes. AFIN DE TESTER NOTRE PROGRÈS, car nous verrons que (comme dans toutes les questions physiologiques) la méditation ne peut être mesurée par les impressions, NOUS DEVONS AVOIR UN CARNET ET UN CRAYON, et aussi une montre. Nous devrons alors nous efforcer de compter le nombre de fois où, durant le premier quart d’heure, l’esprit se détache de l’idée sur laquelle il a décidé de se concentrer. Nous pratiquerons ceci deux fois par jour; et, comme nous progressons, l’expérience nous apprendra quelles conditions sont favorables ou non. Avant d’avoir une longue pratique derrière nous, il est presque certain que nous vivrons l’impatience, et nous apercevrons qu’il nous faut pratiquer bien d’autres choses afin de nous assister dans notre travail. De nouveaux problèmes surgiront constamment qui devront être affrontés et résolus.

 

              Par exemple, nous découvrirons très certainement que nous ne tenons pas en place. Aucune position ne nous paraîtra confortable, bien que nous ne l’ayons jamais remarqué de toute notre vie !

 

              Cette difficulté est résolue par une pratique nommée Asana, qui sera décrite ultérieurement.

 

              Le souvenir des événements de la journée nous tracassera; nous devons organiser celle-ci de sorte à ce qu’elle soit totalement dénuée d’incidents. Nos esprits nous rappelleront nos espoirs et nos peurs, nos amours et nos haines, nos ambitions, nos envies, et bien d’autres émotions. Toutes doivent être supprimées. Nous ne devons avoir aucun autre intérêt dans la vie hormis celui de calmer notre esprit.

 

              C’est le but de l’habituel vœu monastique : pauvreté, chasteté et obéissance. Si vous ne possédez rien, vous n’avez aucun souci, rien au sujet duquel s’inquiéter; grâce à la chasteté aucune autre personne dont vous soucier, ou pour vous distraire; et avec le vœu d’obéissance, la question de savoir ce que vous devez faire ne peut plus vous tourmenter : vous obéissez simplement.

 

              Il y a de nombreux autres obstacles que vous rencontrerez sur le chemin, et il est projeté de les traiter chacun leur tour. Mais pour l’instant, envisageons le moment où nous approchons du succès .

 

              Lors de vos premiers combats, il a pu vous sembler difficile de conquérir le sommeil; et il se peut que vous ayez erré si loin de l’objet de votre méditation sans vous en apercevoir que cette dernière ait été réellement déviée; mais bien plus tard, lorsque vous sentirez que « vous assurez vraiment », vous serez choqué de rencontrer un oubli total de vous-même et de votre environnement. Vous direz : « Juste ciel ! J’ai dû m’endormir ! » ou bien « Sur quoi diable étais-je en train de méditer ? » ou même « Qu’étais-je en train de faire ? », « Où suis-je ? », « Qui suis-je ? », ou alors une simple stupéfaction aphone vous foudroiera. Ceci peut vous alarmer, mais votre frayeur n’en sera pas amoindrie lorsque vous arriverez à une pleine conscience, et méditerez sur le fait que vous avez effectivement oublié qui vous êtes et ce que vous faites !

 

              Ce n’est là qu’une des nombreuses aventures pouvant vous arriver; mais c’est l’une des plus typiques. À ce moment, vos heures de méditation rempliront la majeure partie de la journée, et vous aurez probablement des pressentiments constants selon lesquels quelque chose est sur le point de survenir. Vous pouvez aussi être terrifié à l’idée que votre cerveau puisse s’affaiblir mais vous aurez appris les véritables symptômes de la fatigue mentale, et vous aurez soin de les éviter. Ils doivent être très soigneusement distingués de la paresse !

 

              À certains moments, vous ressentirez comme une lutte entre la volonté et l’esprit; à d’autres vous les percevrez comme étant en harmonie; mais il y a un troisième état, à distinguer du précédent. C’est le signe certain d’être proche du succès, le taïaut du chasseur voyant le renard surgir hors de son terrier. C’est lorsque l’esprit se précipite naturellement vers l’objet choisi, non par obéissance à la volonté du propriétaire de l’esprit, mais comme s’il n’était dirigé par rien du tout, ou par quelque chose d’impersonnel; comme s’il tombait de son propre poids, sans être poussé.

 

              Presque toujours, au moment où l’on devient conscient de la chose, elle s’arrête; et recommence alors ce morne et vieux rodéo entre le cowboy “volonté” et le cheval sauvage “esprit”.

 

              Comme pour tout autre phénomène physiologique, en prendre conscience implique désordre ou maladie.

 

              Dans l’analyse de la nature de ce travail consistant à contrôler l’esprit, l’étudiant s’apercevra sans difficultés que deux choses s’y trouvent impliquées : la personne voyant et la chose vue; la personne prenant connaissance et la chose connue; et il en viendra à considérer ceci comme étant la nécessaire condition de toute conscience. Nous sommes trop habitués à prendre pour des faits des choses au sujet desquelles nous n’avons même pas un véritable droit de conjecturer. Nous présumons, par exemple, que l’inconscient tient de la torpeur; et cependant rien n’est plus certain que les organes corporels fonctionnant bien le fassent en silence. Le meilleur sommeil est sans rêves. Même dans le cas des jeux d’adresse, nos meilleurs coups sont suivis de la pensée « Je ne sais pas comment j’ai fait »; et nous ne pouvons répéter ces coups à volonté. Dès que nous commençons à penser consciemment à notre coup, nous devenons “nerveux”, et nous perdons.

 

              De fait, il y a trois principales catégories de coups; le mauvais coup qu’à juste titre nous associons à l’attention vagabonde; le bon coup qu’à juste titre nous associons à l’attention concentrée; et le coup parfait, auquel nous ne comprenons rien, mais qui est véritablement causé par l’habitude de l’attention concentrée devenue indépendante de la volonté, et ainsi à même d’agir librement, de son plein gré.

 

              C’est le même phénomène auquel il est fait plus haut allusion comme étant un bon signe.

 

              EN SOMME, QUELQUE CHOSE ARRIVE DONT LA NATURE POURRA CONSTITUER LE THÈME D’UNE PLUS AMPLE DISCUSSION ULTÉRIEURE. POUR LE MOMENT, IL SUFFIT DE DIRE QUE CETTE CONSCIENCE DE L’EGO ET DU NON-EGO, DU VOYANT ET DE LA CHOSE VUE, DU CONNAISSANT ET DE LA CHOSE CONNUE, EST EFFACÉE.

 

              Il y a d’ordinaire une intense lumière, un son qui l’est tout autant, et une sensation de béatitude si écrasante que les ressources du langage ont été épuisées encore et encore pour tenter de les décrire.

 

              C’EST UN ABSOLU K.O. DE L’ESPRIT. C’est si aveuglant et si formidable que ceux qui en font l’expérience courent le grave danger de perdre tout sens des proportions.

 

              EN COMPARAISON DE SA LUMIÈRE, TOUS LES AUTRES ÉVÉNEMENTS DE L’EXISTENCE SONT TÉNÈBRES. Pour cette raison, tous ont profondément échoué à l’analyser ou à l’évaluer. Ils sont suffisamment lucides pour affirmer que, comparée à cette expérience, la vie humaine toute entière ne vaut absolument rien; mais ils vont plus loin, et se fourvoient. Ils soutiennent que « puisqu’il s’agit de ce qui transcende le terrestre, ce doit être céleste ». L’une des tendances de leurs esprits était l’espoir d’un paradis tel que leurs parents et enseignants le leur avaient décrit, ou tel qu’ils se l’étaient eux-mêmes représenté; et, sans rien pour étayer leur affirmation, ils déclarèrent : « C’est Cela ».

 

              Dans la Bhagavadgita, une vision de cet ordre est naturellement imputée à l’apparition de Vishnou, qui était le dieu local de l’époque.

 

              Anna Kingsford, qui avait barboté dans le mysticisme Hébreu, et était une féministe, obtint une vision presque identique; mais baptisa alternativement “Adonai” et “Maria” le personnage divin qu’elle vit.

 

              Or, cette femme, pourtant handicapée par un cerveau qui n’était qu’une masse de pulpe putride, et une absence totale de rang social, d’éducation, et de sens moral, fit plus pour le monde religieux que toute autre personne durant des générations. Elle, et elle seule, rendit la Théosophie possible, et sans la Théosophie l’intérêt planétaire pour de tels sujets n’aurait jamais émergé. Cet intérêt est à la Loi de Thelema ce que fut la prédication de Saint Jean-Baptiste au Christianisme.

 

              NOUS SOMMES MAINTENANT EN MESURE DE DIRE CE QUI ARRIVA À MAHOMET. D’UNE MANIÈRE OU D’UNE AUTRE, CE PHÉNOMÈNE SE PRODUISIT DANS SON ESPRIT. Plus ignorant qu’Anna Kingsford, mais heureusement plus moral, il le relia à la légende de “l’Annonciation”, dont il entendit indubitablement parler durant son enfance, et déclara « Gabriel m’est apparu ». Mais en dépit de son ignorance, et de sa conception totalement erronée de la vérité, la force de cette vision était telle qu’elle le rendit capable de persister malgré les persécutions usuelles, et qu’il fonda une religion à laquelle, même de nos jours, appartient un homme sur huit.

 

              L’HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRÉSENTE EXACTEMENT LA MÊME REMARQUABLE CARACTÉRISTIQUE. Jésus-Christ fut élevé parmi les fables de “l’Ancien Testament”, et fut ainsi contraint d’attribuer ses épreuves à “Jéhovah”, bien que son gentil esprit ne puisse rien avoir en commun avec le monstre qui toujours ordonnait le viol des vierges et le meurtre des petits enfants, et dont les rites étaient alors, et sont toujours, célébrés par des sacrifices humains (2).

 

              De même, les visions de Jeanne d’Arc étaient totalement Chrétiennes, mais elle, comme tous ceux que nous avons mentionnés, trouva quelque part la force d’œuvrer à de grandes choses. Évidemment, l’on peut dire qu’il y a une fausseté dans l’argument; il peut être vrai que tous ces grands personnages virent “Dieu”, mais il ne s’ensuit pas que quiconque “voit Dieu” fera de grandes choses.

 

              C’est assez vrai. La majorité des gens qui prétendirent avoir « vu Dieu » et qui le virent aussi certainement que les autres précités, ne firent rien d’autre.

 

              Mais peut-être leur silence n’est-il pas la marque de leur faiblesse, mais bien plutôt le signe de leur force. Peut-être ces “grands” hommes sont-ils les ratés de l’humanité; peut-être serait-il préférable de ne rien dire; peut-être que seul un esprit déséquilibré pourrait souhaiter changer quoi que ce soit ou croire dans la possibilité de changer quoi que ce soit; mais il y a ceux qui estiment que l’existence, même au paradis, est intolérable tant qu’il reste un seul être ne partageant pas cette joie. Il y en a qui peuvent souhaiter retourner en arrière, après avoir franchi le seuil de la chambre nuptiale, afin d’aider les invités en retard.

 

              Telle fut tout du moins l’attitude qu’adopta Gautama Bouddha. Il ne sera pas le seul.

 

              De plus, l’on peut signaler que la vie contemplative est généralement opposée à la vie active, et empêcher l’une d’absorber l’autre exige qu’un équilibre soit très soigneusement maintenu.

 

              Comme on le verra plus loin, la “vision de Dieu”, ou “l’Union à Dieu”, ou “Samadhi”, ou quel que soit le nom pour lequel nous options, possède plusieurs genres et plusieurs degrés, bien qu’il y ait un infranchissable abîme entre le moindre d’entre eux et le plus élevé des phénomènes de la conscience normale. Pour résumer, NOUS AFFIRMERONS L’EXISTENCE D’UNE SECRÈTE SOURCE D’ÉNERGIE EXPLIQUANT LE PHÉNOMÈNE DU GÉNIE (3). NOUS NE CROYONS PAS EN DE QUELCONQUES EXPLICATIONS SURNATURELLES, MAIS INSISTONS SUR LE FAIT QUE CETTE SOURCE PUISSE ÊTRE ATTEINTE PAR LA MISE EN ŒUVRE DE PROCÉDÉS BIEN DÉTERMINÉS, LE DEGRÉ DE SUCCÈS DÉPENDANT DE LA CAPACITÉ DU CHERCHEUR, ET NON DE LA GRÂCE DE QUELQUE ÊTRE DIVIN. NOUS AFFIRMONS QUE LE FACTEUR CRITIQUE DÉCIDANT DU SUCCÈS EST UN PHÉNOMÈNE SE PRODUISANT DANS LE CERVEAU, ESSENTIELLEMENT CARACTÉRISÉ PAR L’UNION DU SUJET ET DE L’OBJET. Nous nous proposons de discuter ce phénomène, d’analyser sa nature, de déterminer avec précision les conditions morales, mentales et physiques lui étant favorables, de nous assurer de sa cause, et d’ainsi être à même de le produire en nous-mêmes, afin de pouvoir étudier ses effets.

 

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : Nous possédons les documents de l’Hindouisme, et de deux systèmes Chinois. Mais l’Hindouisme n’a pas de fondateur unique. Lao Tseu est l’un des meilleurs exemples d’un homme s’éloignant et vivant une mystérieuse expérience; peut-être le meilleur de tous les exemples, de même que son système est le meilleur de tous. Nous donnons tous les détails de sa méthode d’entraînement dans le Khing Kang King, et ailleurs. Mais il est trop peu connu pour que nous en traitions dans ce manuel populaire.

 

(2) NDAC : Les massacres de Juifs en Europe Orientale qui surprennent l’ignorant sont presque invariablement provoqués par la disparition d’enfants “Chrétiens”, volés, selon ce que supposent les parents, afin de faire l’objet de “meurtres rituels”.

 

(3) NDAC : Dans cette ébauche préliminaire, nous ne traitons que d’exemples du génie religieux. Les autres sont sujets aux mêmes remarques, mais les limites de l’espace imparti nous interdisent d’en parler.

 

 

 

 

1

 

ASANA

 

 

              Le problème peut être simplement posé comme suit. UN HOMME SOUHAITE CONTRÔLER SON ESPRIT, ÊTRE CAPABLE DE MAINTENIR UNE PENSÉE CHOISIE AUSSI LONGTEMPS QU’IL LE VEUT SANS INTERRUPTION.

 

              Comme remarqué auparavant, la première difficulté émane du corps qui affirme sa présence en causant par exemple des démangeaisons à sa victime, mais connaît mille autres manières de la distraire. Il veut s’étirer, se gratter, éternuer. Cette nuisance est si persistante que les Hindous (à leur manière scientifique) imaginèrent une pratique spéciale pour en venir à bout.

 

              Le mot Asana signifie posture; mais, comme pour tous les mots qui ont provoqué délibérations, le sens exact en a été altéré, et il est employé dans diverses acceptions selon les auteurs. La plus grande autorité en “Yoga” (1) est Patanjali. Il dit : « Asana est ce qui est ferme et agréable ». Cela est vrai de la pratique une fois couronnée de succès. De même, Sankhya affirme : « LA POSTURE EST CELA QUI EST FERME ET TRANQUILLE. » Et encore : « n’importe quelle posture ferme et tranquille est un Asana; il n’y a pas d’autre loi. » N’importe quelle posture fera l’affaire.

 

              Dans un sens cela est vrai, car toute posture devient tôt ou tard inconfortable. La fermeté et la tranquillité marquent un succès précis, comme ce sera expliqué plus loin. Les traités Hindous, tels le Shiva Sanhita, donnent d’innombrables postures; beaucoup, sans doute la plupart d’entre elles, étant inaccessibles à l’adulte Européen moyen. D’autres insistent pour que la tête, le cou et la colonne vertébrale soient maintenus dans une ligne droite verticale, cela pour des raisons attenantes au sujet du Prana que nous aborderons en temps voulu. Les positions décrites dans le Liber E (The Equinox I et VII) constituent le meilleur guide en la matière (2).

 

              L’Asana à son extrême est pratiqué par ces Yogis qui restent dans une position sans bouger toute leur vie durant, sauf cas d’absolue nécessité. L’on ne devra pas critiquer de telles personnes sans une connaissance approfondie du sujet. Une telle connaissance n’a pas encore été publiée.

 

              Toutefois, l’on peut affirmer en toute sûreté que, les grands hommes déjà cités n’ayant point agi de la sorte, cela ne sera pas non plus nécessaire à leurs disciples. Choisissons donc une position appropriée et voyons ce qui se passe. IL Y A UNE SORTE D’HEUREUX MOYEN TERME ENTRE LA RIGIDITÉ ET LA MOLLESSE; LES MUSCLES NE SONT PAS TENDUS ET CEPENDANT PAS TOUT À FAIT LÂCHES. Il est dur de trouver un mot qui décrive adéquatement leur état. “Fortifiés” est peut-être le meilleur. Un sentiment de vigilance physique est souhaitable. Pensez au tigre prêt à bondir, ou au nageur de compétition attendant le signal du départ. AU BOUT D’UN PETIT MOMENT SURGISSENT CRAMPES ET FATIGUE. L’ÉTUDIANT DOIT MAINTENANT SERRER LES DENTS ET FAIRE AVEC. Les sensations mineures — telles que les démangeaisons, etc  — s’évanouiront si elles sont résolument négligées, mais l’on peut s’attendre à ce que les crampes et la fatigue augmentent jusqu’à la fin de la pratique. L’ON COMMENCERA PAR UNE DEMI-HEURE OU UNE HEURE. L’étudiant ne doit pas s’en faire si quitter l’Asana implique quelques minutes d’intense agonie.

 

              Il faudra beaucoup de détermination pour persister jour après jour, car dans la majorité des cas l’inconfort et la peine augmentent au lieu de diminuer.

 

              D’un autre côté, si l’étudiant n’y prête pas attention, cesse de surveiller son corps, un phénomène opposé peut se produire. Il bouge afin de se soulager, sans même s’en rendre compte. Afin d’éviter ceci, CHOISISSEZ UNE POSITION QUI, PAR NATURE, EST PLUTÔT GÉNANTE ET INCOMMODE, ET QUE DE FAIBLES CHANGEMENTS NE SAURAIENT SUFFIRE À RENDRE CONFORTABLE. Faute de quoi, les premiers jours, l’étudiant peut même s’imaginer avoir maîtrisé la position. De fait, l’apparente simplicité de toutes ces pratiques est telle que le débutant pourra peut-être s’étonner de tout le bruit fait autour d’elles, ou même croire qu’il est spécialement doué. Pareillement, un homme n’ayant jamais touché un club de golf prendra son parapluie et, nonchalamment, rentrera un putt qui effrayerait le meilleur putter vivant.

 

              Quoiqu’il en soit, dans quelques jours l’inconfort s’installera. Comme vous persistez, les difficultés adviendront plus tôt durant l’heure de pratique. La répugnance à poursuivre l’exercice peut devenir quasi-insurmontable. L’étudiant ne doit pas s’imaginer qu’une autre position serait plus facile à maîtriser que celle qu’il a choisie. Si vous en changez, vous êtes perdu.

 

              Peut-être la récompense n’est-elle pas si éloignée : VIENDRA UN JOUR OÙ LA DOULEUR SERA SOUDAINEMENT OUBLIÉE, LA PRÉSENCE DU CORPS ÉGALEMENT, et l’on réalisera que toute sa vie durant, jusqu’à cet instant, le corps était à la frontière de la conscience, et que cette conscience était une conscience de douleur; et à ce moment L’ON RÉALISERA DE PLUS, AVEC UNE INDICIBLE SENSATION DE SOULAGEMENT, QUE NON SEULEMENT CETTE POSITION, QUI AVAIT ÉTÉ SI ATROCE, EST DEVENUE L’IDÉAL DU CONFORT PHYSIQUE, MAIS QUE TOUTES LES AUTRES POSITIONS CONCEVABLES DU CORPS SONT INCONFORTABLES. Ce sentiment indique la réussite.

 

              Il n’y aura pas de difficultés ultérieures. L’on prendra son Asana avec presque la même sensation qu’un homme fatigué rentrant dans son bain chaud; et dans cette position, l’on peut être sûr que le corps n’émettra plus de messages susceptibles de troubler l’esprit de l’étudiant.

 

              D’autres résultats inhérents à cette pratique sont décrits par les auteurs Hindous mais ils ne nous intéressent pas pour l’instant. Notre premier obstacle venant d’être levé, attaquons-nous maintenant aux autres.

 

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : Yoga est un nom générique pour cette forme de méditation visant à l’union du sujet et de l’objet, yog étant la racine du mot latin Jugum et du mot anglais Yoke.

 

(2) NDAC : En voici quatre :

          1. Assis sur une chaise; tête haute, dos droit, genoux joints, mains sur les genoux, yeux clos (“Le Dieu”).

          2. À genoux; fesses reposant sur les talons, orteils retournés contre le sol, dos et tête droits, mains sur les cuisses (“Le Dragon”).

          3. Debout; cheville gauche tenue par la main droite (pratiquer alternativement avec la cheville droite tenue par la main gauche, etc ), index gauche sur les lèvres (“L’Ibis”).

          4. Assis; talon gauche pressé contre l’anus, pied droit en équilibre sur les orteils, talon recouvrant le sexe; bras autour des genoux; tête et dos droits (“Le Coup de Foudre”).

 

 

 

 

2

 

PRANAYAMA ET SON PARALLÈLE

DANS LA PAROLE, MANTRAYOGA

 

 

              La relation entre le souffle et l’esprit sera pleinement débattue dans le chapitre consacré à l’Épée Magicke, mais il peut être utile de poser en prémices quelques éléments d’un caractère pratique. Vous pouvez consulter divers traités Hindous, et les écrits de Kwang Tze, pour de remarquables théories relatives à la méthode et ses résultats.

 

              Mais dans ce système sceptique, il vaut mieux se contenter d’assertions ne valant pas la peine d’être mises en doute.

 

              L’IDÉE FONDAMENTALE DE LA MÉDITATION ÉTANT DE CALMER L’ESPRIT, L’ON PEUT ENVISAGER UN UTILE PRÉLIMINAIRE APAISANT LA CONSCIENCE DE TOUTES LES FONCTIONS DU CORPS. Ceci a été traité dans le chapitre sur Asana. L’on peut, toutefois, mentionner que certains Yogis poussent la chose jusqu’au point de tenter de stopper le battement du cœur. Que cela soit souhaitable ou non, ce serait inutile pour le débutant, C’EST POURQUOI IL S’EFFORCERA DE RENDRE SA RESPIRATION TRÈS LENTE ET TRÈS RÉGULIÈRE. Les règles de cette pratique sont données dans le Liber CCVI (1).

 

              La meilleure façon de réguler la respiration, dès qu’un peu d’adresse aura été acquise, une montre en témoignant, est l’usage d’un mantra. Le mantra agit sur les pensées exactement comme Pranayama sur le souffle. La pensée est attachée à un cycle récurrent; toutes les pensées importunes sont éjectées par le mantra, exactement comme des morceaux de mastic le seraient d’une hélice; et plus vite tourne celle-ci, plus il est difficile pour quoi que ce soit d’y adhérer.

 

              Voici la bonne manière de pratiquer un mantra. Prononcez-le aussi fort et aussi lentement que possible, dix fois, puis un peu moins fort et un peu plus vite dix fois de plus. Poursuivez le processus jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un rapide mouvement des lèvres; ce mouvement doit être continué avec une vélocité accrue et une intensité décroissante jusqu’à ce que le murmure mental absorbe complètement le physique. L’étudiant est alors absolument calme, le mantra courant dans son cerveau; il doit, néanmoins, continuer à accélérer jusqu’à ce qu’il atteigne sa limite, et là poursuivre aussi longtemps que possible, puis cesser la pratique en renversant le processus que nous venons de décrire.

 

              Toute phrase peut servir de mantra, et les Hindous ont probablement raison de penser qu’une phrase particulière conviendra mieux à tel ou tel individu. Certains peuvent penser que les mantras harmonieux du Coran coulent trop aisément, de sorte qu’il s’avère possible de poursuivre un enchaînement de pensées sans perturber le mantra; l’on est censé méditer sur le sens du mantra tout en le récitant. Ceci laisse supposer que l’étudiant doive élaborer pour lui-même un mantra symbolisant l’Univers par le son, comme le pantacle (2) doit le faire par la forme. Parfois, un mantra peut être “donné”, i.e. entendu de quelque inexplicable manière durant une méditation. Un homme, par exemple, employait les mots : « Et tente de voir en toute chose la volonté de Dieu »; tandis qu’à un autre, engagé dans des pensées meurtrières, vinrent les mots « et flingue-le », faisant apparemment référence à l’action des centres inhibiteurs qu’il employait. En gardant ces mots, il obtint son “résultat”.

 

              Le mantra idéal devrait être rythmique, l’on pourrait même dire musical; mais il devrait y avoir une syllabe suffisamment accentuée pour que soit secondée la faculté d’attention. Les meilleurs mantras sont d’une longueur moyenne, en ce qui concerne le débutant. Si le mantra est trop long, l’on peut avoir tendance à l’oublier, à moins de le pratiquer très assidûment durant très longtemps. D’autre part, les mantras d’une seule syllabe, tels Aum (3), sont plutôt saccadés; le rythme idéal est perdu. Voici quelques mantras utiles :

 

              1. Aum.

 

              2. Aum Tat Sat Aum. Ce mantra est purement spondaïque.

 

                             II.           

 

                                                              Aum Tat Sat Aum

 

              3. Aum mani padme hum; deux trochées entre deux césures.

 

                             III.    

 

                                                     Aum Ma-ni Pad-me Hum

 

              4. Aum shivaya vashi; trois trochées. Notez que “shi” signifie repos, l’aspect absolu ou mâle de la Divinité; “va” est l’énergie, l’aspect manifesté ou femelle de la Divinité. Ce Mantra exprime donc le cours entier de l’Univers, depuis Zéro, passant par le fini, retournant au Zéro.

 

                             IV.   

 

                                                        Aum shi - va - ya   Va-shi                          Aum shi - va - ya   Va-shi

 

              5. Allah. Les syllabes sont ici également accentuées, avec un certain repos entre elles; et sont d’ordinaire combinées par les fakirs avec un mouvement rythmique de va-et-vient du corps.

 

              6. Húa állahú alázi láiláha ílla Húa.

 

              En voici de plus longs :

 

              7. Le célèbre Gayatri.

 

Aum ! tat savitur varenyam

Bhargo devasya dimahi

Dhiyo yo na pratyodayat.

 

              À scander comme des tétramètres trochaïques.

 

              8. Qól : Húa Állahú achád; Állahú Ássamád; lám yalíd walám yulad; walám yakún lahú kufwán achád.

 

              9. Ce mantra est le plus saint de tous ceux existant ou pouvant exister. Il provient de la Stèle de la Révélation (4).

 

A ka dua

Tuf ur biu

Bi aa chefu

Dudu ner af an nuteru.

                            

 IX.    

 

              Vous disposez là d’un choix suffisant (5).

 

              Il y a bien d’autres mantras. Sri Sabapaty Swami en donne un spécialement pour chaque Chakra. Mais que l’étudiant choisisse un seul mantra et le maîtrise parfaitement.

 

              VOUS N’AVEZ MÊME PAS COMMENCÉ À MAÎTRISER UN MANTRA TANT QU’IL NE SE POURSUIT PAS SANS INTERRUPTION DURANT LE SOMMEIL. C’est plus facile que cela en a l’air.

 

              Certaines écoles préconisent la pratique du mantra aidée de la danse et de la musique instrumentale. Assurément, certains effets tout à fait remarquables sont obtenus au niveau des pouvoirs “magiques”; que de grands résultats spirituels soient aussi fréquents est un point où il est permis de douter. Les personnes désireuses de les étudier se souviendront que le désert du Sahara n’est qu’à trois jours de Londres; et nul doute que les Sidi Aissawa seront heureux d’accepter des élèves. Cette discussion de la science parallèle du mantra-yoga nous a en vérité fort éloignés du sujet de Pranayama.

 

              LE PRANAYAMA EST PARTICULIÈREMENT UTILE POUR CALMER LES ÉMOTIONS ET LES APPÉTITS; ET, QUE CE SOIT EN RAISON DE LA PRESSION MÉCANIQUE QU’IL IMPOSE, OU DE LA PARFAITE COMBUSTION QU’IL ASSURE DANS LES POUMONS, IL SEMBLE ÊTRE ADMIRABLE DU POINT DE VUE DE LA SANTÉ. En particulier, les troubles digestifs sont très faciles à éliminer de cette manière. Il purifie à la fois le corps et les fonctions inférieures de l’esprit (6), et ne devrait certainement pas être pratiqué moins d’une heure par jour par l’étudiant sérieux.

 

              Quatre heures est une meilleure durée, un juste milieu; seize heures est trop pour la plupart des gens.

 

              Dans l’ensemble, les pratiques ambulatoires sont généralement plus utiles pour la santé que les sédentaires; car de cette manière la marche et l’air frais sont assurés. Mais certaines pratiques sédentaires devraient être accomplies, et combinées avec la méditation. Évidemment, lorsqu’à vrai dire on “court” après les résultats, marcher est une distraction.

 

 

 

NOTES

 

(1) NDT : Il s’agit du Liber RV vel SPIRITUS qui figure en Appendice VII de “Magick en Théorie et en Pratique” (traduit & à paraître).

 

(2) NDAC : Voir Partie II.

 

(3) NDAC : Néanmoins, en récitant un mantra contenant le mot Aum, l’on oublie quelquefois les autres mots, et l’on reste concentré, répétant le Aum à intervalles; mais ceci est le résultat d’une pratique déjà entamée, et non le début d’une pratique.

 

(4) NDT : La Stèle de la Révélation, qui joue un rôle important dans la réception du Liber Legis (1904). Il s’agit de la tablette funéraire d’un prêtre de la 26ème Dynastie, Ankh-f-n-Khonsu. Elle se trouvait alors au Boulak Museum (où elle était l’antiquité n° 666 !), et depuis la destruction de ce dernier se trouve au Musée National du Caire.

 

(5) NDAC : Significations des mantras :

              1. Aum est le son produit en expirant vigoureusement depuis l’arrière-gorge et en refermant graduellement la bouche. Les trois sons représentent les principes de création, préservation, et destruction. Il y a bien d’autres considérations à son sujet, assez pour remplir un volume.

              2. Ô cet Existant ! Ô ! — Une aspiration à la réalité, à la vérité.

              3. Ô le Joyau dans le Lotus ! Amen ! — Fait référence au Bouddha et à Harpocrate; mais aussi au symbolisme de la Rose-Croix.

              4. Déclare le cycle de la création. La Paix se manifestant comme Puissance, Puissance se dissolvant dans la paix.

              5. Dieu. Il totalise 66, la somme des 11 premiers nombres.

              6. Il est Dieu, et il n’est d’autre Dieu que Lui.

              7. Ô ! méditons rigoureusement sur l’adorable lumière de cette divine Savitri (le Soleil intérieur, etc). Puisse-t-elle illuminer nos esprits !

              8. C’est-à-dire :

 

Il est Dieu seul !

Dieu l’Éternel !

Il n’engendre point et n’est point engendré !

Aucun autre ne Lui est comparable !

 

Unité profondément révélée !

J’adore la puissance de Ton souffle,

Dieu suprême et terrible,

Qui fait que les Dieux et la Mort

Tremblent devant Toi :

Moi, je T’adore !

 

(6) NDAC : Énergiquement. Énergiquement. Énergiquement. Il est impossible de combiner Pranayama correctement effectué avec une pensée émotionnelle. L’on devra immédiatement y recourir en toute occasion de la vie où le calme se trouve menacé.

 

 

 

 

3

 

YAMA (1) ET NIYAMA

 

 

              Les Hindous ont placé ces deux accomplissements au premier plan de leur programme. CE SONT LES “QUALITÉS MORALES” ET LES “BONNES ŒUVRES” CENSÉES PRÉDISPOSER AU CALME MENTAL.

 

              Yama consiste à ne pas tuer, ne pas voler, à ne pas recevoir de cadeaux, à dire la vérité et à être chaste.

 

              Dans le système Bouddhiste, Sila, “Vertu”, est pareillement recommandé . Ces qualités sont, pour le profane, les cinq suivantes : Tu ne tueras point. Tu ne voleras point. Tu ne mentiras point. Tu ne commettras pas l’adultère. Tu ne t’enivreras pas. Pour le moine, de nombreuses autres sont ajoutées.

 

              Les commandements de Moïse sont familiers à tous; ils sont à peu près similaires; ainsi que ceux donnés par le Christ (2) dans le “Sermon sur la Montagne”.

 

              Certaines ne sont que les “vertus” d’un esclave, inventées par son maître pour le tenir en laisse. LE VÉRITABLE PROPOS DU “YAMA” HINDOU EST QUE BRISER L’UNE DE CES RÈGLES TENDRAIT À EXCITER L’ESPRIT.

 

              Des théologiens postérieurs ont tenté d’améliorer les enseignements des Maîtres, et ont donné une sorte d’importance mystique à ces vertus; ils ont insisté sur celles-ci en tant que telles et les ont déviées vers le puritanisme et le formalisme. Ainsi, “ne pas tuer”, qui signifiait à l’origine « ne t’excite pas à chasser le tigre », fut interprété de manière à impliquer qu’il était criminel de boire une eau non-filtrée, car ainsi vous tueriez les animalcules.

 

              Mais ce souci incessant, cette peur de tuer quoi que ce soit par malchance, est à tout prendre pire que se battre au corps à corps avec un grizzly. Si l’aboiement d’un chien dérange votre méditation, il est plus simple d’abattre le chien et de n’y plus penser.

 

              Une difficulté identique relative aux épouses a fait que certains maîtres ont recommandé le célibat. Dans toutes ces questions, le bon sens doit être le guide. Aucune règle absolue ne peut être fixée. “Ne pas recevoir de cadeaux”, par exemple, est plus important pour un Hindou, qui sera totalement bouleversé durant des semaines si quelqu’un lui offre une noix de coco, que pour l’Européen moyen qui prend les choses comme elles viennent, le temps de les mettre dans ses longs pantalons.

 

              La seule question difficile est celle de la chasteté, qui est compliquée par d’autres considérations, telle celle de l’énergie; mais l’esprit de chacun est irrémédiablement embrouillé à ce sujet que certains confondent avec l’érotologie, et d’autres avec la sociologie. Il n’y aura pas de réflexion lucide sur cette question avant d’avoir compris qu’il ne s’agit que d’une branche de l’athlétisme.

 

              Nous pouvons maintenant quitter Yama et Niyama par ce conseil : QUE L’ÉTUDIANT DÉCIDE POUR LUI-MÊME QUEL STYLE DE VIE, QUEL CODE MORAL, SERONT LE MOINS À MÊME D’EXCITER SON ESPRIT; mais une fois qu’il les aura choisis, qu’il s’y tienne, évitant l’opportunisme; et qu’il soit très attentif à ne s’attribuer aucun mérite pour ce qu’il fait ou se retient de faire — ce n’est qu’un code purement pratique, sans valeur par lui-même.

 

              La propreté qui seconde le chirurgien dans son travail ne saurait aucunement assister celui du mécanicien.

 

              (Les questions morales sont convenablement traitées dans “Thien Tao” (Cf. Konx Om Pax) et devront y être étudiées. Voir aussi le Liber XXX (3) de l’AA. Également le Liber CCXX, Le Livre de la Loi, où il est dit : « FAIS CE QUE TU VEUX SERA LE TOUT DE LA LOI ». Souvenez-vous, en ce qui concerne le propos de ce traité, QUE L’UNIQUE OBJECTIF DE YAMA ET NIYAMA EST DE VIVRE DE TELLE SORTE QU’AUCUNE ÉMOTION OU PASSION NE TROUBLE L’ESPRIT).

 

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : Yama signifie littéralement “contrôle”. Cela est traité en détail dans la Partie II, “La Baguette”.

 

(2) NDAC : Rien d’original, cependant. Le sermon tout entier se peut trouver dans le Talmud.

 

(3) NDT : Ou Liber Libræ, traduit & à paraître.

 

 

 

 

4

 

PRATYAHARA

 

 

              Pratyahara est le premier processus de la partie mentale de notre besogne. Les pratiques précédentes, Asana, Pranayama, Yama et Niyama, sont toutes actes du corps, quoique le Mantra soit lié à la parole : mais Pratyahara est purement mental.

 

              Et qu’est-ce que Pratyahara ? Ce mot est utilisé par divers auteurs dans des sens différents. Le même mot est employé pour désigner à la fois la pratique et son résultat. Il signifiera, dans notre présent propos, un processus plus stratégique que pratique; c’est l’introspection, une sorte d’inspection générale des contenus de cet esprit que nous désirons contrôler : Asana ayant été maîtrisé, toutes les causes immédiates d’excitation ont été évacuées, et nous sommes libres de penser à ce quoi nous pensons.

 

              Une expérience très similaire à celle d’Asana nous attend. Au début, nous nous flatterons très probablement de ce que nos esprits sont plutôt calmes; c’est un défaut d’observation. De même que l’Européen se tenant pour la première fois à la limite du désert ne verra rien, tandis que son Arabe pourra lui raconter l’histoire de la famille de chacune des cinquante personnes en vue, parce qu’il a appris comment regarder, ainsi, avec la pratique, les pensées deviendront-elles de plus en plus nombreuses et de plus en plus insistantes.

 

              DÈS QUE LE CORPS ÉTAIT CORRECTEMENT OBSERVÉ, ON LE TROUVAIT TERRIBLEMENT AGITÉ ET PÉNIBLE, NOUS ALLONS MAINTENANT REMARQUER QUE L’ESPRIT EST ENCORE PLUS AGITÉ ET PÉNIBLE (voir diagramme).

 

              BD montre le Contrôle de l’Esprit, s’améliorant lentement au début, ensuite plus rapidement. Il commence depuis, ou près de, zéro, et devrait atteindre le contrôle absolu en D.

 

              EF montre le Pouvoir d’Observation des contenus de l’esprit, s’améliorant vite au début, puis plus lentement, jusqu’à la perfection en F. Il commence bien au-dessus de 0 chez les hommes très instruits.

 

              La hauteur des perpendiculaires HI indique l’insatisfaction de l’étudiant vis-à-vis de son pouvoir de contrôle. S’accroissant au début, elle est finalement réduite à 0.

 

              Une courbe similaire peut être tracée pour l’évidente et authentique souffrance d’Asana.

 

              Conscients de ce fait, nous commençons à tenter de le contrôler : « Moins de pensées, s’il te plaît ! », « Ne pense pas si vite, veux-tu ! », « Plus de pensées de ce genre, s’il te plaît ! ». C’est seulement alors que nous découvrons que ce que nous pensions être une classe de marsouins espiègles est en fait les circonvolutions d’un serpent de mer. Les tentatives pour le réprimer ont pour effet de l’exciter.

 

              Lorsque l’élève sans méfiance s’approche pour la première fois de son saint mais rusé Gourou, et lui réclame les pouvoirs magiques, ce Saint Homme lui répond qu’il les lui confèrera, puis désigne du doigt avec beaucoup de prudence et de discrétion un endroit particulier du corps de l’élève qui n’avait jamais retenu son attention précédemment, et dit : « Afin d’obtenir les pouvoirs magiques que tu recherches, il te suffit de te laver sept fois dans le Gange durant sept jours, en étant spécialement attentif à ne pas penser à cet endroit précis. » Évidemment, le jeune malheureux passe une éprouvante semaine à ne penser qu’à guère d’autres choses.

 

              Il est positivement stupéfiant de voir avec quelle ténacité une pensée, ou même une chaîne de pensées toute entière, revient encore et encore à la charge. Cela devient un véritable cauchemar. Il est également tout à fait ennuyeux de s’apercevoir qu’on ne devient conscient d’avoir été amené à parler du sujet défendu qu’après l’avoir parcouru de fond en comble. Quoi qu’il en soit, on continue jour après jour à examiner ses pensées et à tenter de les mettre en échec; et tôt ou tard on arrive à l’étape suivante, Dharana, la tentative pour limiter l’esprit à un seul objet.

 

              Cependant, avant de l’aborder, nous devons considérer ce qu’on entend par succès en Pratyahara. C’est une question très vaste, et différents auteurs en ont des visions largement divergentes. Il est un écrivain estimant qu’il s’agit d’une analyse tellement pénétrante que chaque pensée se trouve résolue en un bon nombre de ses éléments (voir “La Psychologie du Haschich”, Section V, in The Equinox II).

 

              D’autres pensent que le succès en cette pratique est quelque chose approchant de l’expérience que fit Sir Humphrey Davy après avoir pris de l’oxyde nitreux, lors de laquelle il s’exclama : « L’Univers est exclusivement composé d’idées ! ».

 

              D’autres disent que cela procure le sentiment d’Hamlet : « Il n’y a rien de bon ou de mauvais mais la pensée les fait tels », interprété aussi littéralement que le fit Mrs Eddy.

 

              Quoi qu’il en soit, LE PRINCIPAL EST D’OBTENIR UNE SORTE DE POUVOIR INHIBITEUR SUR LES PENSÉES. PAR BONHEUR, IL EXISTE UNE INFAILLIBLE MÉTHODE PERMETTANT D’ACQUÉRIR CE POUVOIR. Elle est donnée dans le Liber III (1). Si les sections 1 et 2 sont pratiquées (si nécessaire avec le secours d’une autre personne pour assister la vigilance), vous serez bientôt en mesure de maîtriser la finale.

 

              Chez certains, le pouvoir d’inhibition peut surgir brusquement, exactement de la même manière qu’avec Asana. Sans aucun relâchement de la vigilance, l’esprit sera soudainement pacifié. Adviendra un merveilleux sentiment de tranquillité et de repos, tout à fait différent de la sensation léthargique provoquée par l’indigestion. Il est difficile de dire si un résultat aussi précis sera obtenu par toutes, ou même la plupart des personnes. Mais ce n’est pas une question d’une très grande importance. Si vous avez acquis le pouvoir d’endiguer la montée de la pensée, vous pouvez passer au stade suivant.

 

 

 

NOTES

 

(1) NDT : Figure en Appendice VII de “Magick en Théorie et en Pratique”. À paraître.

 

 

 

 

5

 

DHARANA

 

 

              Maintenant que nous avons appris à observer l’esprit, de sorte que nous connaissons dans une certaine mesure son fonctionnement, et avons commencé à comprendre les rudiments du contrôle, NOUS POUVONS TENTER DE RASSEMBLER TOUTES LES FACULTÉS DE L’ESPRIT, ET ESSAYER DE LES CONCENTRER SUR UN POINT UNIQUE.

 

              Nous savons qu’il est assez aisé pour l’esprit normalement instruit de penser sans distraction à un sujet qui l’intéresse beaucoup. Nous avons l’expression populaire « retourner quelque chose dans sa tête »; et tant que le sujet est suffisamment complexe, tant que les pensées s’écoulent librement, il n’y a pas de grande difficulté. Tant qu’un gyroscope est en mouvement, il reste relativement immobile sur son support et résiste même aux tentatives pour le distraire; lorsqu’il s’arrête il déchoit de sa position. Si la terre cessait de tourner autour du soleil, elle chuterait aussitôt dans ce dernier.

 

              Le moment venu où l’étudiant choisit un seul sujet — ou plutôt un seul objet — et l’imagine ou le visualise, il s’aperçoit qu’il est bien moins sa créature qu’il ne l’avait supposé. D’autres pensées envahiront l’esprit, de sorte que l’objet sera entièrement oublié, parfois peut-être durant plusieurs minutes; et à d’autres moments l’objet lui-même commencera à jouer toutes sortes de tours.

 

              Supposons que vous ayez choisi une croix blanche. Sa barre verticale se déplacera vers le haut, vers le bas, s’allongera, se mettra de biais, les branches deviendront inégales, se mettront sens dessus-dessous, s’agrandiront, ce qui l’entoure va se craqueler ou une forme va apparaître en surimpression sur l’image, elle changera entièrement de forme telle une amibe, l’ensemble changera de taille et de distance, le degré de luminosité changera, et sa couleur au même moment. Elle deviendra tachée et barbouillée, des motifs surgiront, ici, et là, tournant et s’en retournant; des nuages la masqueront. Il n’est aucun changement imaginable dont elle ne soit susceptible. Sans parler de sa totale disparition, et de sa substitution par quelque chose d’entièrement différent !

 

              Quiconque à qui n’arrive pas cette expérience ne doit pas s’imaginer qu’il médite. Cela prouve seulement qu’il est incapable de concentrer son esprit au degré le plus élémentaire. Il se peut que l’étudiant mette plusieurs jours à s’apercevoir qu’il n’est pas en train de méditer. Lorsque cela surviendra, l’entêtement de l’objet le rendra furieux; et c’est seulement maintenant que commencent ses véritables ennuis, seulement maintenant que la Volonté rentre vraiment en jeu, seulement maintenant que sa qualité d’homme est mise à l’épreuve. Si ce n’était le développement de la Volonté acquis lors de la conquête de l’Asana, il est probable qu’il renoncerait. Les choses étant ce qu’elles sont, la simple agonie physique qu’il avait éprouvée n’est que la dernière des vétilles comparée à l’ennui mortel de Dharana.

 

              La première semaine, ça peut sembler assez amusant, et vous pouvez même vous imaginer que vous progressez; mais à mesure que l’entraînement vous ouvre les yeux sur ce que vous êtes en train de faire, vous œuvrerez apparemment de plus en plus mal.

 

              Comprenez, je vous prie, que LORS DE CETTE PRATIQUE VOUS ÊTES CENSÉ ÊTRE ASSIS EN ASANA, AVOIR CARNET ET CRAYON À PORTÉE DE MAIN, ET UNE MONTRE EN FACE DE VOUS. Tout d’abord, vous ne pratiquerez pas plus de dix minutes d’affilée, afin d’éviter de surmener le cerveau. De fait, vous vous apercevrez probablement que L’INTÉGRALITÉ DE VOTRE POUVOIR VOLITIF EST INCAPABLE DE MAINTENIR TOTALEMENT UN OBJET DONNÉ AUSSI LONGTEMPS QUE TROIS MINUTES, ou même de se concentrer apparemment dessus ne serait-ce que trois secondes, ou les trois cinquièmes d’une seconde. Par “maintenir totalement”, nous entendons la pure tentative de le maintenir. L’esprit devient si fatigué, et l’objet si incroyablement repoussant, qu’il est inutile de continuer pour le moment. Dans le journal de Frater P., nous lisons qu’après une pratique quotidienne sur six mois, des méditations de quatre minutes et moins sont encore consignées.

 

              L’ÉTUDIANT EST SUPPOSÉ COMPTER LE NOMBRE DE FOIS OÙ SA PENSÉE DIVAGUE; il peut faire ceci à l’aide de ses doigts ou d’un chapelet (1). Si ces interruptions semblent devenir plus fréquentes que plus rares, l’étudiant ne doit pas se décourager; ceci résulte partiellement de ce que son observation croît en exactitude. Pareillement, l’introduction de la vaccination eut pour résultat apparent d’augmenter le nombre des cas de variole, la raison en étant que les gens commencèrent à dire la vérité au sujet de la maladie, au lieu de la falsifier.

 

              Quoiqu’il en soit, le contrôle va bientôt s’améliorer plus vite que l’observation. Lorsque ceci se produira, l’amélioration deviendra évidente dans le journal. Toute variation sera probablement due à des circonstances accidentelles; par exemple, un soir vous pouvez être déjà très fatigué en commençant la pratique, un autre vous pouvez être sujet au mal de tête ou à l’indigestion. Vous ferez bien d’éviter de pratiquer à de tels moments.

 

              Nous supposerons, donc, que vous avez atteint le stade où votre pratique moyenne d’un sujet est d’environ une demi-heure, et la moyenne des interruptions entre dix et vingt. L’on pourrait supposer que ceci implique que durant les périodes entre les interruptions, l’on est réellement concentré, mais ce n’est pas le cas. L’esprit vacille, bien qu’imperceptiblement. Toutefois, cela peut être une stabilité suffisamment réelle pour que même à ce stade précoce se produisent des phénomènes frappants, dont le plus prononcé en est un qui vous fera peut-être croire que vous vous êtes endormi. Ou, cela peut sembler inexplicable, et en tout cas vous dégoûtera de vous-même, VOUS OUBLIEREZ TOTALEMENT QUI VOUS ÊTES, CE QUE VOUS ÊTES, ET CE QUE VOUS FAITES. Un phénomène similaire arrive quelquefois lorsqu’on est à demi-réveillé le matin, et qu’on ne sait plus dans quelle ville on habite. La similitude de ces deux choses est assez significative. Elle suggère que ce qui se produit réellement, c’est que vous vous réveillez du sommeil que les hommes nomment veille, le sommeil dont les rêves sont la vie.

 

              Il existe une autre façon de vérifier ses progrès dans cette pratique, d’après la nature des interruptions.

 

              Les Interruptions sont classées comme suit :

 

                             Premièrement, sensations physiques. Elles devraient être surmontées par Asana.

                             Deuxièmement, les interruptions qui semblent être dictées par les événements précédant immédiatement la méditation. Leur activité devient immense. Ce n’est que par cette pratique que l’on peut appréhender combien de choses sont observées par les sens sans que l’esprit en devienne conscient.

                             Troisièmement, il y a une catégorie d’interruptions participant de la nature de la rêverie ou du “rêve éveillé”. Elles sont très insidieuses — on peut poursuivre très longtemps avant de réaliser qu’on a totalement divagué.

                             Quatrièmement, voici une très haute catégorie d’interruptions, une sorte d’aberration du contrôle lui-même. Vous pensez : « Qu’est-ce que j’assure ! » ou peut-être que ce serait une assez bonne idée que de se trouver sur une île déserte, ou dans une maison insonorisée, ou d’être assis près d’une chute d’eau. Mais ce ne sont que des variations insignifiantes de la vigilance elle-même.

                             Une cinquième catégorie d’interruptions semble n’avoir aucune origine décelable dans l’esprit. Elles peuvent même se manifester sous la forme de véritables hallucinations, généralement auditives. Bien sûr, de telles hallucinations sont rares, et sont reconnues pour ce qu’elles sont; dans le cas contraire l’étudiant ferait bien d’aller consulter son médecin. L’espèce usuelle consiste en phrases ou fragments de phrases étranges, l’étudiant entend très distinctement une voix humaine reconnaissable, non pas la sienne ni celle de quelqu’un de sa connaissance. Un phénomène identique est observé par les télégraphistes qui qualifient ces messages d’“atmosphériques”.

                             Il y a encore un autre genre d’interruption qui est le résultat désiré lui-même. Nous le traiterons en détail plus loin.

 

              Il y a un véritable ordre naturel dans ces catégories d’interruptions. Le contrôle s’améliorant, le pourcentage des premières et des secondes ira en diminuant, même si le nombre total d’interruptions lors d’une méditation reste cependant stationnaire. Lorsque vous consacrez une ou deux heures par jour à la méditation, et que vous passez une bonne partie du reste de la journée à d’autres pratiques destinées à la seconder, lorsqu’à presque chaque séance se produit une chose ou une autre, et qu’il y a constamment le sentiment d’être “à deux doigts de quelque chose d’énorme”, l’on peut s’attendre à passer à l’état suivant — Dhyana.

 

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : Ce dénombrement peut aisément devenir tout à fait mécanique. La pensée vous rappelant une interruption y associe l’idée de décompte. Le type le plus flagrant d’interruption peut être détecté par une autre personne. Il s’accompagne d’un battement des paupières, et peut être vu par lui. Avec l’expérience, il pourra détecter des interruptions même infimes.

 

 

 

 

6

 

DHYANA

 

 

              Ce mot possède deux sens complètement distincts et mutuellement exclusifs. Le premier se réfère au résultat lui-même. Dhyana est le même mot que “Jhana” en Pali. Le Bouddha comptait huit Jhanas, qui sont à l’évidence différents degrés ou types de transe. Les Hindous parlent aussi de Dhyana comme d’une forme inférieure de Samadhi. D’autres le regardent toutefois comme n’étant qu’une intensification de Dharana. Patanjali dit : « Dharana consiste à s’accrocher à quelque objet particulier. Un flot ininterrompu de connaissance relative à ce sujet est Dhyana. Lorsqu’abandonnant toutes formes, cela ne reflète plus que le sens, c’est Samadhi. » Il regroupe ces trois sous le terme Samyama.

 

              Nous traiterons plus de Dhyana comme résultat que comme méthode. Jusqu’ici, les anciennes autorités ont été des guides assez fiables, excepté en ce qui concerne leur morale grincheuse; mais lorsqu’elles abordent le sujet des résultats de la méditation, elles perdent carrément la tête.

 

              Elles épuisent les ressources de la poésie à proclamer ce dont on peut démontrer la fausseté. Par exemple, nous lisons dans le Shiva Sanhita que « celui qui médite quotidiennement sur ce lotus du cœur est avidement désiré des filles des Dieux, il obtient la clairaudience, la clairvoyance, et peut marcher dans le ciel ». Un autre « peut faire de l’or, découvrir des remèdes aux maladies, et voir les trésors cachés. » Ce sont des propos orduriers. Quelle est la malédiction jetée sur la religion faisant que ses principes doivent toujours être associés à toutes sortes d’extravagances et de mensonges ?

 

              Il y a une exception; c’est l’AA, dont les membres sont extrêmement attentifs à ne faire aucune affirmation ne pouvant être vérifiée par la procédure usuelle; ou si cela n’est guère aisé, à néanmoins éviter tout ce qui s’approcherait de l’énoncé dogmatique. Dans Leur second livret d’instructions pratiques, le Liber O (1), on lit ces mots :

              « En faisant certaines choses, certains résultats s’ensuivent. Il est très sérieusement déconseillé aux étudiants d’attribuer une réalité objective ou une validité philosophique à aucun d’entre eux. »

 

              Ces mots d’or !

 

              En discutant de Dhyana, qu’il soit donc clairement compris que quelque chose d’inattendu est sur le point d’être décrit.

 

              Nous devons considérer sa nature et estimer sa valeur de manière parfaitement impartiale, sans nous permettre les dithyrambes habituels, ou d’en déduire une quelconque théorie de l’univers. Un fait en sus peut détruire une théorie existante; c’est assez fréquent. Mais aucun fait unique ne suffit à en bâtir une.

 

              L’on aura compris que Dharana, Dhyana, et Samadhi forment un processus continu, et peu importe quand survient exactement l’apogée. C’est de celui-ci dont nous devons parler, car c’est une question d’expérience, et une très frappante en l’occurence.

 

              Au cours de notre concentration, NOUS AVONS REMARQUÉ QUE LE CONTENU DE L’ESPRIT CONSISTE, À TOUT MOMENT, EN DEUX CHOSES, PAS PLUS : l’Objet, variable, et le Sujet, invariable, ou du moins en apparence. PAR LE SUCCÈS EN DHARANA, L’OBJET EST DEVENU AUSSI INVARIABLE QUE LE SUJET.

 

              OR, LE RÉSULTAT DE CECI EST QUE LES DEUX DEVIENNENT UN. Ce phénomène survient généralement comme un choc terrible. C’est indescriptible même par les maîtres du langage; et il n’est donc pas surprenant que des bègues semi-éduqués se vautrent dans des océans de mélasse sentimentale.

 

              Toutes les facultés poétiques et émotionnelles sont projetées dans une sorte d’extase par un événement qui renverse l’esprit et rend le reste de la vie absolument méprisable en comparaison.

 

              La bonne littérature est principalement une question de bonne observation et de jugement sain exprimés de la plus simple manière. Pour cette raison, aucun des grands événements de l’histoire (comme les tremblements de terre et les batailles) n’a été correctement décrit par leurs témoins oculaires, à moins que ceux-ci n’aient été hors de danger. MAIS MÊME LORSQU’ON S’EST HABITUÉ À DHYANA PAR UNE CONSTANTE RÉPÉTITION, AUCUN MOT NE SEMBLE CONVENIR.

 

              L’une des plus simples formes de Dhyana peut être nommée “le Soleil”. Le soleil est vu (pour ainsi dire) par lui-même, non par un observateur; et bien que l’œil physique ne puisse contempler le soleil, l’on est contraint de reconnaître que ce “Soleil” est bien plus brillant que celui de la nature. Tout cela se passe sur un plan supérieur.

 

              Et aussi, TOUTES LES CONDITIONS MENTALES, TEMPORELLES ET SPATIALES SONT ABOLIES. Impossible d’expliquer ce que cela signifie réellement : l’expérience seule peut vous en fournir la compréhension.

 

              (Cela aussi possède ses analogies dans la vie courante; les conceptions des mathématiques supérieures ne peuvent être saisies par le débutant, ne peuvent être expliquées au profane.)

 

              Un développement ultérieur est l’apparition de la Forme universellement décrite comme humaine; quoique les personnes la décrivant lui attribuent un grand nombre de particularités qui ne sont pas humaines du tout. Cette singulière apparition est généralement supposée être “Dieu”.

 

              Mais, quoi que ce soit, LE RÉSULTAT SUR L’ESPRIT DE L’ÉTUDIANT EST IMMENSE; toutes ses pensées sont poussées à leur plus haut point de développement. Il croit sincèrement qu’elles ont la sanction divine; peut-être même suppose-t-il qu’elles émanent de ce “Dieu”. IL RETOURNE DANS LE MONDE ARMÉ DE CETTE INTENSE CONVICTION ET AUTORITÉ. Il proclame ses idées sans la restriction imposée à la plupart des gens par le doute, la modestie et le manque d’assurance (2); quoique plus tard, on peut le supposer, viennent les véritables éclaircissements.

 

              En tout cas, la masse du genre humain est toujours disposée à être dirigée par quelque chose d’aussi différent et revêtu de pareille autorité. L’histoire est pleine de récits d’officiers ayant marché sans armes contre un régiment de mutins et les ayant neutralisés par la seule force de l’assurance. Le pouvoir de l’orateur sur la foule est bien connu. C’est sans doute pour cette raison que le prophète put contraindre l’humanité à obéir à sa loi. Il ne lui vint jamais à l’esprit que quiconque puisse faire autrement. Dans la vie pratique, on peut passer devant n’importe quel gardien, tels une sentinelle ou un contrôleur de billets, si l’on peut vraiment agir de sorte à ce que l’homme soit d’une manière ou d’une autre persuadé que vous avez un droit de passage incontesté.

 

              Ce pouvoir, soit dit en passant, n’est autre que celui ayant été décrit par les magiciens comme le pouvoir d’invisibilité. Tout le monde connaît la savoureuse histoire de ces quatre hommes de confiance qui étaient sur le qui-vive à cause d’un meurtrier, et qui avaient l’ordre de ne laisser passer personne. Par la suite, tous jurèrent en présence du cadavre que personne n’était passé. Aucun n’avait vu le facteur.

 

              Les voleurs qui dérobèrent la “Joconde” au Louvre étaient probablement déguisés en ouvriers, et embarquèrent le tableau sous les yeux mêmes du gardien; et lui demandèrent très certainement un coup de main.

 

              Il suffit de croire qu’une chose doive être pour la provoquer. Cette conviction ne doit pas être émotionnelle ou intellectuelle. Elle réside dans une partie plus profonde de l’esprit, et cependant pas si profonde car beaucoup d’hommes, probablement tous les hommes heureux, comprendront mon propos, ayant dans leur propre expérience des points de comparaison.

 

              LE PLUS IMPORTANT FACTEUR DE DHYANA EST, QUOIQU’IL EN SOIT, L’ANNIHILATION DE L’EGO. Notre conception de l’univers doit être complètement détruite si nous devons admettre ceci comme valide; et il est temps de considérer ce qui survient réellement.

 

              L’on concédera que nous avons donné une explication très rationnelle de la grandeur des grands hommes. Ils vécurent une expérience si écrasante, si disproportionnée par rapport à tout le reste, qu’ils furent affranchis de toutes les entraves insignifiantes empêchant l’homme ordinaire de mettre ses projets à exécution.

 

              S’inquiéter au sujet des vêtements, de la nourriture, de l’argent, de ce que les gens peuvent penser, comment et pourquoi, et par-dessus tout la peur des conséquences, paralyse presque tout le monde. Rien n’est plus aisé, théoriquement, pour un anarchiste que de tuer un roi. Il lui suffit d’acheter un fusil, de devenir tireur d’élite, et d’abattre le roi depuis un poste à une distance d’un kilomètre et quelques. Et pourtant, bien qu’il y ait abondance d’anarchistes, les attentats sont très rares. D’autre part, la police sera probablement la première à admettre que si un homme était vraiment las de vivre, dans son être le plus profond, ce qui est un état très différent de celui où l’on proclame un peu partout qu’on en a marre, il s’arrangerait d’une manière ou d’une autre pour tuer d’abord quelqu’un d’autre.

 

              Or, L’HOMME AYANT EXPÉRIMENTÉ QUELQU’UNE DES PLUS INTENSES FORMES DE DHYANA SE TROUVE AINSI LIBÉRÉ. L’UNIVERS EST DÉTRUIT POUR LUI, ET LUI POUR L’UNIVERS. SA VOLONTÉ PEUT POURSUIVRE SA VOIE SANS ENTRAVE AUCUNE. L’on peut imaginer que dans le cas de Mahomet, ce dernier a nourri d’énormes ambitions durant des années, et ne réalisait rien car ces qualités qui se manifestèrent ultérieurement comme l’art de gouverner l’avertirent de son impuissance. Sa vision dans la grotte lui donna l’assurance nécessaire, la foi qui soulève les montagnes. Il y a, en ce monde, énormément de choses d’apparence solide qu’un enfant pourrait renverser; mais personne n’a le courage de pousser.

 

              Acceptons provisoirement cette explication de la grandeur, et passons. L’ambition nous a entraînés jusqu’ici; mais intéressons-nous maintenant au travail pour lui-même.

 

              Un phénomène très étonnant vient de se produire; nous avons vécu une expérience qui nous fait voir l’amour, la renommée, le rang, l’ambition et la richesse comme ne valant pas plus de trente cents; et nous commençons à nous interroger passionnément : « Qu’est-ce que la vérité ? ». L’Univers s’est écroulé autour de nous tel un château de cartes, et nous nous sommes effondrés avec lui. Encore que cette ruine soit comme l’ouverture des Portes du Paradis ! Il y a là un énorme problème, et il y a quelque chose en nous qui est avide de sa solution.

 

              Voyons quelles explications nous pouvons trouver.

 

              La première suggestion qui s’offrirait à un esprit bien équilibré, versé dans l’étude de la nature, est que nous avons expérimenté une catastrophe mentale. De même qu’un coup sur la tête fera qu’un homme “verra des étoiles”, l’on peut supposer que l’énorme tension mentale de Dharana a d’une manière ou d’une autre surexcité le cerveau, et provoqué un spasme, ou peut-être même la rupture d’un petit vaisseau. Il semble n’y avoir aucune raison d’entièrement rejeter cette hypothèse, bien qu’il soit tout à fait absurde de supposer que l’accepter reviendrait à condamner la pratique. Le spasme est la fonction normale d’au moins l’un des organes du corps. Que le cerveau ne soit pas endommagé par la pratique est prouvé par le fait que bien des gens déclarant avoir eu cette expérience de manière répétée continuent à exercer les occupations ordinaires de la vie sans diminution d’activité.

 

              Nous pouvons donc congédier la question physiologique. Elle ne jette aucune lumière sur le principal problème, celui de la valeur de témoignage de l’expérience.

 

              Or, c’est une question très difficile, et elle soulève la question plus vaste de la valeur de tout témoignage. Toute pensée possible a été mise en doute à un moment ou à un autre, exceptée celle ne pouvant être exprimée que par un point d’interrogation, puisque douter de cette pensée c’est l’affirmer. (Pour une complète discussion du sujet, voir “Le Soldat et le Bossu”, The Equinox, I). Mais hormis ce profond doute philosophique, il y a le doute pratique de tous les jours. L’expression populaire « douter du témoignage de ses sens » nous montre que ce témoignage est d’ordinaire accepté; mais ce n’est pas du tout le cas pour l’homme de science. Il est si bien averti que ses sens l’abusent constamment qu’il invente des instruments compliqués pour rectifier leurs erreurs. Il est plus conscient encore de ce que l’Univers qu’il perçoit directement par les sens n’est qu’une infime fraction de l’Univers qu’il connaît indirectement.

 

              Par exemple, l’air est composé aux quatre cinquièmes de nitrogène. Si quelqu’un apportait une bouteille de nitrogène dans cette pièce, il serait excessivement difficile de dire de quoi il s’agit; presque tous les tests qu’on pourrait lui appliquer seraient négatifs. Nos sens nous diraient peu, ou rien du tout.

 

              L’Argon ne fut découvert qu’en comparant le poids du nitrogène chimiquement pur à celui du nitrogène de l’air. Ceci avait souvent été fait, mais personne ne possédait d’instruments assez perfectionnés pour percevoir la différence. Pour prendre un autre exemple, un scientifique célèbre affirmait il n’y a pas si longtemps qu’on ne découvrirait jamais la composition des étoiles fixes. Et néanmoins elle a été établie, et avec certitude.

 

              Si vous interrogez un homme de science sur sa “théorie du réel”, il vous dira que l’“éther”, qui ne peut être perçu d’aucune manière par aucun des sens, ou détecté par aucun instrument, et qui possède des qualités qui sont, pour employer le langage ordinaire, impossibles, est bien plus réel que la chaise sur laquelle il est assis. La chaise est seulement un fait; et son existence est certifiée par une personne très faillible. L’éther est la nécessaire déduction de millions de faits, qui ont été vérifiés encore et encore, et contrôlés par tous les tests possibles de leur authenticité. Il n’y a donc pas de raison a priori pour rejeter une chose sous le prétexte qu’elle n’est pas directement perçue par les sens.

 

              Considérons un autre point. L’une de nos garanties d’authenticité est la vivacité de l’impression. Un événement isolé du passé sans grande importance peut être oublié; et s’il revient à la mémoire, l’on se surprendra à s’interroger : « L’ai-je rêvé ? Ou est-ce vraiment arrivé ? ». Ce qui ne peut jamais être oublié est le catastrophique. Le premier décès parmi les gens que nous aimons (par exemple) ne sera jamais oublié; car pour la première fois l’on aura réalisé ce qu’auparavant on avait seulement connu. Une telle expérience conduit parfois les gens à l’aliénation mentale. L’on a vu des scientifiques mettre fin à leurs jours lorsque leur théorie favorite vole en éclats. Ce problème a été abondamment débattu dans “Science et Bouddhisme !” (3), “Le Temps”, “Le Chameau”, et d’autres textes. Nous avons de bonnes raisons d’affirmer ici que DHYANA DOIT ÊTRE CLASSÉ COMME LA PLUS AVEUGLANTE ET LA PLUS CATASTROPHIQUE DE TOUTES LES EXPÉRIENCES. Ceci sera confirmé par quiconque l’ayant vécu.

 

              Il est donc difficile de surestimer la valeur d’une telle expérience pour l’individu, spécialement s’il s’agit de son entière conception des choses, incluant sa représentation la plus intime, le modèle auquel il avait toujours tout reporté, son propre moi, qui se trouvent réduits à néant. Et lorsque nous tentons de fournir une explication satisfaisante en parlant d’hallucination, de suspension temporaire de nos facultés ou quelque chose du même genre, nous nous avérons incapables d’y réussir. Vous ne pouvez discuter avec l’éclair qui vous a foudroyé.

 

              Une simple théorie est facile à renverser. On peut trouver des failles dans le raisonnement, on peut présumer que les prémisses sont fausses à certains points de vue; mais dans ce cas précis, si l’on réfute l’évidence de Dhyana, l’esprit est confondu par le fait que toutes les autres expériences, attaquées de la même manière, s’écrouleraient bien plus aisément.

 

              Quelle que soit la façon dont nous l’examinons, le résultat sera toujours le même. DHYANA PEUT ÊTRE FAUX; MAIS DANS CE CAS TOUT LE RESTE L’EST ÉGALEMENT.

 

              Or, l’esprit refuse d’en rester à la croyance en l’irréalité de ses propres expériences. Cela peut être autre que ce que cela paraît être; mais il faut bien que cela soit quelque chose, et si (à tout prendre) la vie ordinaire est quelque chose, combien plus doit être cela qui par sa lumière rejette au néant la vie ordinaire !

 

              L’homme normal remarque la fausseté, le style décousu et le manque de cohérence des rêves; il les attribue (justement) à un désordre de l’esprit. Le philosophe considère la vie éveillée avec autant de mépris; et la personne ayant expérimenté Dhyana partage la même vue, mais non par une simple et pâle conviction intellectuelle. Les raisons, quelle que soit leur validité, ne persuadent jamais totalement tandis que cet homme en Dhyana possède la même banale certitude qu’un autre se réveillant d’un cauchemar. « Je ne dévalais pas un millier d’escaliers, ce n’était qu’un mauvais rêve. »

 

              Analogue est la réflexion de l’homme qui a expérimenté Dhyana : « Je ne suis pas ce pitoyable insecte, cet imperceptible parasite de la terre; ce n’était qu’un mauvais rêve. » Et de même que vous ne pourriez convaincre l’homme ordinaire que son cauchemar était plus réel que son réveil, vous ne pourrez persuader l’autre que Dhyana n’était qu’une hallucination, même s’il ne sait que trop qu’il est retombé de cet état dans la vie “normale”.

 

              Il est probablement rare pour une expérience unique d’ainsi bouleverser radicalement l’entière conception de l’Univers, de même que parfois, dans les premiers instants du réveil, il reste un demi-doute sur lequel du songe ou du réveil est vrai. Mais comme l’on acquiert plus d’expérience (4), lorsque Dhyana n’est plus un séisme, lorsque l’étudiant a eu largement le temps de s’établir dans le nouveau monde, la certitude devient absolue.

 

              Une autre considération rationaliste est celle-ci. L’étudiant n’a pas tenté d’exciter son esprit mais de le calmer, non pas de produire telle ou telle pensée mais de les exclure toutes; car il n’y a aucune relation entre l’objet de la méditation et le Dhyana. Pourquoi devrions-nous supposer un déséquilibre de tout le système, surtout si l’esprit ne présente ultérieurement aucune trace de perturbations telles la douleur ou la fatigue ? Cette fois sûrement, même si jamais plus, l’image Hindoue exprime la plus simple théorie !

 

              L’image est celle d’un lac où se meuvent cinq glaciers. Ces glaciers sont les sens. Tant que la glace (les impressions) se détache continuellement dans le lac, les eaux sont troublées. Si les glaciers sont neutralisés, la surface devient calme; et alors seulement peut-elle refléter intact le disque solaire. Ce soleil est “l’âme” ou “Dieu”.

 

              Nous devons toutefois éviter ces termes pour le moment, à cause de leurs implications. Parlons plutôt de ce soleil comme de « quelque chose d’inconnu dont la présence était cachée par toutes les choses connues, et par le connaissant ».

 

              Il est probable, également, que notre mémoire de Dhyana ne soit pas le phénomène lui-même, mais l’image qu’il laissa dans l’esprit. Cependant, c’est vrai de tout phénomène, comme Berkeley et Kant l’ont prouvé de manière incontestable. Ce problème ne saurait donc nous concerner.

 

              Nous pouvons, quoiqu’il en soit, accepter provisoirement l’idée que DHYANA SOIT RÉEL; PLUS RÉEL ET DONC DE BIEN PLUS D’IMPORTANCE POUR NOUS QUE TOUTE AUTRE EXPÉRIENCE. Cet état a été décrit non seulement par les Hindous et les Bouddhistes, mais aussi par les Mahométans et les Chrétiens. Dans les textes Chrétiens, cependant, les partis pris profondément dogmatiques ont rendu leurs documents inutilisables pour l’individu moyen. Ils ignorent les conditions essentielles de Dhyana, et insistent sur le superflu, dans une mesure bien plus large que les meilleurs écrivains Indiens. Mais, pour quiconque ayant quelques expérience et connaissances en religion comparée, l’identité est certaine. Nous pouvons maintenant aborder Samadhi.

 

 

 

NOTES

 

(1) NDT : Figure en Appendice VII de “Magick en Théorie et en Pratique”.

 

(2) NDAC : Ce manque de restriction ne doit pas être confondu avec celui observable dans les cas de folie ou d’ivresse. Encore qu’il y ait une ressemblance très frappante; bien que purement superficielle.

 

(3) NDAC : Voir Crowley, Œuvres Choisies.

 

(4) NDAC : Il faut se souvenir qu’il n’existe actuellement aucune donnée permettant de déterminer la durée de Dhyana. L’on peut seulement dire qu’étant certainement survenu entre telle et telle  heure, cela a dû durer moins que cet espace de temps. Ainsi nous constatons, d’après le journal de Frater P., que cela peut sûrement se produire en moins d’une heure et cinq minutes.

 

 

 

 

7

 

SAMADHI

 

 

              Des idioties ont été écrites sur Samadhi plus qu’il n’en faut; nous allons éviter d’en rajouter. Même Patanjali, qui est extraordinairement lucide et pratique sur bien des points, commence à dérailler lorsqu’il aborde le sujet. Même si ce qu’il dit est vrai, il n’aurait pas dû en faire mention; car cela sonne faux, et nous ne ferons aucune déclaration a priori improbable sans être prêt à la soutenir par les preuves les plus évidentes. Mais il il y a de grandes chances pour que ses commentateurs l’aient mal interprété.

 

              L’énoncé le plus raisonnable de toutes les autorités reconnues est celui de Yajna Valkya, qui dit : « Par Pranayama, les impuretés du corps sont évacuées; par Dharana les impuretés de l’esprit; par Pratyahara les impuretés de l’attachement; et par Samadhi est supprimé tout ce qui masque la royauté de l’âme ». C’est une modeste déclaration en bonne forme littéraire. Si seulement nous pouvions faire aussi bien !

 

              En premier lieu, que signifie le mot ? Étymologiquement, Sam est le Grec sun-, le préfixe Anglais “syn-” signifiant “avec”. Adhi signifie “Seigneur”, et une traduction raisonnable du mot complet pourrait être “Union à Dieu”, le terme précisément employé par les mystiques Chrétiens pour décrire leur accomplissement.

 

              Or, il y a une grande confusion, car les Bouddhistes usent du mot Samadhi pour exprimer quelque chose d’entièrement différent, la seule faculté d’attention. Ainsi, pour eux, penser à un chat, c’est “faire Samadhi” sur ce chat. Ils emploient le mot Jhana pour décrire les états mystiques. Ceci est excessivement trompeur car, comme nous l’avons vu au chapitre précédent, Dhyana est un préliminaire à Samadhi, et Jhana n’est bien sûr que sa pitoyable corruption plébéienne en langue Pali (1).

 

              Il y a plusieurs genres de Samadhi (2). Certains auteurs considèrent Atmadarshana, l’Univers en tant que simple phénomène sans conditions, comme le seul véritable Samadhi. Si nous admettons ceci, nous devons reléguer de nombreux états moins élevés dans la catégorie de Dhyana. Patanjali énumère un bon nombre de ces états : les exercer sur des choses différentes confère différents pouvoirs magiques; ou du moins c’est ce qu’il dit. Cela n’a pas à être débattu ici. Quiconque veut des pouvoirs magiques peut les obtenir par des douzaines de moyens différents.

 

              Le pouvoir croît plus vite que le désir. Le garçon qui veut de l’argent pour acheter des soldats de plomb se met à travailler pour les acquérir, et lorsqu’il l’a gagné il veut autre chose à la place — selon toute probabilité quelque chose étant juste au-dessus de ses moyens.

 

              Telle est la splendide histoire de tout progrès spirituel ! On ne s’arrête jamais pour prendre la récompense.

 

              Par conséquent, nous n’avons aucunement à nous inquéter au sujet de ce que Samadhi est ou n’est pas en mesure de nous apporter pour autant que ses résultats dans nos vies soient concernés. Nous avons commencé ce livre, rappelons-le, par des considérations relatives à la mort. La mort a maintenant perdu tout son sens. L’idée de mort dépend des idées d’ego, et de temps; ces idées ont été détruites; et donc « La Mort est engloutie dans la victoire. » Désormais, nous nous intéresserons uniquement à ce qu’est Samadhi en lui-même, et aux conditions le provoquant.

 

              Tentons une définition ssns appel. Dhyana ressemble à Samadhi sous bien des aspects. Il y a une union de l’ego et du non-ego, et une perte de la conscience du temps, de l’espace et de la causalité. La dualité est abolie sous toutes ses formes. L’idée de temps implique celle de deux choses successives, celle d’espace deux choses non-coïncidentes, celle de causalité deux choses en relation.

 

              Ces conditions Dhyaniques contredisent celles de la pensée normale; mais dans Samadhi elles sont plus prononcées encore que dans Dhyana. Et quoique DANS LE DERNIER CELA SEMBLE COMME LA SIMPLE UNION DE DEUX CHOSES, DANS LE PREMIER CELA APPARAÎT COMME SI TOUTES LES CHOSES SE PRÉCIPITAIENT ENSEMBLE ET S’UNISSAIENT. L’ON POURRAIT DIRE QUE DANS DHYANA CETTE QUALITÉ ÉTAIT TOUJOURS PRÉSENTE À L’ÉTAT LATENT, QUE L’UN EXISTANT ÉTAIT OPPOSÉ AU MULTIPLE NON-EXISTANT; DANS SAMADHI L’UN ET LE MULTIPLE SONT UNIS DANS UNE UNION DE L’EXISTENCE ET DE LA NON-EXISTENCE. Cette définition ne provient pas de la réflexion, mais de la mémoire.

 

              Du reste, il est facile de maîtriser le “truc” ou “astuce” de Dhyana. Au bout de quelque temps, l’on peut rentrer dans cet état sans pratique préliminaire; et, le considérant de ce point de vue, il semble possible de réconcilier les deux significations du mot débattues dans le dernier paragraphe. Vu d’en dessous, Dhyana ressemble à une transe, une expérience si formidable qu’on n’en peut concevoir de plus élevée, tandis que vu d’au-dessus, il n’apparaît que comme un état d’esprit aussi naturel que n’importe quel autre. Frater P., avant d’accéder à Samadhi, écrivit de Dhyana : « Peut-être comme résultat de l’intense contrôle exercé se déclenche-t-il une tempête nerveuse : c’est ce qu’on nomme Dhyana. Samadhi n’en est qu’un développement, autant que j’en puisse juger. »

 

              Cinq années plus tard, il ne verrait plus les choses de la même façon. Peut-être dirait-il que Dhyana était « l’écoulement de l’esprit en un flux continu menant de l’ego au non-ego, sans avoir conscience de l’un ou de l’autre, accompagné d’une béatitude et d’un émerveillement croissants. » Il peut comprendre comment cela est le résultat naturel de Dhyana, mais ne peut poursuivre en affirmant Dhyana le précurseur de Samadhi. Peut-être ne connaît-il pas réellement les conditions qui induisent Samadhi. Il peut produire Dhyana à volonté au cours de quelques minutes de pratique; et il survient souvent avec une apparente spontanéité : ce n’est malheureusement pas le cas avec Samadhi. Il peut probablement l’obtenir à volonté, mais ne saurait dire exactement comment, ou dire combien de temps cela lui prend; et il ne pourrait être sûr de l’avoir tout à fait obtenu.

 

              L’on se sent sûr de pouvoir marcher plusieurs kilomètres le long d’une route plate. L’on connaît les conditions, et il faudrait un très extraordinaire concours de circonstances pour nous en empêcher. Mais bien qu’il soit tout aussi aisé de dire : « J’ai escaladé le Mont Cervin et je sais que je peux le faire de nouveau », il se pourrait que toutes sortes de circonstances plus ou moins probables nous empêchent de réussir.

 

              Or, nous savons ceci : SI LA PENSÉE EST MAINTENUE IMMUABLE ET PERSISTANTE, DHYANA S’ENSUIT. Nous ne savons pas si une intensification de celui-ci suffit à produire Samadhi, ou si d’autres conditions sont requises. L’un est science, l’autre est empirisme.

 

              Un auteur affirme (si ma mémoire est bonne) que douze secondes de persévérance sont Dharana, cent-quarante-quatre Dhyana, et mille-sept-cent-vingt-huit Samadhi. Et Vivekananda, commentant Patanjali, fait de Dhyana un simple prolongement de Dharana; mais affirme en outre : « Supposons que je médite sur un livre, et que je réussisse graduellement à concentrer mon esprit dessus, et ne perçoive plus que la sensation intérieure, le sens inexprimé par aucune forme, cet état de Dhyana est appelé Samadhi. »

 

              D’autres auteurs sont enclins à penser que Samadhi découle de la méditation sur des sujets en eux-mêmes honorables. Par exemple, Vivekananda dit : « Pensez à n’importe quel sujet sacré », et explique ceci comme suit : « Ce qui ne signifie pas n’importe quel sujet pervers » (!).

 

              Frater P. ne voudrait pas affirmer catégoriquement qu’il ait jamais obtenu Dhyana à partir d’objets ordinaires. Il abandonna la pratique après plusieurs mois, et médita sur les Chakras, etc. Aussi, son Dhyana devint si courant qu’il renonça à en prendre note. Mais s’il souhaitait le provoquer à l’instant, il choisirait quelque chose qui exciterait sa “sainte épouvante”, ou sa “crainte sacrée”, ou son “émerveillement” (3). Il n’y a apparemment aucune raison pour que Dhyana ne survienne pas en pensant à quelque objet commun du bord de mer, tel un cochon bleu; mais la constante référence de Frater P. à celui-ci comme l’objet usuel de sa méditation ne doit pas être prise au pied de la lettre (4). Ses comptes rendus de méditation ne font aucune mention de ce remarquable animal.

 

              Ce sera une bonne chose lorsque la recherche structurée aura déterminé les conditions de Samadhi; mais en attendant il semble n’y avoir aucune objection spéciale à ce que nous suivions la tradition, et utilisions les mêmes objets de méditation que nos prédécesseurs, à une seule exception près que nous signalerons en temps utile.

 

              La première catégorie d’objets pour une méditation sérieuse (par opposition à la pratique préliminaire lors de laquelle on s’en tient à des objets simples et reconnaissables, dont l’image est facile à maintenir) se compose des différentes parties du corps. Les Hindous possèdent un système élaboré d’anatomie et de physiologie qui n’a, à ce qu’il semble, aucun rapport avec les faits de la table de dissection. Très importants dans cette catégorie sont les sept Chakras, ils seront décrits dans la Partie II. Il existe également de nombreux “nerfs”, tout aussi mythiques.

 

              La seconde catégorie est composée des objets de dévotion, comme l’idée ou la représentation d’une Divinité; ou le cœur ou le corps de votre Instructeur, ou de toute autre personne que vous respecteriez profondément. Cette pratique n’est pas à recommander car elle implique un parti pris de l’esprit.

 

              Vous pouvez aussi méditer sur vos rêves. Cela sent la superstition; mais le principe en est que vous avez déjà une tendance, indépendante de votre volonté consciente, à penser à certaines choses, sur lesquelles il sera donc plus aisé de méditer que d’autres. Que ceci soit l’explication ressort de la nature des catégories précédentes et suivantes.

 

              Vous pouvez aussi méditer sur n’importe quoi vous attirant spécialement.

 

              Mais, dans ce domaine, on se sent enclin à suggérer qu’IL EST PRÉFÉRABLE ET PLUS PROBANT QUE LA MÉDITATION SOIT DIRIGÉE VERS UN OBJET EN LUI-MÊME APPAREMMENT DÉNUÉ D’IMPORTANCE. L’on veut que l’esprit ne soit excité par rien, même pas par l’adoration. Voyez les trois méthodes de méditation du Liber HHH (The Equinox, VI) (5). D’autre part, l’on ne niera pas qu’il est bien plus facile de choisir une idée vers laquelle l’esprit se dirige naturellement.

 

              Les Hindous affirment que la nature de l’objet détermine le Samadhi; à savoir la nature de ces Samadhis inférieurs conférant les soi-disant “pouvoirs magiques”. Par exemple, il y a les Yogapravritti. En méditant sur le bout du nez, l’on obtient ce qui peut être appelé “l’odorat idéal”; c’est-à-dire un odorat qui n’est pas n’importe quel odorat particulier, mais l’odorat archétypal, dont tous les odorats concrets ne sont que des altérations. C’est « l’odorat qui n’est pas un odorat ». Ceci en est la seule description raisonnable, car l’expérience étant contraire à la raison, il est tout à fait logique que les mots la décrivant le soient également (6).

 

              De même, la concentration sur la pointe de la langue donne le “goût idéal”; sur le dorsum de la langue, le “contact idéal”. « Chaque atome du corps rentre en contact avec chaque atome de l’Univers simultanément » est la description qu’en donne Bhikku Ananda Metteya (7). La racine de la langue donne le “son idéal”; et le pharynx la “vue idéale” (8).

 

              Néanmoins, le Samadhi par excellence (9) est Atmadarshana, qui, pour certains, et non des moins instruits, est le premier vrai Samadhi; car MÊME LES VISIONS DE “DIEU” ET DU “SOI” SONT VICIÉES PAR LA FORME. DANS ATMADARSHANA LE TOUT EST MANIFESTÉ COMME L’UN : C’EST L’UNIVERS AFFRANCHI DE SES CONDITIONS. NON SEULEMENT SONT DÉTRUITES TOUTES IDÉES ET TOUTES FORMES, MAIS AUSSI CES CONCEPTIONS QUI SONT IMPLICITES DANS LES IDÉES QUE NOUS NOUS FAISONS DE CES IDÉES (10). Chaque partie de l’Univers est devenue l’ensemble, et phénomènes et noumènes ne sont désormais plus opposés.

 

              Mais il est tout à fait impossible de décrire cet état mental. L’on peut seulement préciser certaines de ses caractéristiques, et cela dans un langage qui ne forme aucune image dans l’esprit. Il est impossible à quelqu’un vivant cette expérience d’en ramener une mémoire correcte, pas plus que nous ne pouvons concevoir un état supérieur à celui-ci.

 

              Il y a, toutefois, un état bien plus élevé nommé SHIVADARSHANA, dont il suffira de dire qu’IL EST LA DESTRUCTION DE L’ÉTAT PRÉCÉDENT, SON ANNIHILATION; et pour comprendre cet effacement, l’on doit imaginer le “Néant” (c’est le seul mot qui convienne) non comme négatif, mais comme positif.

 

              L’esprit normal est une bougie dans une pièce assombrie. Poussez les volets, et la lumière solaire rend la flamme invisible. C’est une bonne image de Dhyana (11).

 

              Mais l’esprit se refuse à trouver une comparaison pour Atmadarshana. Il semble tout bonnement inutile de dire que la ruée de toutes les armées célestes réunies éclipserait pareillement la lumière du soleil. Mais si nous procédons ainsi, et souhaitons de plus fournir une image de Shivadarshana, nous devons nous imaginer reconnaissant brusquement ce flamboiement universel comme étant ténèbres; non pas une lumière extrêmement faible par rapport à une autre, mais les ténèbres elles-mêmes. Ce n’est pas le passage de l’infime à l’immense, ou même du fini à l’infini. C’est la reconnaissance que le positif est tout simplement le négatif. La vérité ultime est non seulement perçue comme fausse, mais comme la contradiction logique de la vérité. Il est totalement inutile de donner plus de détails sur ce sujet qui a dérouté tous les autres esprits jusqu’à présent. Nous avons tenté d’en dire le moins possible plutôt que l’inverse (12).

 

              Plus éloignée encore de notre présent propos serait la critique des innombrables discussions posant le problème de savoir s’il s’agit ou non de la réalisation ultime, ou ce qu’elle confère. Il suffira de dire que même le tout premier et le plus transitoire Dhyana récompense dix fois plus qu’au centuple les peines que nous pouvons avoir eu à l’obtenir.

 

              Et c’est une planche de salut pour le débutant que son travail soit cumulatif : tout acte dirigé vers l’accomplissement construit une destinée devant un jour porter ses fruits. Puissent tous y parvenir !

 

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : La vulgarité et le provincialisme du canon Bouddhiste font qu’il répugne énormément à tout esprit raffiné; et la tentative d’employer les termes d’une philosophie ego-centrique pour expliquer les particularités d’une psychologie dont la doctrine principale est le reniement de l’ego, fut l’œuvre d’un crétin nuisible. Rejetons sans hésiter ces abominations, ces obscénités de mendiants vêtus de guenilles qu’ils ont dérobées aux cadavres, et suivons la signification étymologique du mot telle qu’elle est donnée plus haut !

 

(2) NDAC : Apparemment. C’est-à-dire que les résultats patents diffèrent. Peut-être la cause est-elle unique, réfractée au travers de prismes variés.

 

(3) NDAC : Ce serait plutôt une brèche dans le scepticisme qui est la base de notre système que d’admettre qu’une chose puisse être d’une quelconque manière meilleure qu’une autre. Procédez ainsi : « A est une chose que B estime être “sacrée”. Il est donc naturel pour B de méditer dessus. » Débarrassez-vous de l’ego, observez toutes vos actions comme si elles étaient celles d’un autre, et vous éviterez quatre-vingt-dix-neuf pour cent des ennuis qui vous guettent.

 

(4) NDT : In french dans le texte.

 

(5) NDAC : Elles sont complémentaires des trois méthodes d’Enthousiasme (instructions de l’AA, non encore délivrées en Mars 1912).

 

(6) NDAC : D’où le Credo Athanasien. Comparer avec l’exact parallèle dans le Zohar : « La Tête qui est au-dessus de toutes les têtes; la Tête qui n’est pas une Tête ».

 

(7) NDT : Allan Bennett, que Crowley rencontra dans la Golden Dawn et avec lequel il sympathisa. Il devint moine Bouddhiste.

 

(8) NDAC : De même, Patanjali nous dit qu’en faisant Samyama sur la force d’un éléphant ou d’un tigre, l’étudiant acquiert cette force. Réussissez la conquête du “nerf Udana” et vous pourrez marcher sur les eaux; “Samana” et vous jetterez des éclairs de lumière; les “éléments” feu, air, terre et eau, et vous pourrez faire tout ce dont ils vous empêchent en temps normal. Par exemple, en conquérant la terre, le trajet jusqu’en Australie peut être raccourci; ou en conquérant l’eau, on peut vivre au fond du Gange. L’on dit qu’il y a un saint homme de Bénarès qui fait ainsi, ne remontant qu’une fois l’an pour réconforter et instruire ses disciples. Mais personne n’est obligé de croire ces choses à moins qu’il ne le veuille; et il vous est même recommandé de conquérir ce désir s’il surgit. Ce sera intéressant lorsque la science aura réellement déterminé les variables et les constantes de ces équations.

 

(9) NDT : In french dans le texte.

 

(10) NDAC : C’est si total que non seulement le « Blanc est Noir », mais que « la Blancheur du Noir est l’essentiel de sa Noirceur ». « Rien = Un = Infini »; mais ceci n’est vrai qu’à cause de cette disposition triple, une trinité ou “triangle de contradictoires”.

 

(11) NDSV : Ici la dictée fut interrompue par une réflexion très prolongée due à la difficulté de rendre l’image claire. Virakam.

 

(12) NDAC : Néanmoins, tout ceci est venu de notre désir d’être aussi modeste que Yajna Valkya !

 

 

 

 

RÉCAPITULATIF

 

 

Q. : Qu’est-ce que le génie et comment est-il produit ?

 

R. : Prenons plusieurs spécimens de l’espèce, et tentons de trouver une chose qu’ils aient en commun, et qui ne soit pas présente chez les autres espèces.

 

Q. : Une telle chose existe-t-elle ?

 

R. : Oui : tous les génies ont l’habitude de la concentration mentale, et ont généralement besoin de longues périodes de solitude pour acquérir cette habitude. En particulier, les plus grands génies religieux se sont tous retirés du monde à un moment ou un autre de leur vie, et commencèrent à prêcher immédiatement à leur retour.

 

Q. : Quel avantage une telle retraite offre-t-elle ? L’on pourrait s’attendre à ce qu’un homme agissant de la sorte se trouve à son retour inapte à communiquer avec sa civilisation, et en tous points moins compétent qu’avant son départ.

 

R. : Mais chacun prétend, quoique dans un langage différent, avoir acquis un pouvoir surhumain durant cette absence.

 

Q. : Le croyez-vous ?

 

R. : Cela nous coûte de rejeter les affirmations de ceux qui sont, de l’aveu général, les plus élevés représentants de l’humanité, avant de pouvoir les réfuter preuves à l’appui, ou du moins expliquer comment ils ont été induits en erreur. Dans chaque cas, le maître nous laisse des instructions à suivre. La seule méthode scientifique est donc de répéter leurs expériences, et d’ainsi confirmer ou réfuter leurs résultats.

 

Q. : Mais leurs instructions diffèrent largement !

 

R. : Seulement dans la mesure où chacun était limité par les conditions historiques, raciales, climatiques et linguistiques. Il y a une identité fondamentale de la méthode.

 

Q. : Vraiment !

 

R. : Ce fut la grande œuvre de la vie de Frater Perdurabo que de prouver ceci. Étudiant chaque pratique religieuse de chacune des grandes religions en place, il fut à même de démontrer l’Identité- dans-la-diversité de toutes et d’élaborer une méthode affranchie de tout parti pris dogmatique, et basée uniquement sur les faits vérifiés de l’anatomie, de la physiologie, et de la psychologie.

 

Q. : Pouvez-vous me donner un bref résumé de cette méthode ?

 

R. : L’idée mère est que l’Infini, l’Absolu, Dieu, l’Âme Supérieure, ou quel que soit le nom que vous préfériez lui donner, est toujours présent; mais voilé ou masqué par les pensées de l’esprit, de la même façon qu’on ne peut entendre un battement de cœur dans une ville inféodée au vacarme.

 

Q. : Vraiment ?

 

R. : Donc, pour obtenir la connaissance de Cela, il est seulement nécessaire de calmer toutes les pensées.

 

Q. : Mais, durant le sommeil, la pensée n’est-elle point apaisée ?

 

R. : Exact, peut-être, généralement parlant; mais la faculté perceptive l’est également.

 

Q. : Donc, vous souhaitez obtenir une vigilance et une attention parfaites de l’esprit, ininterrompues par le flot des pensées ?

 

R. : Oui.

 

Q. : Et comment procédez-vous ?

 

R. : Tout d’abord, nous calmons le corps par la pratique nommée Asana, et assurons son bien-être et la régularité de ses fonctions par le Pranayama. Ainsi, aucun message du corps ne viendra troubler l’esprit.

     Deuxièmement, par Yama et Niyama, nous calmons les émotions et les passions, et les empêchons ainsi de venir déranger l’esprit.

     Troisièmement, par Pratyahara nous analysons l’esprit encore plus profondément, et commençons à contrôler et à supprimer les pensées en général, quelle que soit leur nature.

     Quatrièmement, nous supprimons toutes les autres pensées par une concentration soutenue sur une pensée unique. Ce processus, qui mène aux résultats les plus importants, se compose de trois parties, Dharana, Dhyana, et Samadhi, regroupées sous l’unique terme de Samyama.

 

Q. : Comment puis-je acquérir plus de connaissance et d’expérience en la matière ?

 

R. : l’AA est une organisation dont les chefs se sont, par expérience personnelle, hissés au faîte de cette science. Ils ont fondé un système par lequel chacun peut pareillement s’accomplir, et cela avec une aisance et une rapidité antérieurement impossibles.

 

 

 

 

 

 

 

 

PARTIE II

 

 

LIVRE QUATRE :

 

MAGICK

 

 

 

 

 

 

 

 

MAGICK CÉRÉMONIELLE (1), ENTRAÎNEMENT À LA MÉDITATION

 

 

Remarques Préliminaires

 

 

              Jusqu’ici nous n’avons parlé que du sentier mystique; et nous en sommes particulièrement tenus à son côté pratique & exotérique. Des difficultés telles celles que nous avons mentionnées n’étaient qu’obstacles purement naturels. Par exemple, la grande question de l’abandon du moi, qui occupe une place si importante dans de nombreux ouvrages mystiques, n’a pas été traitée du tout. Nous avons seulement dit ce qu’un homme doit faire; mais nous n’avons pas considéré ce que ce faire peut impliquer. La rébellion de la volonté contre la terrible discipline de la méditation n’a pas été discutée; nous allons maintenant en dire quelques mots.

 

              Il n’est aucune limite à ce que les théologiens nomment “perversité”. Seule l’expérience fera découvrir à l’étudiant l’ingéniosité de l’esprit tentant d’échapper au contrôle. IL EST PARFAITEMENT SAUF TANT QU’IL S’EN TIENT À LA MÉDITATION, NE FAISANT NI PLUS NI MOINS QUE CE QUE NOUS LUI AVONS RECOMMANDÉ; MAIS L’ESPRIT NE LE LAISSERA PROBABLEMENT PAS DEMEURER EN CETTE SIMPLICITÉ. Ce fait est à la racine de toutes les légendes sur les “Saints” tentés par le “Diable”. Reportez-vous à la parabole du Christ dans le Désert, où il est tenté d’utiliser son pouvoir magique, pour faire toutes choses hormis celle devant être faite. Ces attaques de la volonté sont aussi nocives que les pensées s’insinuant lors de Dharana. C’est presque comme si l’on ne pouvait méditer avec succès avant que la volonté ne soit devenue inflexible au point qu’aucune force dans l’Univers ne puisse la briser ou la faire plier. AVANT DE CONCENTRER LE PRINCIPE INFÉRIEUR, À SAVOIR L’ESPRIT, IL FAUT ÊTRE CAPABLE DE CONCENTRER LE PRINCIPE SUPÉRIEUR, LA VOLONTÉ. L’incapacité à comprendre ceci a détruit la valeur de toutes les tentatives d’enseignement du “Yoga”, de la “Culture Mentale”, de la “Nouvelle Pensée” et consorts (2).

 

              Il existe des méthodes pour éduquer la volonté, en suivant lesquelles on peut aisément vérifier ses progrès.

 

              Chacun connaît la force de l’habitude. Chacun sait que si l’on persiste à agir de telle ou telle manière, cette action deviendra plus facile, et la fin absolument naturelle .

 

              Toutes les religions ont imaginé des pratiques menant à cette fin. Si vous priez suffisamment longtemps avec vos lèvres, vous vous retrouverez un beau jour priant dans votre cœur.

 

              LE PROBLÈME A ÉTÉ DÉBATTU DANS SON INTÉGRALITÉ, ET RÉSOLU, PAR LES ANCIENS SAGES; ILS ONT CRÉÉ UNE SCIENCE DE LA VIE COMPLÈTE ET PARFAITE; ET ILS LUI ONT DONNÉ LE NOM DE MAGICK. C’est là le secret majeur des Anciens, et si les clés n’en ont jamais été réellement perdues, elles ont certainement été peu utilisées (3).

 

              De plus, la confusion de pensée causée par l’ignorance de gens n’y comprenant rien a discrédité le sujet tout entier. C’est maintenant notre tâche que de rétablir cette science dans sa perfection.

 

              Œuvrant à ceci, nous nous devons de critiquer les Autorités; certaines d’entre elles ont trop complexifié le sujet, d’autres ont totalement échoué dans le respect de règles aussi élémentaires que la cohérence. Beaucoup d’auteurs étaient des empiristes, plus encore de simples copistes, tandis que la plupart n’étaient que de stupides charlatans.

 

              Nous devons considérer une forme simple de magick, harmonisée à partir de nombreux systèmes anciens et récents, décrire les diverses armes du Magicien et l’aménagement de son temple. Nous devons expliquer à quoi correspond réellement chacune d’elle, et discuter de la construction et de l’usage de toutes.

 

              Le Magicien œuvre dans un Temple; l’Univers, qui est (souvenez-vous en !) contigu à lui (4). Dans ce temple se trouve un Cercle tracé sur le sol, symbolisant la limitation de son travail. Ce cercle est protégé par des noms divins, les influences sur lesquelles il compte pour maintenir à bonne distance les pensées hostiles. À l’intérieur du cercle se tient un Autel, la base solide sur laquelle il œuvre, la fondation de tout. Sur cet autel, il y a sa Baguette, sa Coupe, son Épée et son Pantacle, symbolisant respectivement sa Volonté, sa Compréhension, sa Raison, et les parties inférieures de son être. S’y trouvent également une fiole d’Huile, entourée d’un Fouet, d’une Dague et d’une Chaîne. Au-dessus de l’autel est suspendue une Lampe. Le Magicien porte une Couronne, une simple Robe et un Pectoral. De plus, il tient un Livre de Conjurations et une Cloche.

 

              L’huile consacre tout ce qui rentre en contact avec elle; c’est son aspiration; tout acte réalisé conformément à elle est saint. Le fouet le torture; la dague le blesse; la chaîne le lie. C’est par la vertu de ces trois-là que son aspiration reste pure et se trouve à même de consacrer toutes les autres choses. Il porte une couronne afin d’affirmer sa suzeraineté, sa divinité; une robe pour symboliser le silence, et un pectoral afin de proclamer la nature de son œuvre. Le livre de conjurations ou formules magiques est son dossier magique, son Karma. À l’Est se trouve le Feu Magicke, dans lequel tout est finalement consumé (5).

 

              Nous allons maintenant aborder chaque sujet dans le détail.

 

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : Nous avons adopté l’ancienne orthographe MAGICK qui sera ici systématiquement employée afin de distinguer la Science des Mages de toutes ses contrefaçons.

 

(2) NDT : “Menticulture”, “New Thought” : sans doute des expressions désignant des mouvances “spiritualistes” contemporaines de Crowley.

 

(3) NDAC : Les détenteurs de ces clés sont toujours restés très silencieux à leur sujet. Cela fut surtout nécessaire en Europe, à cause de la dominance d’églises persécutrices.

 

(4) NDAC : Par “vous-même”, il faut entendre le contenu de votre conscience. Tout ce qui se trouve en-dehors n’existe pas pour vous.

 

(5) NDAC : Le Magicien n’a besoin de rien hormis le dispositif ici décrit, tout du moins pour les invocations, lors desquelles il fait descendre ce qui est au-dessus et à l’intérieur de lui. Mais pour les évocations, lors desquelles il commande à ce qui lui est inférieur et externe, il peut placer un triangle à l’extérieur du cercle.

 

 

 

 

1

 

LE TEMPLE

 

 

              LE TEMPLE SYMBOLISE L’UNIVERS EXTÉRIEUR. LE MAGICIEN DOIT LE PRENDRE TEL QU’IL LE TROUVE, et ainsi il est d’une forme dictée par les circonstances; néanmoins nous trouvons écrit dans le Liber Vll (1), vi, 2 : « Nous nous fîmes un Temple de pierres en la forme de l’Univers, aplani comme tu l’érodas ouvertement et moi à l’abri des regards ». Cette forme est celle de la Vesica Piscis; mais seul le plus grand des Magiciens peut ainsi façonner le Temple. Il peut y avoir, toutefois, plusieurs choix de pièces; cela se réfère au pouvoir qu’a le Magicien de se réincarner dans une enveloppe charnelle appropriée.

 

 

 

NOTES

 

(1) NDT Le “Liber Liberi vel Lapidis Lazuli”, l’un des Livres Saints de Thélème. Traduit & à paraître.

 

 

 

 

2

 

LE CERCLE

 

 

              LE CERCLE ANNONCE LA NATURE DU GRAND ŒUVRE.

 

              Bien que le Magicien ait été limité dans son choix de pièces, il est plus ou moins à même de choisir la partie du local dans laquelle il œuvrera. Il considérera l’aspect pratique et les possibilités. Son cercle ne doit pas être trop petit et gêner ses mouvements; mais pas grand au point qu’il doive parcourir de longues distances. Une fois le cercle tracé et consacré, le Magicien ne doit pas en sortir, ou même se pencher au-dehors, de crainte d’être détruit par les forces hostiles se tenant à l’extérieur.

 

              Il choisit un cercle plutôt qu’aucune autre figure linéaire pour plusieurs raisons; e.g.,

                             1. Il affirme de ce fait son identité avec l’infini.

                             2. Il affirme l’exact équilibre de son travail; car tous les points de la circonférence sont équidistants du centre.

                             3. Il affirme la limitation impliquée par sa dévotion au Grand Œuvre. Il cesse d’errer sans but dans le monde.

 

              Le centre de ce cercle est le centre du Tau de dix carrés qui se trouve au milieu (voir illustration). Le Tau et le cercle réunis constituent une forme de la Rose-Croix, l’union du sujet et de l’objet qui est le Grand Œuvre, et qui est parfois symbolisée par ce cercle et cette croix, parfois par le Lingam-Yoni, parfois par l’Ankh ou Crux Ansata, parfois par la Flèche et la Nef d’une église ou temple, et parfois par une fête nuptiale, un mariage mystique, un mariage spirituel, les “noces chymiques”, et de cent autres manières. Quelle que soit la forme choisie, elle symbolise le Grand Œuvre.

 

              CE LIEU DE TRAVAIL PROCLAME PAR CONSÉQUENT LA NATURE ET L’OBJET DE L’ŒUVRE. Ces gens qui ont supposé que l’emploi de ces symboles impliquait le culte des organes reproducteurs n’ont fait qu’attribuer aux sages de tous les pays et de toutes les époques des esprits d’un calibre égal au leur.

 

              Le Tau est composé de dix carrés correspondant aux dix Séphiroth. Autour de ce Tau se trouve un triangle lui-même inscrit dans le grand Cercle; mais de ce triangle ne sont marqués que les trois angles, aires formulées par le retranchement des lignes le constituant. De ce triangle ne sont visibles que les parties résultant de l’intersection de deux lignes; elles offrent par conséquent l’aspect d’un diamant, l’une des formes du Yoni. La signification de ceci est trop complexe pour être explicitée dans notre humble manuel; on pourra l’étudier dans Berashith de Crowley (1).

 

              La dimension de la figure toute entière est déterminée par celle des carrés du Tau. Et celle de ces derniers par la base de l’Autel, placée en Malkuth. L’on en déduira que MALGRÉ L’APPARENTE LIBERTÉ QU’A LE MAGICIEN DE FAIRE CE QU’IL VEUT, IL EST EN FAIT TOTALEMENT DÉTERMINÉ; puisque l’Autel devant posséder une base proportionnée à sa hauteur, et cette hauteur devant, elle, être adaptée au Magicien, tout dépendra en fait de la taille de ce dernier. Il est facile de tirer plusieurs leçons morales de ces considérations. Nous n’indiquerons que celle-ci : L’ENVERGURE DE L’ŒUVRE D’UN HOMME DÉPEND DE SON GÉNIE ORIGINEL. Même les dimensions des armes doivent être déterminées par de nécessaires questions de proportions. Les exceptions à cette règle sont la Lampe, qui pend au plafond, au-dessus du centre du Cercle, du carré de Tiphereth; et l’Huile, dont la fiole est suffisamment petite pour convenir à n’importe quel autel.

 

              Sur le Cercle sont inscrits les Noms de Dieu; le Cercle étant vert et les noms d’un vermillon flamboyant, comme le Tau. À L’EXTÉRIEUR DU CERCLE SONT DISPOSÉS NEUF PENTAGRAMMES ÉQUIDISTANTS (2), AU CENTRE DESQUELS BRÛLE UNE PETITE LAMPE; ce sont les “Forteresses aux Frontières de l’Abîme”. Voir le onzième Ether, Liber 418 (The Equinox V). ELLES TIENNENT EN RESPECT CES FORCES DES TÉNÈBRES QUI POURRAIENT AUTREMENT FAIRE IRRUPTION.

 

              Les noms de Dieu constituent une protection supplémentaire. Le Magicien peut réfléchir aux noms qu’il utilisera; mais chacun devra d’une manière ou d’une autre symboliser le Grand Œuvre dans sa méthode et son accomplissement. Il est impossible d’ici traiter le sujet à fond; la découverte ou la construction de noms adéquats peut occuper le Qabaliste le plus instruit durant plusieurs années.

 

              Ces neuf lampes étaient à l’origine des bougies faites de graisse humaine, la graisse des ennemis (3) tués par le Magicien; elles servaient ainsi à avertir toute force hostile de ce qui l’attendait en cas de troubles. Aujourd’hui de telles bougies sont difficiles à se procurer; et il est peut-être plus simple d’employer la cire d’abeille. Le miel a été mangé par le Magicien; rien ne reste du labeur de ces armées d’abeilles à l’exception de l’enveloppe extérieure, aliment de la lumière. Cette cire est également utilisée pour la construction du Pantacle, et cela crée un lien entre les deux symboles. Le Pantacle est la nourriture du Magus; et il en donne un peu afin d’éclairer ce qui se trouve à l’extérieur. Car CES LUMIÈRES NE SONT QU’EN APPARENCE HOSTILES À L’INTRUSION; ELLES SERVENT À ILLUMINER LE CERCLE ET LES NOMS DE DIEU, ET PERMETTENT AINSI AU PROFANE D’APERCEVOIR LES PREMIERS ET LES PLUS EXTERIEURS SYMBOLES DE L’INITIATION.

 

              Ces bougies sont disposées sur des pentagrammes, symbolisant Geburah, la sévérité, et jouant un rôle protecteur; mais représentant aussi le microcosme, les quatre éléments couronnés par l’Esprit, la Volonté de l’homme parfaite en son aspiration au Supérieur. Elles sont placées à l’extérieur du Cercle afin d’attirer les forces hostiles et leur donner un premier aperçu du Grand Œuvre, qu’elles aussi devront un jour accomplir.

 

 

 

NOTES

 

 

(1) NDT : Crowley publia ce rare essai de 24 pages à Paris en 1903. Il est présenté comme « un Essai d’Ontologie avec quelques remarques sur la magie cérémonielle, par Abhavananda (Aleister Crowley). Édition confidentielle destinée aux Sanghaa de l’Occident ».

 

(2) NDAC : Certains magiciens préfèrent sept lampes, à cause des sept Esprits de Dieu devant le Trône. Chacune réside dans un heptagramme, et à chaque angle de l’heptagramme se trouve une lettre, de sorte que les sept noms (voir The Equinox VII) sont épelés. Mais il s’agit là d’un symbolisme sortant de l’ordinaire. Évidemment, dans le travail courant et spécifique, le nombre de lampes dépend de la nature de ce dernier, e.g., trois pour une opération liée à Saturne, huit pour une opération liée à Mercure, etc.

 

(3) NDAC : Ou quelquefois d’“enfants étranglés à la naissance”, i.e. des pensées anéanties dès leur apparition dans la conscience.

 

 

 

Le cercle.

 

 

 

 

3

 

L’AUTEL

 

 

              L’AUTEL REPRÉSENTE LA BASE SOLIDE DU TRAVAIL, LA VOLONTÉ FIXÉE (1) DU MAGICIEN; ET LA LOI SOUS LAQUELLE IL ŒUVRE. Dans cet autel tout est gardé, puisque tout est soumis à la loi. À l’exception de la Lampe.

 

              Selon certaines autorités, l’Autel devrait être en chêne afin de symboliser la ténacité et l’intransigeance de la Loi; selon d’autres, d’Acacia, car l’Acacia est le symbole de la résurrection.

 

              L’Autel est un double cube, ce qui est une manière fruste de symboliser le Grand Œuvre; car le redoublement du cube, comme la quadrature du cercle, était l’un des grands problèmes de l’antiquité. La surface de cet Autel est composée de dix carrés. Celui du sommet est Kether, celui de la base Malkuth. La hauteur de l’Autel : celui-ci arrivera au nombril du Magicien. L’Autel est en relation avec l’Arche d’Alliance, la nef (navis, un navire) de l’Église, et bien d’autres symboles de l’antiquité, dont le symbolisme a été fort bien développé dans un ouvrage anonyme intitulé The Canon (2), (Elkin Mathews), que l’on étudiera avec soin avant de le construire.

 

              Car cet Autel doit concrétiser la connaissance que possède le Magicien des lois de la Nature, qui sont les lois sous lesquelles il œuvre.

 

              Le Magicien s’efforcera de réaliser des constructions géométriques qui symboliseront des mesures cosmiques. Par exemple, il peut prendre les deux diagonales pour (mettons) le diamètre du soleil. Et alors, le côté de l’autel se trouvera posséder une longueur égale à quelqu’autre mesure cosmique, une vesica dessinée sur ce côté en fournira une autre, et un “crucifix” au centre de la vesica une autre encore. Chaque Magicien devra travailler son propre système symbolique — et il n’est pas obligé de se limiter aux mesures cosmiques. Il peut, par exemple, trouver quelque rapport exprimant la loi de l’inverse des carrés.

 

              Le sommet de l’Autel sera recouvert d’or, et sur cet or sera gravé une figure telle la Sainte Oblation, ou la Nouvelle Jérusalem, ou, si le Magicien est suffisamment habile, le Microcosme de Vitruve (voir illustrations).

 

              Sur les côtés de l’Autel sont quelquefois reproduites les grandes tablettes des éléments, et les sceaux des saints rois élémentaux, comme montré dans le n° VII de The Equinox; car ce sont là des synthèses des forces de la Nature. Toutefois, il s’agit d’un symbolisme plus spécifique que général, et ce livre se propose d’uniquement traiter des grandes lignes du travail magique.

 

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : Il symbolise l’extension de la Volonté. La Volonté est la Dyade (voir le chapitre consacré à la Baguette); 2 x 2 = 4. Ainsi l’autel est carré, mais également ses dix carrés en montrent 4. 10 = 1 + 2 + 3 + 4.

 

(2) NDT : « The Canon. An Exposition of the Pagan Mystery Perpetuated in the Cabala as the Rule of All the Arts », par William Stirling, 1897.

 

 

 

L’autel. Dessins des côtés issus du Dr Dee,tels que dans The Equinox VII.

 

 

d 

 

La sainte oblation.

 

 

 

 

4

 

LE FOUET, LA DAGUE, ET LA CHAÎNE

 

 

              LE FOUET, LA DAGUE, ET LA CHAÎNE, REPRÉSENTENT LES TROIS PRINCIPES ALCHIMIQUES DE SOUFRE, MERCURE ET SEL. Il ne s’agit pas des substances ainsi désignées de nos jours, mais de “principes” dont les chimistes ont préféré désigner les opérations de manière différente. Ceci dit, le Soufre représente l’énergie des choses, le Mercure leur fluidité, et le Sel leur fixité. Ils sont analogues au Feu, à l’Air et à l’Eau; mais ils signifient davantage, symbolisant quelque chose de plus profond et de plus subtil, et néanmoins plus réellement actif. Une analogie presque exacte est fournie par les trois Gunas des Hindous; Sattvas, Rajas et Tamas. Sattvas est le Mercure, stable, calme, clair; Rajas est le Soufre, actif, excitable, ou même violent; Tamas est le Sel, épais, lourd, engourdi, ténébreux (1).

 

              Mais la philosophie Hindoue est tellement pénétrée de l’idée mère selon laquelle seul l’Absolu est de valeur, qu’elle tend à considérer ces Gunas (même Sattvas) comme mauvais. C’est une vue correcte, mais seulement d’en-haut; et nous préférons, si nous sommes vraiment sages, éviter cette éternelle lamentation qui caractérise la pensée de la péninsule Indienne : « Tout est tristesse », etc. Admettant leur doctrine des deux phases de l’Absolu, nous devons, pour être cohérents, classer ces deux phases ensemble, et les dire bonnes ou mauvaises; car si l’une est bonne et l’autre mauvaise, nous retombons dans la dualité pour éviter laquelle nous créâmes l’Absolu.

 

              L’idée Chrétienne selon laquelle le péché en vaut la peine dans la mesure où il est conditionnel d’un salut qui vaut encore plus le coup, la rédemption étant tellement magnifique que l’innocence vaut à être perdue, est déjà plus satisfaisante. St Paul dit : « Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. Alors, devrions-nous faire le mal afin qu’en sorte le bien ? Dieu l’interdit. » (2). Mais (évidemment !) c’est ce que fit Dieu Lui-Même, sinon pourquoi aurait-Il créé Satan avec en lui le germe de sa “chute” ?

 

              AU LIEU DE CONDAMNER PUREMENT ET SIMPLEMENT CES TROIS QUALITÉS, NOUS DEVRIONS LES CONSIDÉRER COMME PARTIES INTÉGRANTES D’UN SACREMENT. L’aspect particulier du Fouet, de la Dague et de la Chaîne suggère le sacrement de la pénitence.

 

              LE FOUET EST LE SOUFRE : SON APPLICATION STIMULE NOS NATURES PARESSEUSES; et de plus il peut être employé comme instrument de correction pour châtier les volontés rebelles. Il est appliqué au Nephesh, l’Âme Animale, les désirs instinctifs.

 

              LA DAGUE EST LE MERCURE : ON L’UTILISE POUR CALMER UNE TROP GRANDE ARDEUR, en pratiquant une saignée; et c’est cette arme qui est plongée dans le flanc ou le cœur du Magicien afin de remplir la Sainte Coupe. Ces facultés résidant entre les appétits et la raison sont ainsi traitées.

 

              LA CHAÎNE EST LE SEL : ELLE SERT À LIER LES PENSÉES ERRANTES; et pour cette raison elle est placée autour du cou du Magicien, là où se situe Daäth.

 

              Ces instruments évoquent la souffrance, la mort et l’esclavage. Les étudiants de l’Évangile se souviendront qu’elles furent toutes trois employées durant le martyre du Christ, la dague y étant remplacée par les clous (3).

 

              Le Fouet possèdera un manche en fer; la lanière est composée de neuf fins fils de cuivre, autour desquels seront entortillés de petits morceaux de plomb. Le fer représente la sévérité, le cuivre l’amour, et le plomb l’austérité.

 

              La Dague est faite d’acier incrusté d’or; et aussi, le manche est doré.

 

              La Chaîne est faite de fer détrempé, et comporte 333 maillons (4).

 

              La raison pour laquelle ces armes sont regroupées autour de la fiole cristalline dans laquelle est conservée l’Huile Sainte est désormais évidente.

 

              Le Fouet garde l’aspiration vive : la Dague exprime la détermination à tout sacrifier; et la Chaîne restreint toute divagation.

 

              Considérons maintenant l’Huile Sainte elle-même.

 

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : L’on trouvera une longue description de ces trois Gunas dans la Bhagavadgita.

 

(2) NDT : Il semblerait que cette “citation” de St Paul soit en fait composée de deux extraits de l’Épître aux Romains : chapitre V, verset 20 et chapitre III, verset 8.

 

(3) NDAC : Cela est vrai de tous les instruments magiques. Le Mont Golgotha est le cercle, et la Croix est le Tau. Le Christ porte la robe, la couronne, le sceptre, etc; cette thèse devrait être complètement développée un de ces jours.

 

(4) NDAC : Voir The Equinox n° V, « La Vision et la Voix » : 10ème Ether.

 

 

 

Le fouet, la dague, et la chaîne; entourant la fiole d’huile sainte.

 

 

 

 

5

 

L’HUILE SAINTE

 

 

              L’HUILE SAINTE EST L’ASPIRATION DU MAGICIEN; c’est cela qui le consacre à l’accomplissement du Grand Œuvre; et son efficacité est telle qu’elle consacre également tout le mobilier du Temple et les instruments qui s’y trouvent. ELLE EST AUSSI LA GRÂCE OU CHRÊME; CAR CETTE ASPIRATION N’EST PAS L’AMBITION; C’EST UNE QUALITÉ ACCORDÉE D’EN-HAUT. Pour cette raison, le Magicien oindra en premier le sommet de sa tête avant de poursuivre en consacrant les centres inférieurs chacun leur tour.

 

              Cette huile est d’une pure couleur dorée; et lorsqu’elle est étalée sur la peau, elle doit brûler et faire frémir le corps avec l’intensité du feu. C’est la pure lumière traduite en termes de désir. IL NE S’AGIT PAS DE LA VOLONTÉ DU MAGICIEN, DU DÉSIR QU’A L’INFÉRIEUR DE S’ÉLEVER JUSQU’AU SUPÉRIEUR; MAIS DE L’ÉTINCELLE DU SUPÉRIEUR DANS LE MAGICIEN SOUHAITANT UNIR L’INFÉRIEUR À ELLE-MÊME.

 

              Par conséquent, à moins que le Magicien ne soit tout d’abord oint de cette huile, tout son travail sera néfaste et vain.

 

              Cette huile est composée de quatre substances. La base de l’ensemble est l’huile d’olive. L’olive est, traditionnellement, le cadeau de Minerve, la Sagesse de Dieu, le Logos. Dans celle-ci sont dissoutes trois autres huiles; huile de myrrhe, huile de cannelle, huile de galanga. La Myrrhe est attribuée à Binah, la Grande Mère, qui est à la fois la compréhension du Magicien et cette tristesse et compassion résultant de la contemplation de l’Univers. La Cannelle symbolise Tiphereth, le Soleil — le Fils, en qui Souffrance et Gloire sont identiques. Le Galanga représente à la fois Kether et Malkuth, le Premier et le Dernier, l’Un et le Multiple, puisqu’ils ne font qu’Un en cette Huile.

 

              Ces huiles réunies ensemble symbolisent donc l’Arbre de Vie tout entier. Les dix Séphiroth sont harmonieusement mariées dans la perfection dorée du mélange.

 

              Cette Huile ne peut être préparée à partir de myrrhe, cannelle et galanga à l’état brut. Toute tentative dans ce sens n’aboutit qu’à l’obtention d’une boue marron avec laquelle l’huile ne compose pas. Ces substances doivent être elles-mêmes raffinées en de pures huiles avant la combinaison finale.

 

              L’Huile parfaite est fort pénétrante et subtile. Peu à peu, elle se répandra, telle une pellicule étincelante, sur chaque objet du Temple. Chacun de ces objets flamboiera alors à la lumière de la Lampe. Cette Huile est comme ce qui se trouvait dans la cruche de la veuve : elle se renouvelle et se multiplie miraculeusement; son parfum remplit le Temple tout entier; c’est l’âme dont le corps n’est que le parfum plus grossier.

 

              La fiole contenant l’Huile doit être de pur cristal de roche, et certains magiciens l’ont façonnée sous la forme d’un sein féminin, car il s’agit là de la véritable nourriture de tout ce qui vit. Pour cette même raison, elle a été faite de nacre et bouchée par un rubis.

 

 

 

 

6

 

LA BAGUETTE

 

 

              La Volonté Magique est double dans son essence, car elle présuppose un commencement et une fin; vouloir devenir quelque chose, c’est admettre qu’on ne l’est pas.

 

              En conséquençe, vouloir autre chose que la chose suprême équivaut à errer de plus en plus-loin de cette dernière. TOUTE AUTRE VOLONTÉ QUE CELLE D’ABANDONNER LE MOI AU BIEN-AIMÉ EST MAGICK NOIRE — encore que cette reddition soit un acte tellement simple qu’il apparaisse comme le plus ardu à nos esprits complexes; et c’est pourquoi l’entraînement est nécessaire. De plus, le Moi abandonné ne doit pas être moins que le “Moi Total”; l’on n’approchera pas l’autel du Très-Haut avec une offrande impure ou imparfaite. Comme il est écrit dans le Liber LXV, « T’attendre est la fin, non le début ». (1).

 

              Cet entraînement peut passer par toutes sortes de complications, variables selon la nature de l’étudiant, et en conséquence il peut lui être nécessaire, à tout moment, de vouloir toutes sortes de choses pouvant apparaître aux autres comme dénuées de rapports avec le but. La raison pour laquelle un joueur de billard peut avoir besoin d’une lime n’est pas a priori évidente.

 

              Donc, puisque nous pouvons vouloir quelque chose, faisons en sorte que notre volonté soit suffisamment forte pour l’obtenir sans perte de temps.

 

              IL EST PAR CONSÉQUENT NÉCESSAIRE DE DÉVELOPPER LA VOLONTÉ AU PLUS HAUT POINT, MÊME SI L’UNIQUE ET DERNIÈRE TÂCHE CONSISTE EN LA TOTALE REDDITION DE CETTE VOLONTÉ. L’abandon partiel d’une volonté imparfaite n’est d’aucune valeur en Magick.

 

              Cette volonté étant un levier, un pivot est nécessaire; ce pivot est l’indispensable aspiration de l’étudiant à se réaliser. Toutes les volontés ne dépendant pas de cette volonté première sont autant de gaspillages; elles sont comme la graisse pour l’athlète.

 

              La majorité des gens de ce monde sont ataxiques; ils ne peuvent coordonner leurs muscles mentaux en vue d’exécuter un mouvement délibéré. Ils ne possèdent pas de volonté réelle, seulement un ensemble de désirs, la plupart du temps contradictoires. La victime oscille d’un désir à un autre (et ce n’en est pas moins une oscillation si les mouvements sont éventuellement très violents) et à la fin de sa vie les mouvements s’annulent mutuellement. Rien n’a été accompli; excepté la seule chose dont ne soit pas consciente la victime : la destruction de sa personnalité propre, confirmation de l’indécision. Elle est mise en pièces par Choronzon (2).

 

              Comment donc entraîner la volonté ? Tous ces désirs, ces lubies, ces caprices, ces inclinations, ces tendances, ces appétits, doivent être détectés, examinés, jugés selon le critère suivant : constituent-ils une aide ou un obstacle par rapport à mon but essentiel ? — et traités en conséquence.

 

              Courage et vigilance sont à l’évidence requis. J’étais sur le point d’ajouter l’abnégation, par déférence envers le langage conventionnel; mais comment appeler abnégation ce qui est seulement refus de ces choses qui entravent la personnalité ? Ce n’est pas suicide que de tuer les germes de la malaria dans son propre sang.

 

              Ceci dit, il y a des obstacles considérables à surmonter lors de cet entraînement de l’esprit. Le plus grand est peut-être le manque de mémoire, probablement la pire forme de ce que les Bouddhistes nomment ignorance. Des pratiques spéciales pour entraîner la mémoire peuvent être utiles comme étape préparatoire aux personnes chez qui elle est naturellement faible. Dans tous les cas, LE DOSSIER MAGIQUE PRESCRIT AUX NOVICES DE L’AA EST UTILE ET NÉCESSAIRE.

 

              Par-dessus tout, les pratiques du Liber III doivent être employées encore et encore, car elles développent non seulement la vigilance mais aussi ces centres inhibiteurs du cerveau qui sont, d’après certains psychologues, le ressort moteur du mécanisme par lequel l’homme civilisé s’est hissé au-dessus du sauvage.

 

              Nous avons suffisamment parlé, pour ainsi dire, au mode négatif. La verge d’Aaron est devenue un serpent, a avalé les serpents des autres Magiciens; il est maintenant nécessaire qu’elle se transforme de nouveau en une verge (3).

 

              La Volonté Magique est cette baguette dans votre main par laquelle s’accomplit le Grand Œuvre, par laquelle la Fille est non seulement assise sur le trône de la Mère, mais offerte au Plus Haut (4).

 

              La Baguette Magicke est donc l’arme principale du Magus; et le nom de cette baguette est le Serment Magique.

 

              La volonté, étant double, se situe en Chokhmah, qui est le Logos, le verbe; pour cela certains ont affirmé que LE VERBE EST LA VOLONTÉ. Thoth, le Seigneur de la Magie, est aussi le Seigneur de la Parole; Hermès le messager est muni du Caducée.

 

              La Parole doit exprimer la volonté : et ainsi LE NOM MYSTIQUE DU NOVICE EST L’EXPRESSION DE SA PLUS HAUTE VOLONTÉ.

 

              Il existe, évidemment, peu de Novices possédant cette suffisante compréhension d’eux-mêmes qui les rendrait capables de se formuler clairement cette volonté, et par conséquent à la fin de leur probation ils choisissent un nouveau nom.

 

              IL EST DONC OPPORTUN POUR L’ÉTUDIANT D’EXPRIMER SA VOLONTÉ EN PRÊTANT DES SERMENTS MAGIQUES.

 

              Un tel serment étant irrévocable, l’on devra bien y réfléchir; et il est préférable de ne pas prêter un serment permanent; car avec la croissance de la compréhension l’on pourrait s’apercevoir de l’incompatibilité du serment inférieur avec le supérieur.

 

              De fait, il est presque certain que ce problème se présente, et l’on se souviendra que toute l’essence de la volonté résidant dans son caractère unitaire (5), un dilemme de ce genre est le pire dans lequel le Magus se puisse trouver.

 

              Un autre point important à souligner au sujet des Vœux Magickes : il convient de leur assigner des limites. Ils doivent être prêtés dans un but clairement défini, clairement compris, et on ne leur permettra pas de se perpétuer au-delà.

 

              Ne pas manger de sucre est une vertu chez le diabétique, mais seulement en référence à sa propre condition. Ce n’est pas une vertu universelle. Élie dit à une occasion : « Je fais bien d’être en colère »; mais de telles occasions sont rares.

 

              Du reste, la nourriture d’un homme est le poison d’un autre. Un vœu de pauvreté peut être très utile à un homme incapable de mettre intelligemment sa richesse au service de la seule fin projetée; tandis que pour un autre cela ne signifierait que gaspiller son énergie et perdre son temps pour des vétilles.

 

              IL N’EST PAS DE POUVOIR QUI NE PUISSE ÊTRE MIS AU SERVICE DE LA VOLONTÉ MAGIQUE : C’EST SEULEMENT LA TENTATION D’APPRÉCIER CE POUVOIR POUR LUI-MÊME QUI PEUT NUIRE.

 

              Le jardinier ne dit pas : « Coupons cet arbre; pourquoi encombrer le sol ? » à moins que des émondages successifs ne l’aient convaincu que la croissance doive toujours être luxuriante.

 

              « Si ta main te scandalise, coupe-la ! » est le cri d’un faible. S’il fallait abattre un chiot dès qu’il fait une sottise, les chiens adultes se feraient rares.

 

              LE MEILLEUR VŒU, D’APPLICATION UNIVERSELLE, EST CELUI DE SAINTE OBÉISSANCE; car non seulement il mène à la parfaite liberté, mais entraîne à cette reddition qui est la dernière tâche.

 

              Il est de grande valeur, car il ne se rouille jamais. Si le supérieur auprès de qui le vœu a été prêté connaît son boulot, il détectera rapidement les choses déplaisant réellement à son élève, et le familiarisera avec celles-ci.

 

              La désobéissance envers le supérieur prouve la présence d’une lutte entre deux volontés au sein de l’inférieur. La volonté exprimée par son vœu — à savoir la volonté reliée à sa plus haute volonté du fait qu’il a prêté son serment en vue de développer cette dernière — se bat contre la volonté provisoire, ne s’appuyant que sur des considérations temporaires.

 

              Le Maître cherchera alors, avec douceur mais fermeté, à progressivement réaccorder l’élève, jusqu’à ce que l’obéissance s’ensuive quel que soit l’ordre donné; comme dit Loyola : « perinde ac cadaver ».

 

              Personne n’a compris la Volonté Magique mieux que Loyola; dans son système l’individu était oublié. Chaque membre de l’Ordre se faisait instantanément l’écho de la volonté du Général; pour cela la Société de Jésus devint la plus redoutable organisation religieuse du monde.

 

              Juste après, l’on pourrait peut-être citer celle du Vieux de la Montagne.

 

              Le défaut dans le système de Loyola est que le Général n’était pas Dieu, et pour d’autres raisons variées il n’était même pas nécessairement le meilleur homme de l’Ordre.

 

              Pour devenir Général de l’Ordre, il avait dû le vouloir; et à cause de cela il ne pouvait rien être de plus.

 

              Retournons à la question du développement de la Volonté. C’est une chose que d’arracher les mauvaises herbes, mais la fleur elle-même a besoin d’être entretenue. Ayant brisé toutes volitions en nous-mêmes, et si nécessaire chez les autres, que nous trouvons en opposition avec notre Volonté réelle, cette dernière croîtra naturellement, dans une plus grande liberté. Mais il ne suffit pas de purifier et consacrer le temple; des invocations doivent y être effectuées. Afin d’affirmer cette Volonté, il est donc nécessaire de faire constamment des choses de nature positive — pas seulement négative.

 

              La renonciation et le sacrifice sont nécessaires, mais ils sont relativement aisés. Il y a cent façons de rater la cible mais une seule de mettre dans le mille. Éviter de manger du bœuf est facile; ne manger que du porc est très dur.

 

              Lévi recommande d’interrompre la Volonté Magique de temps en temps, suivant en cela le principe selon lequel l’on travaille toujours mieux après un “total changement d’air”. Lévi a sans doute raison, mais l’on doit bien comprendre qu’il dit ceci “pour la dureté du cœur des hommes”. La turbine est plus efficace que le moteur alternatif; et son conseil n’est valable que pour le débutant.

 

              FINALEMENT, LA VOLONTÉ MAGIQUE S’IDENTIFIE À L’ÊTRE HUMAIN DANS SA TOTALITÉ AU POINT DE DEVENIR INCONSCIENTE, ET D’ÊTRE UNE FORCE AUSSI CONSTANTE QUE LA GRAVITATION. L’on pourra même être surpris par ses propres actes, et devoir réfléchir à leur sens. Mais comprenons bien que lorsque la Volonté s’est ainsi réellement hissée à hauteur du Destin, l’homme n’est pas plus capable d’erreur qu’il ne l’est de flotter dans l’air.

 

              L’on pourrait se demander s’il n’existe pas de conflit entre le développement de cette Volonté et la Morale.

 

              La réponse est Oui.

 

              Le Grand Grimoire (6) nous somme « d’acheter un œuf sans marchander »; or l’accomplissement, et le prochain pas sur le sentier de l’accomplissement, est cette perle de grand prix, et lorsqu’un homme l’a trouvée il vend sur-le-champ tout ce qu’il possède et l’achète.

 

              Pour la plupart des gens, les coutumes et les habitudes — dont la morale n’est que l’expression sociale — sont les choses dont ils ont le plus de mal à se débarrasser : et C’EST UNE PRATIQUE TRÈS UTILE QUE DE BRISER N’IMPORTE QUELLE HABITUDE JUSTE AFIN DE SE DÉLIVRER DE CETTE FORME D’ESCLAVAGE. C’est pourquoi nous avons des pratiques pour casser le sommeil, pour disposer nos corps dans des positions anormales et tendues, pour réaliser de difficiles exercices respiratoires — toutes celles-ci, mis à part l’intérêt spécifique qu’elles peuvent présenter en elles-mêmes, ont le principal mérite de forcer l’homme à les employer quelles ques que soient les circonstances. Ayant conquis la résistance interne, l’on vaincra plus aisément la résistance externe.

 

              Dans un bateau à vapeur, la machine doit tout d’abord vaincre sa propre inertie avant de pouvoir attaquer la résistance de l’eau.

 

              Lorsque la volonté a ainsi cessé d’être intermittente, il devient nécessaire de considérer sa pointure. La gravitation donne une accélération de 9m 50 et des poussières sur notre planète, mais beaucoup moins sur la lune. Et une Volonté, bien qu’unique et constante, ne sera pas nécessairement d’une quelconque utilité : les circonstances s’y opposant peuvent être bien trop puissantes, ou il se peut qu’elle n’arrive pas, pour une raison ou une autre, à rentrer en contact avec elles. Il est inutile de souhaiter la lune. Si c’est le cas, il convient de considérer par quels moyens cette Volonté peut être rendue effective.

 

              Ceci dit, un homme peut posséder une Volonté immense tendue vers telle cible, qui ne l’aidera cependant pas à atteindre telle autre; ce peut même être stupide.

 

              Il y a l’histoire de l’homme qui durant quarante ans s’exerça à marcher sur les eaux du Gange; et ayant réussi se fit sermonner par son Saint Gourou, qui lui dit : « Tu es un grand sot. Tous tes voisins le traversent chaque jour sur un radeau pour deux pièces de monnaie. »

 

              Ce genre de choses arrive à la plupart — sinon la totalité — d’entre nous, au fil de nos carrières. Nous prenons des peines infinies pour apprendre ou achever quelque chose, et lorsque nous avons réussi, nous nous apercevons que tout cela ne valait même pas l’expression du souhait.

 

              Mais c’est là une vision erronée. La discipline nécessaire à l’étude du Latin nous sera fort utile lorsque nous désirerons réaliser quelque chose d’entièrement différent.

 

              À l’école nos maîtres nous punissent; et si lorsque nous la quittons, nous n’avons pas appris à nous punir nous-mêmes, nous n’avons rien appris.

 

              En fait, le seul danger est de valoriser la réussite en elle-même. Le garçon s’enorgueillant de son savoir scolaire court le grave danger de devenir professeur de collège.

 

              Ainsi, le Gourou de l’Hindou-qui-marchait-sur-les-eaux voulait simplement lui signifier qu’il était temps pour lui d’être mécontent de son exploit — et d’employer ses pouvoirs à de meilleures fins.

 

              Et incidemment, la Volonté divine étant une, il n’est pas d’aptitude qui ne soit inévitablement subordonnée au destin de l’homme la possédant.

 

              L’on ne peut dire quand tel fil de telle couleur sera intégré dans la carpette de la Destinée. C’est seulement lorsque la carpette est achevée et vue d’une distance correcte que la position du brin particulier est reconnue comme nécessaire. Après ces mots, l’on serait tenté de rompre une lance sur cet ancien champ de bataille : destin et libre-arbitre.

 

 

 

La Baguette, la Coupe, l’Épée et le Pantacle (dessinés à l’échelle).

 

 

 

 

              Mais même si chaque homme est “déterminé” de sorte que chaque acte ne soit que la résultante passive du total des forces ayant agi sur lui depuis l’origine des temps, de sorte que sa propre Volonté ne soit que l’écho de la Volonté de l’Univers, cette conscience du “libre-arbitre” est toutefois précieuse; et s’il le comprend comme étant l’expression individuelle et particulière de ce mouvement interne à un Univers dont la somme est silence, combien plus percevra-t-il alors cette harmonie, cette totalité. Et quoique le bonheur qu’il éprouve puisse être critiqué comme n’étant qu’un plateau de la balance, l’autre plateau étant une misère égale, il y a ceux qui professeront que cette misère réside seulement dans le sentiment de séparation d’avec l’Univers, et qu’en conséquence tout peut s’annuler au milieu des sensations inférieures, oubliant cette béatitude infinie qui n’est qu’une phase de l’infinie conscience de ce TOUT. Mais de telles spéculations dépassent tant soit peu le cadre de nos présentes remarques. Il n’est pas particulièrement important d’observer que l’éléphant et la puce ne peuvent être autres que ce qu’ils sont; mais nous voyons bien que l’un des deux est plus gros. C’est le fait d’importance pratique.

 

              Nous savons que les gens peuvent être entraînés à faire des choses qu’ils ne pourraient réaliser sans cet entraînement — et quiconque fait remarquer que l’on ne peut entraîner quelqu’un à moins que ce ne soit son destin de l’être, n’a pas l’esprit pratique. Pareillement, l’on peut affirmer que c’est le destin de l’entraîneur que d’entraîner. L’argument déterministe recèle une fausseté analogue à celle se trouvant à la racine de tous les “systèmes” pour gagner à la Roulette. Au jeu, les chances sont de trois contre une pour qu’une “série à la rouge” survienne deux fois d’affilée, mais dès que le rouge s’est présenté une fois, les conditions sont modifiées.

 

              Il serait inutile d’insister sur un tel point si ce n’était que la plupart des gens confondent la Philosophie avec la Magick. La Philosophie est l’ennemie de la Magick. La Philosophie nous dit qu’après tout rien n’a d’importance, et que che sarà sarà.

 

              Dans la vie pratique, et la Magick est le plus pratique de tous les Arts de la vie, ce problème ne se pose pas. Il est inutile de soutenir à un homme courant pour attraper son train qu’il est dans son destin de le rater; simplement il court et s’il pouvait reprendre sa respiration s’écrierait : « Rien à foutre du destin ! ».

 

              Nous avons dit plus bas que la réelle Volonté Magique doit tendre vers le plus haut accomplissement, et cela n’est jamais possible avant l’épanouissement de la Compréhension Magique. La Baguette doit croître en longueur aussi bien qu’en force; elle ne peut y arriver d’elle-même.

 

              L’ambition de tout gamin est de devenir conducteur de train ou chauffeur de bus. Quelques-uns y arrivent, et le restent toute leur vie durant.

 

              Mais dans la majorité des cas, la Compréhension croît plus vite que la Volonté, et bien avant que le garçon soit capable de réaliser son souhait, il l’a déjà oublié.

 

              Dans d’autres cas, la Compréhension ne dépasse pas un certain stade, et la Volonté persiste sans intelligence.

 

              L’homme d’affaires (par exemple) a désiré le bien-être et le confort et pour cela rejoint quotidiennement son bureau et ses esclaves : il est inféodé à un chef de corvée plus cruel que celui du plus misérable de ses employés. Il décide de prendre sa retraite, et trouve l’existence vide. La fin a été engloutie par les moyens.

 

              SEULS SONT HEUREUX CEUX QUI ONT DÉSIRÉ L’INACCESSIBLE.

 

              Tous les biens, tant matériels que spirituels, ne sont que poussière.

 

              L’amour, la tristesse et la compassion sont trois sœurs qui, si elles semblent affranchies de cette malédiction, ne le sont qu’en raison de leur rapport à L’Insatisfait.

 

              La Beauté elle-même est si inaccessible qu’elle nous échappe totalement, et l’artiste authentique, tout comme le véritable mystique, ne peut jamais trouver le repos. Par rapport à lui, le Magicien n’est qu’un domestique. Sa Baguette est d’une longueur infinie; elle est le Mahalingam créateur.

 

              La difficulté avec ce dernier réside naturellement dans le fait que sa baguette étant d’une minceur disproportionnée à sa longueur, elle est susceptible de vaciller. Très peu d’artistes ont conscience de leur véritable objectif, et dans de nombreux cas, nous voyons ce désir infini soutenu par une constitution si frêle que rien ne se trouve achevé.

 

              Le Magicien doit inclure tout ce qu’il a dans sa pyramide; et si cette pyramide doit toucher les étoiles, combien large devra être la base ! Il n’existe aucune connaissance, aucun pouvoir, qui ne puissent être utiles au Magicien. L’on pourrait presque dire qu’il n’est pas une bribe de matériel dans tout l’Univers dont il puisse se dispenser. Son ennemi final est le grand Magicien, celui qui créa l’entière illusion qu’est l’Univers; et pour le rencontrer en duel, afin que plus rien ne reste ni de lui ni de vous-même, vous devez être exactement son égal.

 

              En même temps, le Magicien ne doit jamais oublier que chaque brique doit tendre au sommet de la pyramide — les côtés doivent être parfaitement lisses; il ne doit pas y avoir de faux sommets, même dans les assises les plus basses.

 

              C’est la forme active, pratique, de cette obligation d’un Maître du Temple ainsi formulable : « J’interpréterai chaque phénomène comme une relation particulière de Dieu avec mon âme ».

 

              Dans le Liber CLXXV (7), plusieurs stratagèmes permettant d’atteindre cette attitude unifiante sont donnés, et bien que le sujet de ce texte soit la dévotion envers une Divinité spécifique, ses instructions peuvent aisément être adaptées en vue du développement de n’importe quel type de volonté.

 

              Cette volonté est donc la forme active de la compréhension. Le Maître du Temple s’interroge, voyant une limace : « Que signifie ce message de l’Invisible ? Comment interpréter cette Parole du Dieu Très-Haut ? ». Le Magus pense : « Comment vais-je donc pouvoir utiliser cette limace ? ». Et dans cette attitude, il devra persister. Bien que de nombreuses choses inutiles (autant qu’il en puisse juger) soient mises sur son chemin, un beau jour il trouvera celle dont il a besoin, et au même instant sa Compréhension réalisera qu’aucune de ces autres choses n’était inutile.

 

              L’on comprendra maintenant que ces pratiques préliminaires de renonciation n’étaient que d’un usage temporaire. Elles n’avaient de valeur que comme entraînement. L’adepte rira de ses absurdités de jeunesse — les disproportions auront été harmonisées; et la structure de son âme sera perçue comme parfaitement organique, chaque chose se trouvant à sa place. Il se verra comme étant lui-même le Tau positif et ses dix carrés achevés à l’intérieur du triangle des négatives; et cette figure deviendra une, dès qu’il sera passé de l’équilibre des opposés à leur identité.

 

              Dans tout ceci, l’on remarquera que L’ARME LA PLUS PUISSANTE ENTRE LES MAINS DE L’ÉTUDIANT EST LE VŒU DE SAINTE OBÉISSANCE; et beaucoup souhaiteront saisir l’opportunité de se placer sous l’autorité d’un saint Gourou. Qu’ils reprennent courage — car n’importe quel être capable de donner des ordres est un Gourou adapté à ce Vœu, pourvu qu’il ne soit ni trop aimable ni trop paresseux.

 

              L’unique raison de choisir un Gourou s’étant lui-même déjà réalisé est que ce dernier assistera la vigilance du Chela somnolent, et, tout en allégeant le Vent à cette brebis tondue (8), l’endurcira prudemment, réjouissant dans le même temps ses oreilles par de saintes paroles. Mais si une telle personne n’est pas disponible, l’on en choisira une avec laquelle on entretient une relation permanente, on lui expliquera la situation et lui demandera d’agir.

 

              Si possible, la personne sera digne de confiance, mais que le Chela se souvienne que si on lui ordonne de sauter d’une falaise, mieux vaut obéir qu’abandonner la pratique.

 

              Il est de la plus grande importance que ce vœu ne soit limité d’aucune manière. Vous devez acheter l’œuf sans marchander.

 

              Dans une certaine Société, les membres étaient contraints de faire certaines choses, étant assurés qu’il n’y avait « rien dans le vœu qui fut contraire à leurs obligations civiles, morales ou religieuses ». Ainsi, lorsque quelqu’un voulait violer son vœu, il n’avait aucune difficulté pour trouver une très bonne raison. Le vœu perdit toute sa force.

 

              Lorsque Bouddha s’assit sous le bien-béni Arbre Bo, il prêta un serment selon lequel aucun des habitants des 10.000 mondes ne pourrait l’obliger à se lever avant qu’il n’ait atteint la réalisation; de sorte que même lorsque Mara la grande Archi-Démone et ses trois filles les archi-tentatrices apparurent, il demeura assis.

 

              Ceci dit, il serait inutile pour le débutant de prêter un vœu aussi redoutable; il ne possède pas encore la force qui lui permettrait de défier Mara. QU’IL ÉVALUE SA FORCE, ET PRÊTE UN VŒU QUI SOIT DANS SES LIMITES, MAIS JUSTE À SES LIMITES. Ainsi, Milon commença par porter un veau nouveau-né; et au fur et à mesure qu’il grandissait jusqu’à devenir un taureau, il trouvait les forces nécessaires pour maintenir son étreinte.

 

              Signalons une fois de plus que LE LIBER III EST UNE MÉTHODE TOUT À FAIT ADMIRABLE POUR DÉBUTER (9). Il est préférable, même s’il est sûr et certain de ses capacités, qu’il prête le vœu pour un temps très bref, commençant par une heure, et augmentant ce délai de demi-heure en demi-heure jusqu’à la journée complète. Qu’il se repose un peu et tente ensuite une pratique de l’exercice sur deux jours; et ainsi de suite jusqu’à la perfection.

 

              Il débutera également par les pratiques les plus simples. Mais ce qu’il se jurera d’éviter ne devra pas être un acte qu’il commet rarement; car l’effort de mémoire subordonné à sa vigilance doit être considérable, et la pratique devenir difficile. Il y a avantage à ce qu’au début la douleur de son bras soit présente au moment où il ferait d’ordinaire la chose interdite, ce afin de le mettre en garde contre sa réitération.

 

              De cette manière s’établira dans son esprit une connection claire entre cause et effet, iusqu’à ce qu’il soit aussi attentif à éviter cet acte donné qu’il a consciemment choisi, qu’il l’est généralement en évitant ce qui lui fut interdit dès son enfance.

 

              DE MÊME QUE LA PAUPIÈRE SE FERME INCONSCIEMMENT LORSQUE L’ŒIL EST MENACÉ (10), AINSI DOIT-IL DÉVELOPPER AU SEIN DE SA CONSCIENCE CE POUVOIR D’INHIBITION JUSQU’À CE QU’IL S’ENFONCE, S’IMPRIME DANS L’INCONSCIENT, s’ajoutant à sa réserve de force automatique, et le rendant ainsi libre de consacrer son énergie consciente à une tâche plus haute encore.

 

              Il est impossible de surestimer la valeur de cette inhibition lorsque l’homme vient à méditer. Il a gardé son esprit contre les pensées A, B, et C; il a ordonné aux sentinelles de n’en laisser passer aucun qui ne soit en uniforme. Et il lui sera très facile d’accroître ce pouvoir, et de baisser la herse.

 

              Qu’il se souvienne également que les pensées diffèrent non seulement par leur fréquence mais aussi par leur intensité.

 

              La pire de toutes est évidemment l’ego, qui est presque omniprésent et quasi-irrésistible, quoique si profondément enraciné que, dans la conscience normale, l’on ne s’aperçoive pas toujours de sa présence.

 

              Bouddha, prenant le taureau par les cornes, fit de cette idée la première à attaquer.

 

              Chacun doit décider pour lui-même si c’est là une sage ligne de conduite à adopter. Mais il semble assurément plus facile de tout d’abord s’attaquer à des adversaires moins redoutables.

 

              LA PLUPART DES GENS SE VERRONT TROUBLÉS PAR LES ÉMOTIONS, ET PAR LES PENSÉES QUI LES EXCITENT.

 

              Non seulement il est possible et nécessaire de réprimer les émotions, mais aussi d’en faire de fidèles serviteurs. Par exemple, le sentiment de colère sera éventuellement utilisable contre cette partie du cerveau dont la paresse pervertit le contrôle de soi.

 

              Cependant, s’il est une émotion qui n’est jamais utile, c’est bien l’orgueil; précisément parce qu’il participe entièrement de l’Ego...

 

              Hé non, il n’est aucun emploi pour l’orgueil !

 

              LA DESTRUCTION DES PERCEPTIONS, QU’ELLES SOIENT SUBTILES OU GROSSIÈRES, SEMBLE PLUS AISÉE, CAR L’ESPRIT, N’ÉTANT PAS SUJET À L’EXCITATION, EST PLUS LIBRE DE MAINTENIR SON CONTRÔLE.

 

              Il est courant d’être absorbé par un livre au point de ne pas remarquer le paysage le plus magnifique. Mais piqué par une guêpe, le livre est instantanément oublié.

 

              LES PENCHANTS SONT TOUTEFOIS PLUS DURS À COMBATTRE QUE LES TROIS SKANDHAS INFÉRIEURS RÉUNIS — POUR L’EXCELLENTE RAISON QU’ILS SONT PRINCIPALEMENT INCONSCIENTS, ET DOIVENT, POUR AINSI DIRE, ÊTRE RÉVEILLÉS AFIN DE POUVOIR ÊTRE DÉTRUITS, de sorte que la volonté du Magicien tente en un sens de faire deux choses opposées en même temps.

 

              LA CONSCIENCE ELLE-MÊME N’EST DÉTRUITE QUE PAR SAMADHI.

 

              Maintenant, l’on peut mieux appréhender le processus logique qui commence par le refus de penser à un pied et se termine par la destruction du sens de l’individualité.

 

              Il existe de nombreuses méthodes pour détruire les diverses idées profondément enracinées.

 

              La meilleure est peut-être celle de l’équilibre. FAITES EN SORTE QUE VOTRE ESPRIT PRENNE L’HABITUDE D’APPELER L’OPPOSÉE DE TOUTE PENSÉE POUVANT SE PRÉSENTER À LUI. Dans les conversations, ne soyez jamais d’accord. Écoutez les arguments de l’autre; mais, quel que soit votre degré d’approbation, trouvez la réplique adéquate.

 

              Que ceci soit fait impartialement; plus vous serez convaincu que tel point de vue est juste, plus vous serez déterminé à trouver des preuves de sa fausseté.

 

              Si vous avez pratiqué ceci à fond, ces points de vue cesseront de vous tracasser; et vous pourrez alors soutenir votre propre point de vue avec le calme d’un maître, plus convaincant que l’enthousiasme d’un élève.

 

              Vous cesserez d’être intéressé par les polémiques; la politique, la morale, la religion vous sembleront autant de jouets, et votre Volonté Magique sera libre de ces inhibitions.

 

              En Birmanie, il n’est qu’un animal que tueront ses habitants, il s’agit de la Vipère de Russell; car, comme on dit : « ou vous la tuez ou elle vous tue »; et c’est à qui verra l’autre le premier.

 

              Or, n’importe quelle idée qui n’est pas L’Idée doit être traitée de cette manière. Lorsque vous avez tué le serpent, vous pouvez utiliser sa peau, mais aussi longtemps qu’il est vivant et libre, vous êtes en danger.

 

              Et, malheureusement, l’idée d’ego, qui est le véritable serpent, peut adopter une multitude de formes, chacune revêtue des habits les plus brillants. De même, l’on dit que le diable est capable de se déguiser en ange de lumière.

 

              Sous la contrainte d’un vœu magique, ce n’est que trop affreusement le cas. Aucun être humain normal ne comprend ni n’est à même de comprendre les tentations des saints.

 

              Une personne ordinaire qui serait sujette à des pensées comme celles qui obsédèrent St Patrick et St Antoine serait seulement bonne pour l’asile.

 

              Plus fort vous tenez le serpent (qui était auparavant assoupi au soleil, et assez inoffensif, selon toute apparence), plus il se débat; et il importe de se souvenir que votre prise doit se resserrer en conséquence, sinon il s’échappera et vous mordra.

 

              Si vous interdisez à un enfant de faire quelque chose — peu importe quoi —, il voudra immédiatement le faire, bien qu’autrement il n’en aurait jamais eu l’idée : c’est le même phénomène qui se produit avec le saint. NOUS AVONS TOUS CES TENDANCES LATENTES ENFOUIES EN NOUS; et nous pouvons rester toute notre vie inconscients de la plupart d’entre elles — à moins que nous ne les réveillions par notre Magick. Elles se tiennent à l’affût. ET CHACUNE DOIT ÊTRE RÉVEILLÉE, ET CHACUNE DOIT ÊTRE DÉTRUITE. Celui qui signe le serment de Novice tombe dans un guêpier.

 

              Un homme n’a qu’à affirmer son aspiration consciente; et aussitôt l’ennemi est sur lui.

 

              Il paraît peu probable que quiconque puisse jamais arriver au terme de cette terrible année de probation — et encore l’aspirant n’est pas tenu à quoi que ce soit de difficile; c’est presque comme s’il n’avait aucune obligation — et néanmoins l’expérience nous prouve que l’effet ressenti est analogue à celui d’un homme que l’on retirerait de devant sa cheminée pour le plonger dans une tempête au milieu de l’océan Atlantique. La vérité est peut-être que l’extrême simplicité de la tâche masque sa difficulté.

 

              Le Novice doit s’accrocher à son aspiration — l’affirmer encore et encore, désespérément.

 

              Peut-être l’a-t-il presque perdue de vue; peut-être est-elle deenue vide de sens; il la répète mécaniquement tandis qu’il est ballotté par les flots.

 

              Mais s’il ne lâche pas prise, il passera au travers.

 

              Et une fois qu’il est au travers, les choses reprennent alors leur véritable apparence; et il voit que ce qui lui semblait si réel n’était qu’illusion, et il en est fortifié contre les nouvelles épreuves qui l’attendent.

 

              Mais infortuné celui-là qui ne peut supporter l’épreuve. Dire : « Je n’aime pas l’Atlantique; je retourne devant ma cheminée » ne lui sera d’aucune utilité.

 

              Il suffit de faire un pas sur le sentier, et toute possibilité de retraite est coupée. Souvenez-vous de ce passage de “Le Jeune Roland vint à la Noire Tour”, de Browning :

 

                             « Car vois ! à peine m’étais-je engagé

              Dans la prairie, après un pas ou deux,

                             Me retournant afin d’ultimement contempler

              La route sûre, disparue : morne prairie partout à mes yeux,

                             Rien que prairie à l’horizon liée.

              Je devais continuer; ne pouvant faire mieux. »

 

              Et cela est universellement vrai. L’affirmation selon laquelle le Novice peut se rétracter lorsqu’il le veut n’est vraie que pour ceux ayant prêté le serment de manière superficielle.

 

              UN VÉRITABLE SERMENT MAGIQUE NE PEUT ÊTRE ROMPU : VOUS CROYEZ QU’IL PEUT L’ÊTRE, MAIS CE N’EST PAS LE CAS.

 

              C’EST L’AVANTAGE D’UN VÉRITABLE SERMENT MAGIQUE.

 

              Aussi loin que vous erriez, vous vous retrouverez au même point de départ, et tout ce que vous aurez tenté en vue de rompre votre serment n’aura servi qu’à vous plonger dans d’effroyables désagréments.

 

              L’on ne répétera jamais assez que telle est la nature des choses : et cela ne dépend pas de la volonté de quelque personne que ce soit, aussi puissante et haut placée puisse-t-elle être; pas plus que Leur force, la force de Leurs grands serments, puisse quoi que ce soit contre le plus petit serment du plus humble des débutants.

 

              Tenter de contrarier la Volonté Magique d’une autre personne serait criminel, si ce n’était absurde.

 

              L’on peut tenter de mettre en place une Volonté là où n’existait auparavant qu’un chaos capricieux; mais une fois que l’organisation s’est installée, le lieu devient sacré. Comme a dit Blake : « Tout ce qui vit est saint »; et par conséquent la création de la vie est la plus sacrée de toutes les tâches. Peu importe au créateur ce qu’il crée; il y a de la place dans l’univers pour l’araignée comme pour la mouche.

 

              C’est dans la benne à ordures de Choronzon qu’on choisit les matériaux pour un dieu !

 

              C’est là l’ultime analyse du Mystère de la Rédemption, et c’est sans doute la vraie raison de l’existence (si on peut l’appeler ainsi) de la forme, ou, si vous préférez, de l’Ego.

 

              Il est surprenant que ce cri typique — « Je suis Je » — soit l’expression de ce qui par-dessus tout n’est pas Je.

 

              C’est ce Maître dont la Volonté était si puissante qu’à sa plus légère manifestation le sourd entendait, le muet parlait, les lépreux guérissaient et les morts ressuscitaient, ce Maître et non un autre qui pouvait s’écrier, au suprême moment de son agonie : « Que Ta Volonté, non la mienne, soit faite ».

 

 

 

NOTES

 

(1) NDT : “Le Livre du Cœur Ceint du Serpent”, l’un des Saints Livres de Thélème.

 

(2) NDT : Choronzon est “l’Habitant de l’Abîme”, décrit comme un “puissant démon” par John Dee et Edward Kelly (à qui des anges transmirent la langue dite “énochienne”, à partir de 1582). Aleister Crowley et son disciple Neuburg l’évoqueront en 1909, en Afrique en Nord, lors d’une série de travaux magiques portant sur les trente Ethers de la magie énochienne. Cette opération est relatée dans le Liber 418 (The Vision and the Voice).

 

(3) NDAC : Comme chacun sait, le mot utilisé dans l’Exode pour une Verge d’Amandier est dqh jss , de valeur numérique 463. Or 400 est Tau, le sentier reliant Malkuth à Yesod. Soixante est Samekh, le sentier menant de Yesod à Tiphereth; et 3 est Gimel, le sentier reliant Tiphereth à Kether. La verge dans sa totalité correspond donc aux sentiers menant du Royaume à la Couronne.

 

(4) NDAC : Dans un système de Magick (le meilleur), l’Absolu est nommé la Couronne, Dieu est nommé le Père, l’Âme Pure la Mère, le Saint Ange Gardien le Fils, et l’Âme Naturelle la Fille. Le Fils purifie la Fille en l’épousant; elle devient ainsi la Mère, dont l’union avec le Père résorbe le tout dans la Couronne. Consulter à ce sujet le Liber CDXVIII (“The Vision and the Voice”).

 

(5) NDAC : Le Sommet de la Baguette est en Kether — qui est unité; et les Qliphoth de Kether sont les Thaumiel, le conflit de deux têtes adverses s’entre-déchirant et s’entre-dévorant l’une l’autre.

 

(6) NDT : In french dans le texte.

 

(7) NDT : Le “Liber Astarté vel Berylli”, un traité de bhakti-yoga rédigé par Crowley. Figure en Appendice VII de “Magick en Théorie et en Pratique”. Une traduction en est parue dans le n° 3 de la revue “Blockhaus”.

 

(8) NDT : Référence au proverbe : « God tempers the wind to the shorn lamb » (À brebis tondue, Dieu allège le vent).

 

(9) NDAC : Ce texte devra être lu attentivement. La pratique qu’il préconise est la suivante : l’élève jure de ne pas céder à tel acte, parole ou pensée; et à chaque infraction qu’il commet, s’entaille vivement le bras à l’aide d’un rasoir. Cela est préférable à la flagellation car la pratique en est possible en public, sans se faire remarquer. En tout cas, c’est l’un des jeux de société les plus hilarants et les plus passionnants jamais inventés à l’usage du cercle familial. Les amis et parents sont toujours prêts à faire de leur mieux pour vous précipiter dans un piège menant à l’acte interdit.

 

(10) NDAC : Si ce n’était pas le cas, le monde compterait un nombre impressionnant d’aveugles.

 

 

 

 

7

 

LA COUPE

 

 

              DE MÊME QUE LA BAGUETTE MAGICKE EST LA VOLONTÉ, LA SAGESSE, LA PAROLE DU MAGICIEN, AINSI LA COUPE MAGICKE EST-ELLE SA COMPRÉHENSION.

 

              C’est la coupe de laquelle il a été écrit : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que Je la boive, que Ta Volonté soit faite ! » (1). Et encore : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » (2).

 

              Et c’est aussi la coupe dans la main de NOTRE DAME BABALON, et la coupe du Sacrement.

 

              Cette Coupe est remplie d’amertume, et de sang, et d’ivresse.

 

              La Compréhension du Magus est son lien avec l’Invisible, du côté passif.

 

              Sa Volonté erre activement en s’opposant à la Volonté Universelle.

 

              Sa Compréhension erre passivement lorsqu’elle reçoit l’influence de ce qui n’est pas l’ultime vérité.

 

              Au début, la Coupe de l’étudiant est presque vide; et même ce peu de vérité qu’elle contient peut s’écouler, et être perdu.

 

              On dit que les Vénitiens faisaient des verres qui changeaient de couleur si l’on y versait du poison; d’un tel verre l’étudiant doit faire sa Coupe.

 

              Très peu d’expérience sur le sentier mystique lui démontrera que de toutes les impressions qu’il reçoit, aucune n’est vraie. Soit elles sont fausses en elles-mêmes, soit elles sont mal interprétées par son esprit.

 

              IL N’Y A QU’UNE VÉRITÉ, ET UNE SEULE. TOUTES LES AUTRES PENSÉES SONT FAUSSES.

 

              Et comme il progresse dans la connaissance de son esprit, il en viendra à comprendre que sa structure toute entière est si imparfaite qu’il est totalement incapable, même dans ses dispositions les plus élevées, de vérité.

 

              Il s’apercevra que toute pensée ne fait qu’établir une relation entre l’Ego et le non-Ego.

 

              Kant a démontré que même les lois de la nature ne sont que conditions de la pensée. Et comme le cours de la pensée est le sang de l’esprit, il est dit que la Coupe Magicke est remplie du sang des Saints. TOUTE PENSÉE DOIT ÊTRE OFFERTE EN SACRIFICE.

 

              La Coupe peut difficilement être décrite comme une arme. Elle est circulaire comme le pantacle — et non droite comme la baguette ou la dague. Réception, et non projection, telle est sa nature (3).

 

              Ainsi ce qui est circulaire est pour lui un symbole de l’influence du supérieur. Ce cercle symbolise l’Infini, de même que toute croix ou Tau représente le Fini. Ce qui est carré représente le Fini fixé en lui-même; pour cette raison l’autel est carré. C’est la base solide de laquelle toute l’opération procède. Une forme (4) de coupe magique présente une sphère au-dessous de la coupe proprement dite, et est supportée par un pied conique.

 

              Cette coupe (croissant, sphère, cône) symbolise les trois principes de la Lune, du Soleil et du Feu, les trois principes qui, selon les Hindous, ont cours dans le corps (5).

 

              C’est la Coupe de la Purification; et ainsi que dit Zoroastre :

                             « Et tout d’abord le Prêtre qui régit les œuvres du Feu doit répandre de l’Eau Lustrale de la mer retentissante. » (6).

 

              C’est la mer qui purifie le monde. Et la “Grande Mer” est dans la Qabal un nom de Binah, “Compréhension”.

 

              C’est par la Compréhension du Magus que son œuvre est purifiée.

 

              Binah, de plus, est la Lune, et la forme de cette coupe est lunaire.

 

              Cette lune est le sentier de Gimel par lequel l’influence de la Couronne descend jusqu’au Soleil de Tiphereth.

 

              Et elle est supportée par une pyramide de feu qui symbolise l’aspiration de l’étudiant.

 

              Dans le symbolisme Hindou, l’Amrita ou “rosée d’immortalité” (7) tombe constamment goutte à goutte sur l’homme, mais est entièrement consumée par le feu grossier de ses appétits. Les Yogis tentent d’attraper et conserver cette rosée en retournant leur langue dans leur bouche.

 

              En ce qui concerne l’eau de cette Coupe, l’on peut dire que de même que la baguette doit être parfaitement rigide, le solide idéal, pareillement l’eau doit être le fluide idéal.

 

              La Baguette se tient droite, et doit s’étendre à l’Infini.

 

              La surface de l’eau est plate, et doit s’étendre à l’Infini.

 

              L’un est la ligne, l’autre est le plan.

 

              Mais de même que la Baguette est faible sans largeur, l’eau est mensongère sans profondeur. La Compréhension du Magus doit inclure toutes choses, et cette compréhension doit être infiniment profonde.

 

              H.G. Wells a dit que « tout mot dont un homme est ignorant représente une idée dont il est ignorant ». Et il est impossible de parfaitement comprendre toutes choses à moins que toutes choses ne soient d’abord connues.

 

              LA COMPRÉHENSION EST LA STRUCTURATION DE LA CONNAISSANCE.

 

              Toutes les impressions sont irreliées, comme en est si terriblement averti l’Enfant de l’Abîme (8); et le Maître du Temple doit demeurer 106 saisons dans la Cité des Pyramides car cette coordination est une tâche immense.

 

              Il n’y a rien de particulièrement occulte dans cette doctrine concernant la connaissance et la compréhension.

 

              Un miroir reçoit toutes les impressions mais n’en coordonne aucune.

 

              Le sauvage n’a que les plus simples associations d’idées.

 

              Même l’homme civilisé ordinaire va rarement plus loin.

 

              Toute avance dans la pensée se fait en recueillant le plus grand nombre de faits, en les classant, et en les combinant.

 

              Le philologue, bien que ne parlant peut-être qu’une seule langue, offre un esprit d’un type plus élevé que celui du linguiste en parlant vingt.

 

              Cet Arbre de la Pensée est exactement parallèle à l’arbre de la structure nerveuse.

 

              Beaucoup de gens de nos jours se prétendent extrêmement « bien informés », qui n’ont pas la moindre idée de la signification des faits qu’ils connaissent. Ils n’ont pas développé l’indispensable partie supérieure du cerveau. L’induction leur est impossible.

 

              Cette capacité à emmagasiner des faits est compatible avec une véritable imbécillité. Certains crétins ont mémorisé plus d’informations que ce que peut-être n’importe quel homme sensé pourrait espérer acquérir.

 

              Le grand défaut de l’éducation moderne — un enfant est gavé de faits, et aucune tentative n’est faite pour expliquer leurs rapports et relations. Le résultat est que les faits eux-mêmes sont bientôt oubliés.

 

              N’importe quel esprit de premier ordre est insulté et irrité par un tel traitement, et n’importe quelle mémoire de premier ordre court le risque d’être abîmée par lui.

 

              PAS DEUX IDÉES N’ONT UNE RÉELLE SIGNIFICATION AVANT QUE D’ÊTRE HARMONISÉES EN UNE TROISIÈME, ET L’OPÉRATION N’EST PARFAITE QUE LORSQUE CES IDÉES SONT CONTRADICTOIRES. C’est l’essence de la logique Hégélienne.

 

              La Coupe Magicke, comme montré plus haut, est aussi la fleur. C’est le lotus qui s’ouvre au soleil, et qui récolte la rosée.

 

              Ce Lotus est dans la main d’Isis la grande Mère. C’est un symbole semblable à la Coupe dans la main de NOTRE DAME BABALON.

 

              Il y a aussi les Lotus dans le corps humain selon le système Hindou de Physiologie dont on parle dans le chapitre consacré à Dharana (9).

 

              Il y a le lotus de trois pétales dans le Sacrum, dans lequel la Kundalini se tient assoupie. Ce lotus est le réceptacle de la force reproductrice.

 

              Il y a aussi le lotus de six pétales en face du nombril — qui reçoit les forces qui nourrissent le corps.

 

              Il y a aussi le lotus du Plexus Solaire qui reçoit les forces nerveuses.

 

              Le lotus de six pétales dans le cœur correspond à Tiphereth, et reçoit ces forces vitales qui sont en rapport avec le sang.

 

              Le lotus de seize pétales en face du larynx reçoit la nourriture réclamée par la respiration.

 

              Le lotus de deux pétales de la glande pinéale reçoit la nourriture exigée par la pensée, tandis qu’au-dessus de la jonction des structures crâniennes se trouve ce sublime lotus, de mille et un pétales, qui reçoit l’influence d’en-haut; et dans lequel, chez l’Adepte, la Kundalini réveillée prend son plaisir avec le Seigneur de Tout.

 

              Tous ces lotus sont symbolisés par la Coupe Magicke.

 

              Dans l’homme ils ne sont que partiellement ouverts, ou seulement ouverts à leur nourriture naturelle. De fait, il est préférable de se les figurer fermés, cachant leur nourriture qui, par manque de soleil, pourrait devenir poison.

 

              La Coupe Magicke ne doit pas avoir de couvercle, bien qu’elle doive être voilée très soigneusement, tout le temps, sauf lorsqu’une invocation du Plus Haut doit être effectuée.

 

              La Coupe doit aussi être hors de vue du profane. La Baguette doit être mise à l’abri du profane qui, en ayant peur, pourrait réussir à la briser; et la Coupe aussi, car désirant la toucher, il pourrait la souiller.

 

              Néanmoins, l’aspersion de son eau purifie non seulement le Temple, mais bénit également ceux-là qui sont à l’extérieur : qu’elle soit abondamment répandue ! Mais ne laissez personne connaître votre véritable dessein, et ne laissez personne connaître le secret de votre force. Souvenez-vous de Samson ! Souvenez-vous de Guy Fawkes (10) !

 

              Parmi les méthodes permettant d’accroître la Compréhension, celles de la Sainte Qabal sont peut-être les meilleures, pourvu que l’intellect soit tout à fait conscient de leur absurdité, et ne se laisse jamais convaincre (11).

 

              Des méditations supplémentaires de certaines sortes sont utiles : pas la méditation sévère tendant à immobiliser l’esprit, mais une méditation telle que Sammasati (12).

 

              Sur le plan exotérique si nécessaire l’esprit sera formé par l’étude de n’importe quelle science bien développée, telle que la chimie ou les mathématiques.

 

              L’idée d’organisation est le premier pas, celle d’interprétation le second. Le Maître du Temple, dont le grade correspond à Binah, a fait serment « d’interpréter chaque phénomène comme une relation particulière de Dieu avec son âme ».

 

              Mais même le débutant peut tenter cette pratique avec profit.

 

              Ou un fait s’accorde, ou il ne s’accorde pas; s’il ne s’accorde pas, l’harmonie est brisée; et comme l’harmonie Universelle ne peut être brisée, la dissonance doit être dans l’esprit de l’étudiant, révélant ainsi qu’il n’est pas au diapason du chœur Universel.

 

              Qu’il éclaircisse d’abord les grandes vérités, puis les petites; jusqu’à ce qu’un jour d’été, étant chauve, et léthargique après déjeuner, il comprenne et apprécie l’existence des mouches !

 

              Ce manque de Compréhension avec lequel nous commençons tous est tellement affreux, tellement lamentable. En ce monde, il y a tant de cruauté, tant de gâchis, tant de stupidité.

 

              La contemplation de l’Univers est assurément, au début, pure angoisse. Ce fait est responsable de la majorité des spéculations de la philosophie.

 

              Les philosophes médiévaux s’égarèrent sans espoir car leur théologie nécessitait la mesure de toutes choses à l’étalon du bien-être humain.

 

              Ils devinrent même stupides : Bernardin de Saint Pierre (ne l’était-il pas ?) dit que la bonté de Dieu était telle que partout où les hommes avaient construit une grande cité, Il avait placé un fleuve à côté afin que celui-ci les aide à transporter leurs marchandises. Mais la vérité est qu’en aucune façon nous ne pouvons imaginer comment l’Univers est conçu. Si les chevaux sont faits pour que les hommes les montent, pourquoi ces derniers ne seraient-ils pas faits pour que les vers les mangent ?

 

              Et ainsi nous constatons une fois de plus que L’IDÉE D’EGO DOIT ÊTRE IMPITOYABLEMENT DÉRACINÉE AVANT QUE LA COMPRÉHENSION PUISSE ÊTRE ATTEINTE.

 

              Il y a une apparente contradiction entre cette attitude et celle du Maître du Temple. Qu’est-ce qui pourrait être plus égoïste que cette interprétation de chaque chose comme une relation particulière de Dieu avec son âme ?

 

              Mais c’est Dieu qui est tout et non pas n’importe quelle partie; et chaque “relation” doit donc être une expansion de l’âme, une destruction de son état de séparation.

 

              Chaque rayon du soleil épanouit la fleur.

 

              La surface de l’eau dans la Coupe Magicke est infinie; aucun point n’est différent de n’importe quel autre (13).

 

              Ainsi, finalement, de même que la baguette est une ligature et une limitation, la Coupe est-elle une expansion — à l’Infini.

 

              Et là réside le danger de la Coupe; elle doit nécessairement être ouverte à tout, et pourtant si l’on y met quoi que ce soit de mal proportionné, ou de déséquilibré, ou d’impur, elle s’en trouvera blessée.

 

 

 

Planche I (a)

CAIRE SWTHR KOSMOU

 

Planche I (b)

Une posture appropriée à la méditation.

 

Planche II (a)

Le magicien revêtu de sa robe, portant la couronne, armé de la baguette, de la coupe, de l’épée, du pantacle, de la cloche, du livre et de l’huile sainte.

 

Planche II (b)

Dessin pouvant convenir à la surface d’un autel.

 

 

              Et de nouveau nous retrouvons notre problème avec nos pensées. La grossièreté et la stupidité des simples impressions voilent l’eau; les émotions la troublent; les perceptions sont encore loin de la pureté parfaite de la vérité; elles produisent des reflets; tandis que les tendances modifient l’indice de réfraction, et dispersent la lumière. La conscience elle-même est ce qui sépare l’inférieur du supérieur, les eaux situées en-dessous du firmament des eaux qui se trouvent au-dessus, cette effroyable étape dans la grande abomination qu’est la création.

 

              Puisqu’au mieux cette eau (14) ne saurait que réfléchir, combien terriblement important devient le fait qu’elle reste calme !

 

              Si la coupe est secouée, la lumière sera dispersée.

 

              Donc, la Coupe est disposée sur l’Autel, qui est carré, volonté multipliée par volonté, la confirmation de la volonté du Serment Magique, sa fixation dedans la Loi.

 

              Il est facile de voir lorsque l’eau est boueuse, et facile de se débarrasser de la boue; mais il existe un grand nombre d’impuretés qui défient tout sauf la distillation et même certaines qui doivent être fractionnées 70 fois 7.

 

              IL EXISTE CEPENDANT UN DISSOLVANT ET UN CONCILIATEUR, UNE CERTAINE ROSÉE QUI EST SI PURE QU’UNE SIMPLE GOUTTE JETÉE DANS L’EAU DE LA COUPE SUFFIT POUR LE MOMENT À TOUT PORTER JUSQU’À LA PERFECTION.

 

              CETTE ROSÉE SE NOMME AMOUR. MÊME DANS LE CAS DE L’AMOUR HUMAIN, L’UNIVERS ENTIER APPARAÎT COMME PARFAIT À L’HOMME QUI SE TROUVE SOUS SON EMPRISE, AINSI EN EST-IL, ET DANS UNE PLUS LARGE MESURE, POUR CE CE QUI EST DE L’AMOUR DIVIN DONT NOUS PARLONS ICI.

 

              Car l’amour humain est une surexcitation, et non un apaisement, de l’esprit; et comme c’est lié à l’individu, cela ne mène finalement qu’à une affliction plus grande.

 

              L’Amour Divin, au contraire, n’est attaché à aucun symbole.

 

              Il abhorre les limites, au niveau de l’intensité comme à celui de l’objectif. Et c’est là la rosée des étoiles dont il est parlé dans les Livres Saints, car NUIT la Dame des Étoiles est appelée “la Continue du Ciel”, et c’est cette Rosée qui baigne le corps de l’Adepte “dans un doux parfum de sueur” (15).

 

              Dans cette coupe, donc, bien que toutes choses y soient disposées, par la vertu de cette rosée toutes perdent leur identité. Et par conséquent cette Coupe se trouve dans la main de BABALON, la Dame de la Cité des Pyramides, en laquelle aucun ne saurait être distingué d’un autre, là où aucun ne saurait résider avant d’avoir perdu son nom.

 

              De ce qui se trouve dans la Coupe, l’on dit aussi qu’il s’agit de vin. C’est la Coupe de l’Ivresse. Ivresse signifie empoisonnement, et se réfère tout particulièrement au poison dans lequel sont trempées les flèches (le Grec tózon, “un arc”). Pensez à la Vision de la Flèche dans le Liber 418, et consultez les passages des Livres Saints qui parlent de l’action de l’esprit sous l’aspect d’un poison mortel.

 

              CAR POUR TOUTE CRÉATURE INDIVIDUELLE L’ACCOMPLISSEMENT SIGNIFIE TOUT D’ABORD ET EN PREMIER LIEU LA DESTRUCTION DE L’INDIVIDUALITÉ.

 

              Chacune de nos idées doit être conçue dans le dessein d’abandonner le Moi au Bien-Aimé, afin que nous puissions, par la suite, abandonner le Moi au Bien-Aimé notre tour venu.

 

              L’on se souviendra, en lisant la Leçon Historique (16), de comment les Adeptes « ayant abandonné avec le sourire leurs foyers et leurs possessions — purent avec un calme soutenu et une rectitude inébranlable abandonner le Grand Œuvre lui-même; car c’est là la dernière et la plus grande projection de l’Alchimiste ».

 

              Le Maître du Temple a traversé l’Abîme, est entré dans le Palais de la Fille du Roi; il n’a qu’à dire un mot, et tout est dissous. Mais au lieu de cela, on le trouve caché dans la terre, entretenant un jardin.

 

              Ce mystère est bien trop complexe pour être élucidé dans ces fragments de pensée impure; il constitue un bon sujet de méditation.

 

 

 

NOTES

 

(1) NDT : Matthieu, 26, 42.

 

(2) NDT : Matthieu, 20, 22.

 

(3) NDAC : Comme le Magicien est en position de Dieu envers l’Esprit qu’il évoque, il se tient dans le Cercle, et l’esprit dans le Triangle; ainsi le Magicien est-il dans le Triangle par rapport à son propre Dieu.

 

(4) NDAC : Une forme laide. Une meilleure est fournie par l’illustration.

 

(5) NDAC : Ces “principes” sont vus par l’élève lorsqu’il réussit pour la première fois à calmer son esprit. Celui qui se trouve avoir cours à ce moment est celui qu’il voit. C’est une expérience si merveilleuse, même pour qui a poussé les visions astrales jusqu’à un très haut point, qu’il peut les prendre pour la Fin. Voir le chapitre sur Dhyana.

     Les lettres Hébraïques correspondant à ces principes sont Gimel, Resh et Shin, et le mot qu’elles forment signifie “ une fleur” et aussi “banni”, “jeté dehors”.

 

(6) NDT : Il s’agit d’une phrase extraite des “Oracles Chaldaïques”, attribués plus sûrement à Julien le Théurge qu’à Zoroastre, mais sans certitude absolue. Elle était employée dans certains rituels de l’Aube Dorée. Voici maintenant la même citation tirée de la traduction des “Oracles” par Édouard des Places (Éditions “Les Belles Lettres”, Paris, 1971), directement du grec original en français : « Que surtout le prêtre en personne, quand il règle les œuvres du feu, les arrose du flot glacé de la mer au bruit sourd. »

 

(7) NDAC : A--, la particule privative; mrita, mortel.

 

(8) NDT : Consulter “Une Étoile en Vue”, Appendice II de “Magick en Théorie et en Pratique”.

 

(9) NDAC : Ces Lotus sont tous situés dans la colonne vertébrale, qui possède trois canaux, Sushumna au milieu, Ida et Pingala de chaque côté (cf. l’Arbre de Vie). Le canal central est comprimé à la base par Kundalini, le pouvoir magique, un serpent endormi. Réveillez-la : elle s’élance dans la colonne, et le Prana s’écoule par Sushumna. Consulter Raja-Yoga (par Swami Vivekananda) pour plus de détails.

 

(10) NDT : Guy Fawkes (1570 - 1606), catholique anglais qui tenta en 1605 de faire sauter le Parlement (Conspiration des Poudres), et fut décapité.

 

(11) NDAC : Voir l’“Intermède” qui suit.

 

(12) NDAC : Consulter The Equinox V, “L’Education de l’Esprit”; The Equinox II, “La Psychologie du Haschisch”; The Equinox VII, “Liber DCCCCXIII”.

 

(13) NDAC : « Si tu confonds les points de l’espace, disant : Ils sont un, ou disant : Ils sont plusieurs... alors attends-toi aux épouvantables sentences de Râ Hoor Khuit... Ceci régénérera le monde, le petit monde ma sœur... » (NDT : Citation du “Livre de la Loi” ). Ce sont les mots de NUIT. Notre Dame des Étoiles, dont Binah n’est que la réflection troublée.

 

(14) NDAC : L’eau dans cette Coupe (cette dernière est également un cœur, comme montré par le passage du Tarot ancien au moderne; la couleur “Cœurs” dans les anciens jeux de cartes, et même dans les jeux modernes Espagnols et Italiens, s’intitule “Coupes”) est la lettre Mem (le mot Hébreu pour l’eau), qui a pour lame majeure Le Pendu. Ce Pendu représente l’Adepte pendu par un talon à une potence qui offre la forme de la lettre Daleth — la lettre de l’Impératrice, la Vénus céleste du Tarot. Ses jambes forment une croix, ses bras un triangle, comme si par l’équilibre et le sacrifice de soi il faisait descendre et instaurait la lumière jusque dans l’abîme.

     Élémentaire comme ce l’est, voici un hiéroglyphe très satisfaisant du Grand Œuvre, bien que l’étudiant soit averti que l’évidente interprétation sentimentale devra être écartée aussitôt comprise. C’est une illusion très noble, et par conséquent très dangereuse, que s’imaginer soi-même comme le Rédempteur. Car, parmi toutes les illusions dans cette Coupe — plus pures et subtiles elles sont, plus elles sont dures à déceler.

 

(15) NDAC : Voir le Liber Legis, The Equinox VII.

 

(16) NDAC : Liber LXI, le texte délivré à ceux qui désirent devenir Novices de l’AA (NDT : traduit & à paraître).

 

 

 

 

UN INTERLUDE (1)

 

 

              Toute comptine recèle de profonds secrets magiques accessibles à tous ceux ayant étudié les correspondances de la Sainte Qabal. Trouver une signification imaginaire à pareil “non-sens” nous fait méditer sur les Mystères; l’on s’engage dans une profonde contemplation des choses saintes, et Dieu Lui-Même conduit l’âme vers une illumination véritable. D’où, aussi, la nécessité de l’Incarnation : l’âme doit descendre dans toute fausseté afin d’atteindre la Toute-Vérité.

              Par exemple :

 

La Vieille Mère Hubbard

Alla à son armoire

Afin d’y prendre un os pour son pauvre chien;

Lorsqu’elle y arriva,

L’armoire était vide,

Et donc le pauvre chien n’eut rien.

 

              Quelle est donc cette ancienne et vénérable mère dont il est question ? En vérité, personne d’autre que Binah, comme cela est rendu évident par la présence de la sainte lettre H par laquelle débute son nom.

 

              Et ce n’est pas la stérile Mère Ama — mais la fertile Aima; car elle porte en elle Vau, le fils, du fait de la seconde lettre de son nom, et R, l’avant-dernière, est le Soleil, Tiphereth, le Fils.

 

              Les trois autres lettres de son nom, B, A, et D, sont les trois sentiers qui relient les trois supernelles.

 

              À quelle armoire va-t-elle ? Elle va même jusqu’aux plus secrètes cavernes de l’Univers. Et quel est ce chien ? N’est-ce pas le nom de Dieu Qabalistiquement épelé à l’envers (2) ? Et quel est cet os ? Cet os est la Baguette, le Lingam sacré !

 

              Nous possédons maintenant l’interprétation complète de cette rune. Ces vers concernent la légende du meurtre d’Osiris par Typhon.

 

              Les membres d’Osiris furent dispersés dans le Nil.

 

              Isis les chercha dans tous les coins et recoins de l’Univers, et les réunit tous sauf le lingam sacré, qui ne fut retrouvé qu’assez récemment (voir The Star in the West de Fuller).

 

              Tirons un autre exemple de cette mine de savoir magicke.

 

Petite Bo Peep (3),

Elle perdit ses moutons,

Et ne savait où les retrouver.

Fiche-leur la paix !

Et ils s’en reviendront,

Traînant leurs queues derrière eux.

 

              “Bo” est la racine signifiant Lumière, d’où proviennent Bodhisattva, Bouddha, et l’Arbre Bo.

 

              Et “Peep” est Apep, le serpent Apophis. Ce poème contient donc le même symbole que celui présent dans les Bibles Hébraïques et Égyptiennes.

 

              Ce reptile est le serpent de l’initiation, de même que l’Agneau est le Sauveur.

 

              Très ancienne, cette Sagesse de l’Éternité, sujette à sa vieille angoisse de l’attente du Rédempteur. Et ce verset sacré nous assure triomphalement qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Les Sauveurs viendront l’un après l’autre, selon leur bon plaisir, et selon la nécessité, et en traînant leurs queues, c’est-à-dire ceux qui exécuteront leur sainte volonté, jusqu’au but final.

 

              De nouveau, nous lisons :

 

Petite Miss Muffett

S’assit sur un pouf,

Dégustant du lait caillé sucré,

Survint une grosse araignée,

Qui s’assit auprès d’elle,

Et effraya Miss Muffett.

 

              La Petite Miss Muffett représente indiscutablement Malkah; car elle est célibataire. Elle est assise sur un “pouf” (4); id est, elle est l’âme non régénérée au-dessus de Tophet, la fosse de l’enfer. Et elle mange du lait caillé sucré, c’est-à-dire non pas le lait pur de la mère, mais un lait passé par la décomposition.

 

              Mais qui est l’araignée ? Nous avons affaire, en vérité, à un vénérable arcanum ! Comme tous les.insectes, l’araignée symbolise un démon. Mais pourquoi une araignée ? Quelle est cette araignée qui « étreint de ses pattes et se trouve dans les Palais des Rois » ? Le nom de cette araignée est la Mort. C’est la peur de la mort qui la première informe l’âme de sa triste condition.

 

              Il aurait été intéressant que la tradition nous conserve les aventures ultérieures de Miss Muffett.

 

              Mais nous devons maintenant songer à l’interprétation des vers suivants :

 

Petit Jack Horner

S’assit dans un coin,

Mangeant une bûche de Noël,

Il y enfonça son pouce,

Et en retira une prune,

Puis dit « Quel bon garçon je suis ! ».

 

              Dans l’interprétation de ce remarquable poème, deux grandes écoles d’Adeptes diffèrent.

 

              L’une prétend que Jack n’est qu’une corruption de John, Ion, celui qui va — Hermès, le Messager. L’autre préfère prendre Jack simplement et respectueusement comme Iacchus, la forme spirituelle de Bacchus. Mais il importe peu d’insister sur la rapidité ou sur l’extase du Saint-Esprit de Dieu, il est évident que c’est Lui dont il est ici fait mention, car le nom Horner ne pourrait être appliqué à aucun autre, même par le plus occasionnel lecteur des Saints Évangiles et des œuvres de Congreve. Et le contexte rend ceci encore plus clair, car il s’assoit dans un coin, c’est-à-dire la place du Christ, la Pierre Angulaire, mangeant, c’est-à-dire savourant, ce dont la naissance du Christ nous assure. Il est le Consolateur remplaçant le Sauveur absent. S’il y avait encore quelque doute sur Son identité, il serait dissipé par le fait que c’est le pouce, auquel est attribué l’élément Esprit, et non l’un des quatre doigts des quatre éléments mineurs, qu’il enfonce dans la bûche d’un nouveau décret de la Providence. Il en retire quelqu’un de mûr, sans aucun doute pour l’envoyer comme maître de par le monde, et se réjouit d’aussi bien exécuter la volonté du Père.

 

              Passons de ce sujet bien béni à un autre.

 

Tom, Tom, le fils du flûtiste,

Vola un cochon et s’enfuit au loin.

Le cochon fut mangé,

Et Tom fut battu,

Et Tom descendit la rue en hurlant.

 

              C’est l’une des plus exotériques de ces rimes. De fait, ce n’est rien de plus qu’un mythe solaire. Tom est Toum, le Dieu du Soleil Couchant (appelé Fils d’Apollon, le Flûtiste, le musicien). La seule difficulté du poème, c’est le cochon; car qui a jamais vu un flamboyant coucher de soleil sur la mer des Tropiques, reconnaîtra que la merveilleuse ligne finale offre une incomparable description d’un tel soleil couchant. Certains ont pensé que le cochon fait référence au sacrifice du soir, d’autres qu’il s’agissait d’Hathor, la Dame de l’Ouest, sous son aspect le plus sensuel.

 

              Mais il est probable que ce poème ne soit que la première stance d’une épopée. Il en présente tous les signes caractéristiques. Certains dirent de l’Iliade qu’elle ne fut jamais achevée, mais seulement stoppée. C’est la même chose. Nous pouvons être sûrs qu’il y a plus de ce poème. Il en dit trop ou trop peu. Comment survint cette tragédie où l’on mange un cochon purement et simplement volé ? Cherchons à percer l’identité de celui qui “mangea” le cochon !

 

              L’on doit donc l’abandonner comme au moins partiellement insoluble. Considérons maintenant ce poème :

 

Hickory, dickory, dock !

La souris grimpa le long de l’horloge;

L’horloge sonna un coup,

Et la souris descendit en courant,

Hickory, dickory, dock !

 

              Ici, nous sommes immédiatement sur un plan supérieur. L’horloge symbolise la colonne vertébrale ou, si vous préférez, le Temps, choisi comme l’une des conditions de la conscience normale. La souris est l’Ego; “Mus” (5), une souris, qui n’est que Sum, « Je suis », Qabalistiquement épelé à l’envers.

 

              Cet Ego ou Prana ou énergie de la Kundalini étant en haut de la colonne, l’horloge frappe un coup, c’est-à-dire que la dualité de la conscience est abolie. Et la force rejoint une fois de plus son niveau d’origine.

 

              “Hickory, dickory, dock !” n’est sans doute que le mantra qu’employait l’adepte qui élabora ce poème, espérant par ce moyen le graver dans l’esprit des hommes, de sorte qu’ils puissent atteindre Samadhi par la même méthode. D’autres lui attribuent une signification plus profonde — qu’il est impossible d’aborder maintenant, car nous devons passer à :

 

Humpty Dumpty était assis dessus un mur;

Humpty Dumpty tomba de haut sur le sol dur;

Tous les chevaux du Roi, tous les soldats du Roi,

N’ont pu relever Humpty Dumpty et le remettre droit (6).

 

              C’est si simple que cela n’exige presque pas d’explications. Humpty Dumpty est bien sûr l’Œuf de l’Esprit, et le mur est l’Abîme — sa “chute” est par conséquent la descente de l’esprit dans la matière; et il ne nous est que trop douloureusement familier que tous les chevaux du roi et tous ses hommes ne puissent nous réintégrer dans les hauteurs.

 

              Seul Le Roi Lui-Même peut y arriver !

 

              Mais l’on ose à peine commenter un thème qui fut si fructueusement traité par Ludovicus Carolus (7), ce très illuminé et très saint homme de Dieu. Son traitement magistral de l’identité des trois sentiers alternatifs de Daleth, Teth et Pé, est l’un des plus merveilleux passages de la Sainte Qabal . Sa résolution de ce que nous prenons pour les fers de l’esclavage dans l’amour à proprement parler, le faux-col honorifique qui nous est octroyé par le Roi lui-même, est l’un des plus sublimes passages de ce genre de littérature.

 

Peter, Peter, le mangeur de citrouilles,

Avait une femme et ne pouvait la garder.

Il la mit dans une écorce de cacahouète,

Et alors la garda très bien.

 

              Ce texte ancien et authentique de l’école Hinayana du Bouddhisme est encore très prisé de nos jours par les plus fervents et cultivés disciples de cette école.

 

              La citrouille est bien sûr le symbole de la résurrection, comme le savent tous les étudiants de l’histoire de Jonas et la gourde.

 

              Peter est donc l’Arahat qui a mis un terme à sa succession de résurrections. Il est appelé Peter par référence à la symbolisation des Arahats par des pierres dans le grand mur des gardiens de l’humanité (8). Sa femme est bien sûr (dans le symbolisme usuel) son corps physique, qu’il ne peut garder avant de l’avoir mise dans une écorce de cacahouète, la robe jaune d’un Bhikkhu.

 

              Bouddha a dit que si un homme devient un Arahat, il doit ou prononcer immédiatement les vœux d’un Bhikku, ou mourir, et c’est cette parole du Bouddha que le poète inconnu souhaitait commémorer.

 

Taffy était un Gallois,

Taffy était un voleur;

Taffy vint dans ma maison

Et déroba une cuisse de bœuf.

 

Je vins dans la maison de Taffy;

Taffy était au lit.

Je pris un couteau à découper,

Et tranchai la tête de Taffy.

 

              Taffy n’est que l’abréviation de Taphtatharath, l’Esprit de Mercure et le Dieu des Gallois et des voleurs. “Ma maison” équivaut bien sûr à “mon cercle magicke”. Notez que Beth, la lettre de Mercure et du “Magus”, signifie “une maison”.

 

              Le bœuf nous ramène au Taureau, Apis le Rédempteur. C’est donc ce qui est écrit : « Ô mon Dieu, déguise ta gloire ! Viens comme un voleur, et dérobons furtivement les sacrements ! ».

 

              Dans le verset suivant, nous trouvons Taffy “au lit”, à cause de l’opération du sacrement. La grande tâche de l’Alchimiste a été accomplie; le mercure est fixé.

 

              L’on peut alors saisir la Sainte Dague, et séparer le Caput Mortuum de l’Elixir. Certains Alchimistes ont pensé que le bœuf représentait cette substance physique dense qui est absorbée par le Mercure pour sa fixation; mais ici comme toujours nous favoriserons l’interprétation la plus spirituelle.

 

Bye, Bébé Bruant !

Papa est parti à la chasse.

Il est parti chercher une peau de lapin

Afin d’y envelopper mon Bébé Bruant.

 

              C’est une exhortation mystique, pour l’âme nouvelle-née, à se tenir calme et inébranlable durant la méditation; car dans Bye, Beth est la lettre de la pensée, Yod celle de l’Ermite. Il est dit à l’âme que le Père de Tout va la vêtir de Son propre silence majestueux. Car n’est-ce pas le lapin « qui se couche et ne pipe mot » ?

 

Fais un gâteau, fais un gâteau, boulanger !

Fais-moi un gâteau aussi vite que tu peux !

Pétris-le et perce-le et marque-le d’un P !

Cuis-le dans le four pour bébé et moi !

 

              Cette rime est usuellement accompagnée (encore aujourd’hui dans les nurseries) d’un battement cérémoniel des mains — le symbole de Samadhi. Comparez avec ce qui est dit à ce sujet dans notre commentaire sur le célèbre passage relatif à l’Avent (9) dans l’Épître à l’Église de Thessalonique.

 

              Le gâteau est évidemment le pain du sacrement, et il siérait mal à Frater P. de commenter la troisième ligne — bien que l’on puisse remarquer que même chez les Catholiques l’hostie a toujours été marquée d’un phallus ou d’une croix.

 

 

(Note de SOROR VIRAKAM)

 

              (Près de minuit. À ce moment, nous arrêtâmes de dicter et commençâmes à converser. Fra. P. dit alors : « Oh, si seulement je pouvais dicter un livre comme le Tao Teh King ! ». Puis il ferma les yeux comme pour méditer. Juste avant, j’avais noté un changement dans son visage, tout à fait extraordinaire, comme si ce n’était plus la même personne; de fait durant les dix minutes où nous discutâmes, il sembla être un bon nombre de gens différents. Je remarquais spécialement que les pupilles de ses yeux s’étaient tellement élargies que l’œil entier semblait noir. (Je frémis et tremble intérieurement au souvenir de la nuit dernière, au point de ne pouvoir correctement former les lettres). Puis, très lentement, la pièce toute entière se remplit d’une épaisse lumière jaune (un doré foncé, mais pas brillant. Je veux dire non pas éblouissant, mais feutré). Fra. P. ressemblait à une personne que je n’avais jamais vue mais qu’il me semblait très bien connaître — son visage, ses vêtements et le reste étaient de ce même jaune. J’étais si troublée que je levai les yeux au plafond afin de trouver la source de la lumière, mais n’en vis pas d’autre que les bougies. Puis, la chaise sur laquelle il était assis sembla s’élever; c’était comme un trône, et il avait l’air mort ou endormi, mais ce n’était certainement plus Fra. P. Ceci m’effraya, et je tentai de comprendre en regardant autour de moi dans la pièce; et lorsque je me retournai, la chaise était en lévitation, et il était toujours le même. Je réalisai que j’étais seule; et commençai à penser qu’il était mort ou parti — ou que quelque autre terrible chose s’était produite — puis perdis conscience ).

 

              (Cette dissertation a été laissée inachevée; mais il suffit d’ajouter que l’aptitude à extraire pareil miel spirituel de ces fleurs peu prometteuses est la marque d’un adepte ayant achevé sa Coupe Magicke. Cette méthode d’exégèse Qabalistique est l’une des meilleures manières d’élever la raison jusqu’à la conscience supérieure. Évidemment, le processus fit “décoller” Fra. P. de sorte que pour un temps il fut totalement concentré et extasié (10). Éd.)

 

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : Ce chapitre fut dicté en réponse à une remarque faite en passant par Soror Virakam. Fra. P. dit en plaisantant que toute chose contenait la Vérité, lorsqu’on sait comment l’y trouver; et, mis au défi, le releva. Cela est reproduit ici non pas pour la valeur pouvant y résider, mais afin de mettre le lecteur à l’épreuve. S’il pense qu’il s’agit d’une blague, le lecteur est une espèce d’inutile crétin; et s’il pense que Fra. P. croit que l’auteur de ces rimes avait une intention occulte, il en est une autre. Soror Virakam choisit les rimes au hasard.

 

(2) NDT : En anglais, “God” (= Dieu) et “dog” (= chien).

 

(3) NDT : En anglais, “bo-peep” signifie “cache-cache”.

 

(4) NDT : En anglais, “tuffet” = pouf.

 

(5) NDT : En anglais, “mouse” = souris.

 

(6) NDT : Il s’agit d’une poésie enfantine reprise par Lewis Carroll dans “De l’autre côté du miroir”, où il met d’ailleurs en scène cette figure. « Humpty Dumpty est un personnage mythique qui appartient au folklore des “nurseries”. Il est petit et gros, et ressemble beaucoup à un œuf. En fait, les enfants anglais emploient assez souvent cette expression pour désigner un œuf. » (extrait de la note de J. Papy relative à “Humpty Dumpty” dans sa traduction de “De l’autre côté du miroir”, Éd. J.-J. Pauvert, 1961).

 

(7) NDT : Lewis Carroll, bien sûr.

 

(8) NDT : Crowley fait ici un jeu de mots portant à la fois sur le français et l’anglais. Le prénom anglais Peter est l’équivalent du français Pierre.

 

(9) NDT : Voir chapitre suivant.

 

(10) NDAC : Voir les remarques sur l’absurdité de la prière dans “Eleusis” (Crowley, Œuvres Choisies, vol. iii, pp. 223, 224).

 

 

 

 

8

 

L’ÉPÉE

 

 

              « L’épée du Seigneur est rapide et puissante, et plus affilée qu’une épée à double tranchant ».

 

              De même que la Baguette est Chokmah, la Volonté, “le Père”, et la Coupe la Compréhension, “la Mère”, Binah; ainsi l’Épée Magicke est la Raison, “le Fils”, les six Séphiroth du Ruach, et nous verrons que le Pantacle correspond à Malkuth, “la Fille”.

 

              L’ÉPÉE MAGICKE EST LA FACULTÉ ANALYTIQUE; dirigée contre un démon elle attaque sa complexité.

 

              SEUL LE SIMPLE PEUT RÉSISTER À L’ÉPÉE. Si nous sommes en-dessous de l’Abîme, cette arme est alors entièrement destructrice : elle divise Satan contre Satan. C’est seulement dans les formes inférieures de Magick, les formes purement humaines, que l’Épée est devenue une arme si importante. Une dague devrait suffire.

 

              Mais l’esprit de l’homme est habituellement d’une telle importance pour lui que l’épée est en fait la plus grande de ses armes; heureux celui à même de se contenter de la dague !

 

              La poignée de l’Épée sera de cuivre.

 

              La garde est constituée des deux croissants de la lune croissante et décroissante — dos à dos. Des sphères sont disposées entre eux, formant un triangle équilatéral avec la sphère du pommeau.

 

              La lame est droite, pointue, et affilée jusqu’à la garde. Elle est faite d’acier, afin d’équilibrer avec la poignée, car l’acier est le métal de Mars, et le cuivre celui de Vénus.

 

              Ces deux planètes sont mâle et femelle — et reflètent ainsi la Baguette et la Coupe, quoique dans un sens plus inférieur.

 

              La poignée est de nature Vénusienne, car L’AMOUR EST LE MOBILE DE CETTE ANALYSE IMPITOYABLE — si ce n’était pas le cas l’épée serait une arme de Magie Noire.

 

              Le pommeau de l’Épée est en Daäth, la garde s’étend à Chesed et Geburah; la pointe est en Malkuth. Certains Mages font les trois sphères respectivement de plomb, d’étain, et d’or; les lunes sont d’argent, et la poignée contient du vif-argent, rendant ainsi l’Épée symbolique des sept planètes. Mais il s’agit là d’une fantaisie et affectation.

 

              « Qui a vécu par l’épée périra par l’épée » est une promesse, et non une menace, mystique. C’est notre propre complexité qui doit être détruite.

 

              Voici une autre parabole. Pierre, la Pierre des Philosophes, coupe l’oreille de Malchus, le serviteur du Grand Sacrificateur (l’oreille est l’organe de l’Esprit). Lors de l’analyse, la partie spirituelle de Malkuth doit en être séparée par la pierre philosophale, et ensuite Christus, l’Oint, la restitue une fois de plus. « Solve et coagula ! ».

 

              Il est remarquable que cela se produise lors de l’arrestation du Christ, qui est le Fils, le Ruach, juste avant sa crucifixion.

 

              La Croix du Calvaire doit comporter six carrés, un cube déplié, ce cube étant la même pierre philosophale.

 

              La méditation révélera bien des mystères cachés dans ce symbole.

 

              L’Épée ou Dague est attribuée à l’air, errant partout, pénétrant tout, mais instable; pas un phénomène subtil comme le feu, pas une combinaison chimique comme l’eau, mais un mélange de gaz (1).

 

              L’Épée, nécessaire comme elle l’est au Débutant, n’est qu’une arme fruste. Son rôle consiste à écarter les ennemis ou à se frayer un passage parmi eux — et bien qu’elle doive être maniée pour se faire admettre au palais, elle ne peut être portée à la fête nuptiale.

 

              L’on pourrait dire que le Pantacle est le pain de la vie, et l’Épée le couteau qui le coupe. L’on doit avoir des idées, mais l’on doit aussi les soumettre à la critique.

 

              L’Epée est également cette arme avec laquelle on frappe de terreur les démons et par laquelle on les domine. L’on doit garder l’Ego Seigneur des impressions. On ne doit pas permettre que le cercle soit brisé par le démon; on ne doit pas se laisser emporter par n’importe quelle idée.

 

              L’on verra bientôt à quel point tout ceci est très élémentaire et mensonger — quoique nécessaire pour le débutant.

 

              Dans toutes les relations avec les démons, la pointe de l’Épée est dirigée vers le bas, et elle ne sera pas employée lors des invocations, comme on l’apprend dans certaines écoles de magick.

 

              Si l’Épée est orientée ves la Couronne, ce n’est plus réellement une épée. La Couronne ne peut être divisée. Assurément l’Épée ne sera pas dressée.

 

              L’Épée peut cependant être tenue des deux mains, et gardée ferme et érigée, symbolisant le fait que la pensée est devenue une avec l’aspiration unique, brûlant comme une flamme. Cette flamme est le Shin, le Ruach Alhim, et non le simple Ruach Adam. Pas la conscience humaine, la divine.

 

              LE MAGICIEN NE PEUT MANIER L’ÉPÉE À MOINS QUE LA COURONNE NE SOIT SUR SA TÊTE.

 

              Ces Magiciens qui ont tenté de faire de l’Épée la seule arme, ou même la principale, n’ont réussi qu’à se détruire eux-mêmes, non par la destruction de la combinaison, mais par celle issue de la division (2). La faiblesse triomphe de la force.

 

              L’édifice politique le plus stable de l’histoire a été celui de la Chine, principalement basé sur la politesse; et celui de l’Inde s’est révélé suffisamment fort pour absorber ses nombreux conquérants (3).

 

              L’Épée a été la grande arme du siècle dernier. Toutes les idées furent attaquées par les penseurs, et aucune ne résista à l’assaut. D’où l’effondrement de la civilisation.

 

              Il ne reste aucun principe sûr. De nos jours, tout art de gouverner constructif repose sur l’empirisme ou l’opportunisme. L’on s’est même demandé s’il existait une véritable parenté entre la Mère et son Enfant, ou une véritable distinction entre Mâle et Femelle.

 

              L’esprit humain, au désespoir, s’apercevant de l’imminence de la folie dans la destruction de ces images cohérentes, a tenté de les remplacer par des idéaux qui ne sont sauvés de la mort, au moment de leur naissance, que grâce à leur imprécision.

 

              La Volonté du Roi était au moins constatable à tout moment; personne n’a encore trouvé un moyen pour connaître celle du peuple.

 

              Toute action consciemment voulue est contrariée; la marche des événements n’est plus, désormais, qu’inertie.

 

              Que le Magicien considère ces questions avant de prendre l’Épée en main. Qu’il comprenne que le Ruach, cette combinaison branlante de 6 Séphiroth, uniquement liées ensemble par leur attachement à la volonté humaine de Tiphereth, doit être déchiré en deux.

 

              L’ESPRIT DOIT ÊTRE RUINÉ DANS UNE SORTE DE DÉMENCE AVANT D’ÊTRE TRANSCENDÉ.

 

              David a dit : « Je hais les pensées ».

 

              Les Hindous disent : « Ce qui peut être pensé ne peut être vrai ».

 

              Paul a dit : « L’esprit de la chair est inimitié envers Dieu ».

 

              Et toute personne méditant ne serait-ce qu’une heure découvrira rapidement comment les rafales de ce vent errant font vaciller sa flamme. « Le vent souffle là où il lui plaît ». L’homme ordinaire est moins qu’un brin de paille (4).

 

              Certaines personnes ont supposé que la relation entre le Souffle et l’Esprit n’existait qu’au niveau étymologique. Mais leur relation est bien plus réelle (5).

 

              Dans tous les cas, IL Y A INDUBITABLEMENT UNE RELATION ENTRE LES FONCTIONS RESPIRATOIRES ET MENTALES. L’ÉTUDIANT S’EN RENDRA COMPTE EN PRATIQUANT PRANAYAMA. PAR CET EXERCICE, CERTAINES PENSÉES SONT EXCLUES, ET CELLES QUI VIENNENT À L’ESPRIT Y VIENNENT PLUS LENTEMENT, ET AINSI L’ESPRIT A LE TEMPS DE PERCEVOIR LEUR FAUSSETÉ ET DE LES DÉTRUIRE.

 

              Sur la lame de l’Épée Magicke est gravé le nom AGLA, un Notariqon formé des initiales de la phrase Ateh Gibor Leolahm Adonai, « À Toi la Puissance au-travers des Siècles, Ô mon Seigneur ».

 

              Et l’acide qui ronge l’acier sera de l’huile de vitriol. Vitriol est un Notariqon de « Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem ». C’est-à-dire : En examinant toutes choses et en les mettant en harmonie et en proportions, tu trouveras la pierre cachée, la même pierre des philosophes dont nous avons déjà parlée, celle qui change tout en or. Cette huile qui peut ronger l’acier est, du reste, celle dont il est dit, dans le Liber LXV, i, 16 : « Tel un acide rongeant l’acier... voici ce que je suis à l’Esprit de l’Homme. »

 

              Notez combien est étroitement tressé tout ce symbolisme !

 

              Le centre du Ruach étant le cœur, l’on voit que cette Épée du Ruach doit être plongée par le Magicien dans son propre cœur.

 

              Mais il y a une tâche subséquente, dont il est dit — Liber VII, V, 47 : « Il doit attendre l’Épée du Bien-Aimé et dénuder sa gorge pour le coup ». Dans la gorge se trouve Daäth — le trône du Ruach. Daäth est Connaissance. LA DESTRUCTION FINALE DE LA CONNAISSANCE OUVRE LA PORTE DE LA CITÉ DES PYRAMIDES.

 

              Il est aussi écrit, Liber CCXX, iii, 11 : « Que la femme soit ceinte d’une épée devant moi ». Mais ceci se rapporte à Vedana s’armant de Sanna, la clarté de perception triomphant de l’émotion.

 

              Il est aussi dit, dans le Liber LXV, V, 14, de l’Épée d’Adonai, qu’elle « a quatre lames, la lame de la Foudre, la lame du Pylône, la lame du Serpent, la lame du Phallus ».

 

              Mais cette Épée n’est pas pour le Magicien ordinaire. Car c’est l’Épée flamboyant dans toutes les directions qui garde l’Eden, et en cette Épée la Baguette et la Coupe sont dissimulées — et ainsi, bien que l’être du Magicien soit ravagé par la Foudre, et empoisonné par le Serpent, au même moment les organes dont l’union est le suprême sacrement sont laissés en lui.

 

              À la venue d’Adonai l’individu est détruit dans les deux sens. Il est brisé en un millier d’éclats, et néanmoins dans le même temps uni au simple (6).

 

              St Paul parle également de ceci dans son Épître à l’Église de Thessalonique : « Car le Seigneur descendra des Cieux, avec un cri, avec la voix d’un Archange, et avec la trompette de Dieu; et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront les premiers. Puis, nous les vivants, qui serons restés, serons enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons pour toujours avec le Seigneur. »

 

              L’interprétation stupide de ce verset comme prophétique d’un “second avènement” n’a pas à nous concerner; chacun de ses mots mérite cependant une profonde réflexion.

 

              “Le Seigneur” est Adonai — qui est le mot Hébreu pour “mon Seigneur”; et Il descend des cieux, l’Eden supernel, le Sahasrara Cakkra dans l’homme, avec un “cri”, une “voix”, et une “trompette”, encore des symboles liés à l’air, car c’est l’air qui transmet le son. Ces sons se rapportent à ceux entendus par l’Adepte au moment de l’extase.

 

              Ceci est très correctement représenté par l’Atout du Tarot intitulé “l’Ange”, qui correspond à la lettre Shin, la lettre de l’Esprit et du Souffle.

 

              L’esprit humain tout entier est déchiré par l’avènement d’Adonai, et se trouve au même instant uni à Lui. “Dans les airs”, le Ruach.

 

              Notez qu’étymologiquement le mot oun, “avec”, est le Sanskrit Sam; et que l’ADNI Hébreu est l’ADHI Sanskrit.

 

              L’expression “avec le Seigneur” est donc littéralement identique au mot Samadhi, qui est le nom Sanskrit du phénomène décrit par St Paul, cette union de l’ego et du non-ego, du sujet et de l’objet, le mariage chymique, et donc identique au symbolisme de la Rose-Croix, sous un aspect légèrement différent.

 

              Et puisque le mariage ne peut advenir qu’entre un et un, il est évident qu’aucune idée ne peut être ainsi unie à moins d’être simple.

 

              TOUTE IDÉE DOIT PAR CONSÉQUENT ÊTRE ANALYSÉE PAR L’ÉPÉE. ET DONC, AUSSI, IL NE DOIT Y AVOIR QU’UNE SEULE PENSÉE À L’ESPRIT DE L’HOMME QUI MÉDITE.

 

              Nous pouvons maintenant en venir à considérer l’usage de l’Épée dans la purification des émotions liées aux perceptions.

 

              C’était le rôle de la Coupe que d’interpréter les perceptions par les tendances; L’ÉPÉE LIBÈRE LES PERCEPTIONS DE LA TOILE DE L’ÉMOTION.

 

              Les perceptions sont vides de sens en elles-mêmes; mais les émotions sont pires, car elles trompent leur victime en lui faisant croire qu’elles sont significatives et justes.

 

              TOUTE ÉMOTION EST UNE OBSESSION; le plus horrible des blasphèmes est d’attribuer une quelconque émotion à Dieu dans le macrocosme, ou à l’âme pure dans le microcosme.

 

              Comment ce qui existe par soi-même, qui est total, pourrait-il être mû ? Il est même écrit que « mouvement autour d’un point est iniquité ».

 

              Mais si le point lui-même pouvait être mû, il cesserait alors d’être lui-même, car la position est le seul attribut du point.

 

              Le Magicien devra donc se rendre entièrement libre à cet égard.

 

              C’est une constante pratique des démons que de tenter de terrifier, choquer, dégoûter, séduire. À tout ceci doit-il opposer l’Acier de l’Épée. S’il a réussi à se débarrasser de l’idée d’ego, cette tâche lui sera relativement aisée; dans le cas contraire elle lui sera presque impossible. Comme dit le Dhammapada :

 

Il me maltraita, et il me battit, il me vola, il m’insulta :

En qui de telles pensées trouvent asile, jamais la haine ne cessera d’exister.

 

              Et cette haine est la pensée qui inhibe l’amour dont l’apothéose est Samadhi.

 

              Mais ce serait trop espérer du jeune Magicien qu’il pratique l’affection envers ce qui lui est désagréable; qu’il devienne d’abord indifférent. Qu’il s’efforce de voir les faits en tant que faits, aussi simplement que s’il s’agissait de faits historiques. Qu’il évite l’interprétation imaginative des faits. Qu’il ne s’assimile pas aux protagonistes des faits relatés, ou s’il le fait, que ce soit seulement avec la compréhension pour objectif. La sympathie (7), l’indignation, l’éloge et le blâme, sont déplacés chez l’observateur.

 

              Personne n’a correctement considéré la question de la quantité et de la qualité de la lumière fournie par des bougies faites par des Chrétiens au teint de cire.

 

              Qui sait quel morceau du missionnaire ordinaire est préféré des gastronomes ? Que les Catholiques mangent mieux que les Presbytériens n’est qu’une question de conjecture.

 

              Encore que les propos de ce genre soient les seuls ayant quelque importance au moment où se produisent les événements.

 

              Néron ne s’occupa pas de ce que la postérité encore à naître pourrait penser de lui; il est difficile de prêter aux cannibales l’espoir que le récit de leurs exploits induira de vieilles dames pieuses à renouveler leur garde-manger.

 

              Il y a très peu de gens qui aient jamais vraiment vu une corrida. Certains y vont pour les sensations fortes, d’autres pour l’excitation perverse que l’horreur, réelle ou simulée, est en mesure de leur procurer. Très peu de gens savent que le sang fraîchement répandu en plein soleil fournit peut-être l’une des plus belles couleurs disponibles dans la nature.

 

              C’est un fait notoire qu’il est pratiquement impossible d’obtenir une description fiable de ce qui se produit lors d’une séance de spiritisme; les émotions troublent la vision.

 

              Uniquement dans le calme absolu du laboratoire, où l’observateur est parfaitement indifférent à ce qui peut survenir, voulant seulement observer avec exactitude ce qu’est cet événement, le mesurer et le peser au moyen d’instruments incapables d’émotions, là oui on peut commencer à espérer une relation fidèle de ce qui se passe. Même les fondements physiques ordinaires de l’émotion, telles la conscience du plaisir ou de la douleur, mènent infailliblement l’observateur à l’erreur. Et ceci même s’ils ne sont pas suffisamment stimulés pour troubler l’esprit.

 

              Plongez une main dans un bassin d’eau chaude, l’autre dans un bassin d’eau froide, puis les deux ensemble dans un bassin d’eau tiède; une des mains restera chaude, l’autre froide.

 

              Et même les instruments, leurs propriétés physiques, telles l’expansion et la contraction (que l’on pourrait appeler, d’une certaine façon, les sources du plaisir et de la souffrance), sont causes d’erreur.

 

              Fabriquez un thermomètre et le verre est si excité par l’inéluctable fonte qu’année après année, durant une trentaine ou plus, la hauteur du mercure continuera de changer; alors combien plus avec une matière aussi malléable que l’esprit ! IL N’EST AUCUNE ÉMOTION QUI NE LAISSE UNE MARQUE SUR L’ESPRIT, ET TOUTES LES MARQUES SONT DES MARQUES D’INFAMIE. L’espoir et la crainte ne sont que les phases opposées d’une émotion unique; toutes deux sont incompatibles avec la pureté de l’âme. Pour ce qui est des passions de l’homme, le cas est quelque peu différent, car elles sont fonctions de sa volonté propre. Elles doivent être disciplinées, et non être supprimées. Mais l’émotion est imprimée par l’extérieur. Il s’agit une invasion du cercle.

 

              Comme dit le Dhammapada :

 

              Une maison mal couverte est à la merci du vent et de la pluie;

              Ainsi la passion a le pouvoir de s’introduire dans un esprit irréfléchi.

              Une maison bien couverte est à l’abri de la fureur du vent et de la pluie;

              Ainsi la passion ne peut envahir un esprit bien ordonné.

 

              QUE L’ÉTUDIANT S’EXERCE DONC À OBSERVER CES CHOSES QUI NORMALEMENT SUSCITENT CHEZ LUI UNE ÉMOTION; ET, AYANT RÉDIGÉ UNE DESCRIPTION ATTENTIVE DE CE QU’IL VOIT, QU’IL VÉRIFIE SA VALIDITÉ AVEC L’AIDE D’UNE PERSONNE FAMILIARISÉE AVEC DE TELS MIRAGES.

 

              Les opérations chirurgicales et les filles en train de danser sont des champs fertiles pour le débutant.

 

              En lisant des livres émotifs, tels ceux infligés à la jeunesse, qu’il s’efforce toujours de voir les choses d’un point de vue opposé à celui de l’auteur. Cependant qu’il n’imite pas l’enfant partiellement affranchi se plaignant, à la vue d’une image du Colisée, qu’il « y avait un pauvre petit lion qui n’avait pu se mettre de Chrétien sous la dent », sauf en tout premier lieu. La critique hostile est le premier pas; le second doit mener plus loin.

 

              Ayant suffisamment sympathisé à la fois avec les lions et les Chrétiens, qu’il ouvre ses yeux à ce que sa sympathie lui avait jusqu’ici voilé : à savoir que cette image est abominablement conçue, abominablement composée, abominablement dessinée, et abominablement coloriée, comme il est à peu près certain qu’elle le soit.

 

              Qu’il n’en reste pas là et s’attache ensuite à l’étude de ces maîtres qui, dans le domaine de la science ou celui de l’art, ont porté un regard avec un esprit non teinté par l’émotion.

 

              Qu’il apprenne à détecter les idéalisations, à les critiquer et à les corriger.

 

              Qu’il comprenne la fausseté de Raphaël, Watteau, Leighton, Bouguereau; qu’il apprécie la véracité de John, Rembrandt, le Titien, O’Conor.

 

              De semblables recherches en littérature et en philosophie mèneront à des résultats identiques. Mais qu’il ne néglige point l’analyse de ses propres émotions; car il ne peut juger les autres avant d’en avoir triomphé.

 

              Cette analyse peut être effectuée de diverses manières; l’une est la voie matérialiste. Par exemple, opprimé par un cauchemar, qu’il l’explique ainsi : « Ce cauchemar est une congestion cérébrale ».

 

              La manière rigoureuse d’y aboutir par la méditation est Mahasatipatthana (8), mais elle devra à tout instant être assistée d’un effort pour estimer les événements à leur véritable valeur. Leur relativité devra tout particulièrement être considérée avec soin.

 

              Votre rage de dents n’affecte personne au-delà d’un très petit cercle d’individus. Les inondations en Chine ne sont pour vous qu’un entrefilet dans le journal. La destruction du monde elle-même n’aurait guère d’importance sur Sirius. Il est même difficile d’imaginer les astronomes de Sirius à même de percevoir une perturbation aussi insignifiante.

 

              Maintenant, considérant que Sirius elle-même n’est seulement, pour autant que vous le sachiez, que l’une et l’une des moins importantes idées de votre esprit, pourquoi celui-ci serait-il troublé par une rage de dents ? Il n’est pas possible de s’étendre sur ce point sans tautologie, car il est très simple; mais il doit être mis en relief pour cette même raison. WOU ! WOU ! WOU ! WOU ! WOU ! (9).

 

              Par rapport à la morale, cela devient de nouveau essentiel, car pour beaucoup de gens il semble impossible de considérer les mérites d’un acte sans longuement aborder un certain nombre de questions sans véritable relation avec celle d’origine.

 

              La Bible a été mal traduite par des érudits parfaitement compétents parce qu’ils avaient à tenir compte de la théologie en cours. L’exemple le plus flagrant en est le “Cantique des Cantiques”, un échantillon typique d’érotisme Oriental. Mais ne pouvant convenir tel quel à un livre canonique, ils durent prétendre qu’il était symbolique.

 

              Ils tentèrent d’épurer la grossièreté des expressions, mais même leur hardiesse se montra au-dessous de la tâche.

 

              Cette forme de malhonnêteté atteint son apogée dans l’expurgation des classiques. « La Bible est la Parole de Dieu, écrite par de saints hommes, inspirés par l’Esprit Saint. Mais nous allons retrancher ces passages que nous estimons inopportuns. », « Shakespeare est notre plus grand poète — mais bien entendu il est tout à fait épouvantable. », « Personne ne peut surpasser les poèmes lyriques de Shelley mais nous devons prétendre qu’il n’était pas athée. »

 

              Certains traducteurs ne pouvaient souffrir l’idée que les païens Chinois puissent utiliser le mot Shang Ti, et prétendirent qu’il ne signifiait pas Dieu. D’autres, contraints d’admettre qu’il signifiait bien Dieu, expliquèrent que l’usage de ce terme montrait que « Dieu ne saurait se priver de laisser un témoignage de son existence, même à la plus idolâtre des nations. Ils ont été mystérieusement obligés de l’employer, sans connaître sa signification. » Tout cela à cause de leur conviction affective d’être supérieurs aux Chinois.

 

              L’exemple le plus aveuglant est celui fourni par l’histoire de l’étude du Bouddhisme.

 

              Les premiers érudits ne pouvaient tout simplement pas comprendre que le canon Bouddhiste nie l’âme, regarde l’ego comme une illusion causée par une faculté particulière de l’esprit malade, ils ne pouvaient comprendre que le but du Bouddhiste, Nibbana, n’était en aucune manière différent du leur, le Paradis, en dépit de la parfaite clarté de langage de dialogues tels ceux entre l’Arahat Nagasena et le Roi Milinda; et leurs efforts pour accorder le texte à leurs préconceptions restera comme l’une des grandes folies du sage.

 

              En outre, il est quasi impossible au Chrétien bien élevé de réaliser que Jésus-Christ mangeait avec ses doigts. L’avocat de la sobriété fera croire que le vin aux noces de Cana n’était pas alcoolisé.

 

              C’est une sorte de syllogisme dément.

 

Personne que je respecte ne fait ceci.

Je respecte Untel.

Par conséquent, Untel ne fait pas ceci.

 

              Le moraliste d’aujourd’hui devient furieux si quelqu’un lui rappelle le fait que pratiquement tous les grands hommes de l’histoire furent énormément et notoirement immoraux.

 

              Assez de ce sujet pénible !

 

              Aussi longtemps que nous tenterons d’adapter les faits aux théories au lieu d’adopter l’attitude scientifique consistant à remanier les théories (lorsque c’est nécessaire) pour qu’elles s’adaptent aux faits, nous resterons embourbés dans le mensonge.

 

              Le dévot reproche au scientifique son ouverture d’esprit, sa faculté d’adaptation. « Dites un mensonge et tenez-vous-y ! » est leur règle d’or.

 

              Il n’est pas besoin d’expliquer, même au plus humble étudiant de la magick de la lumière, vers quoi tend pareille ligne de conduite.

 

              Que la Genèse soit dans le vrai ou que ce soit la géologie, un géologue croyant à la genèse ira dans la Géhenne. « Tu ne peux servir Dieu et Mammon ».

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : L’Oxygène de l’air serait trop ardent pour la vie; il doit être largement dilué dans le nitrogène inerte.

 

              L’esprit raisonnable soutient la vie, mais environ soixante-dix-neuf pour cent refusent non seulement d’entrer en combinaison, mais empêchent les vingt-et-un pour cent qui restent de le faire. Les enthousiasmes sont réprimés; l’intellect est le grand ennemi de la dévotion. L’une des tâches du Magicien consiste à parvenir tant bien que mal à séparer l’Oxygène du Nitrogène dans son esprit, à étouffer les quatre cinquièmes afin de pouvoir brûler totalement le restant, une flamme de sainteté. Mais ceci ne peut être effectué à l’aide de l’Épée.

 

(2) NDAC : L’on notera que l’ambiguïté du mot “destruction” a été la cause de bien des malentendus. Solve est destruction, mais Coagula aussi. L’objectif du Magus est de détruire sa pensée partiale en l’unissant à la Pensée Universelle, et non d’élargir une brèche et division dans la Totalité.

 

(3) NDAC : La caste des Brahmanes n’est pas aussi sévère que celle des “nés-du-ciel” (l’Administration Indienne).

 

(4) NDAC : Mais, comme on dit, Similia similibus curantur, nous trouvons aussi ce Ruach comme symbole de l’Esprit. RVCh ALHIM, l’Esprit de Dieu, vaut 300, le nombre de la sainte lettre Shin. Étant le souffle, qui est double par nature, les deux tranchants de l’Épée, la lettre H symbolise la respiration, et H est la lettre du Bélier — la Maison de Mars, de l’Épée : et H est également la lettre de la Mère; voici le lien entre l’Épée et la Coupe.

 

(5) NDAC : Il est incontestable que Ruach signifie à l’origine “ce qui bouge ou tourne”, “une marche”, “une roue”, “le vent”, et que son sens dérivé fut esprit à cause de l’observation de l’instabilité de ce dernier, et de sa tendance au mouvement circulaire. “Spiritus” n’en vint à signifier Esprit dans le sens moderne, technique, qu’en raison des efforts des théologiens. Nous avons un exemple de l’emploi correct du mot dans l’expression : Esprit de Vin — la partie aérienne du vin. Mais le mot “inspirer”, lui, tire peut-être son origine de l’observation du dérèglement de la respiration chez les personnes en état de divine extase.

 

(6) NDAC : Comparez avec la première série de versets du Liber XVI (XVI, dans le Taro, est Pé, Mars, l’Épée).

 

(7) NDAC : Il est vrai que la sympathie est quelquefois nécessaire à la compréhension.

 

(8) NDAC : Voir Crowley, Œuvres Choisies, vol. ii, pp. 252-254.

 

(9) NDAC : En m’interrompant dans le style canin, l’aboiement d’un chien, dans une semaine ou deux, vous rappellera ceci.

 

 

 

 

9

 

LE PANTACLE

 

 

              DE MÊME QUE LA COUPE MAGICKE EST LA NOURRITURE CÉLESTE DU MAGUS, LE PANTACLE MAGICKE CONSTITUE SA NOURRITURE TERRESTRE.

 

              La Baguette était sa force divine, et l’Épée sa force humaine.

 

              La Coupe est creuse afin de recevoir l’influence d’en haut. Le Pantacle est plat comme les fertiles prairies de la terre.

 

              Le nom Pantacle implique une représentation du Tout, omne in parvo; mais ceci par une transformation magique du Pantacle. De même que nous avons rendu l’Épée symbolique de tout par la force de notre Magick, ainsi œuvrerons-nous sur le Pantacle. Ce qui n’est qu’un morceau de pain ordinaire doit devenir le corps de Dieu !

 

              La Baguette était la volonté de l’homme, sa sagesse, sa parole; la Coupe était sa compréhension, le véhicule de la grâce; l’Épée était sa raison; et LE PANTACLE SERA SON CORPS, LE TEMPLE DU SAINT-ESPRIT.

 

              Quelle est la longueur de ce Temple ?

 

              Du Nord au Sud.

 

              Quelle est la largeur de ce Temple ?

 

              De l’Est à l’Ouest.

 

              Quelle est la hauteur de ce Temple ?

 

              De l’Abîme à l’Abîme.

 

              Il n’y a donc rien de mobile ou d’immobile sous la voûte céleste qui ne soit compris dans ce pantacle, bien qu’il fasse « huit pouces de diamètre et un demi-pouce d’épaisseur » (1).

 

              Le feu n’est pas vraiment de la matière; l’eau est une combinaison d’éléments; l’air est presque entièrement un mélange d’éléments; la terre les contient tous en admixtion et en combinaison.

 

              Ainsi doit-il en être avec ce Pantacle, le symbole de la terre.

 

              Et ce Pantacle étant de cire vierge, n’oubliez pas que « tout ce qui vit est saint ».

 

              TOUT PHÉNOMÈNE EST UN SACREMENT. Tout fait et même tout mensonge doivent rentrer dans le Pantacle; il est le grand magasin auquel s’approvisionne le Magicien.

 

              « Dans les gâteaux de céréales bruns nous goûterons la nourriture du monde et deviendrons forts » (2).

 

              Lorsque nous parlions de la Coupe, nous avons montré comment chaque fait doit être rendu significatif, comment chaque pierre doit trouver sa place juste dans la mosaïque. Malheur à la pierre mal placée ! Mais cette mosaïque ne peut être tout à fait ouvragée, en bien comme en mal, avant que toutes les pierres ne soient présentes.

 

              Ces pierres sont LES EXPÉRIENCES OU SIMPLES IMPRESSIONS; PAS UNE NE PEUT ÊTRE PRÉVUE À L’AVANCE.

 

              Ne refusez rien sous le simple prétexte qu’il s’agit de la coupe de poison offerte par votre ennemi; buvez-la avec confiance; c’est lui qui tombera raide mort !

 

              Comment pourrais-je situer l’art Cambodgien à sa place exacte dans l’histoire de l’art si je n’ai jamais entendu parler du Cambodge ? Comment le Géologue peut-il estimer l’âge de ce qui réside sous la craie à moins de posséder quelques notions totalement étrangères à la géologie, telles celles relatives à l’histoire de la vie des animaux dont la craie constitue les restes ?

 

              Il y a là une très grande difficulté pour le Magicien. Il ne lui est pas possible d’avoir toutes les expériences, et bien qu’il puisse se consoler philosophiquement avec la pensée que l’Univers est contigu à l’expérience qu’il vit, il verra croître cette dernière à une allure telle durant les premières années de sa vie qu’il peut presque être tenté de croire dans la possibilité d’expériences bien au-delà de la sienne, et d’un point de vue pratique il lui semblera être confronté à tellement de voies de connaissance qu’il en sera désorienté, ne sachant lesquelles choisir.

 

              L’âne hésitait entre deux chardons; combien pire l’épreuve de cet âne bien plus grand, cet âne incomparablement plus grand, hésitant entre deux mille !

 

              Par bonheur cela n’importe pas beaucoup; mais il devra au moins choisir ces branches de la connaissance qui aboutissent aux problèmes universels.

 

              Il n’en choisira pas une mais plusieurs, et elles devront être de nature aussi différente que possible.

 

              Il est important qu’il s’efforce d’exceller dans tel ou tel sport, et que ce sport soit le plus apte à entretenir sa santé physique.

 

              Il devra posséder une profonde connaissance des études classiques, des mathématiques et de la science; et aussi suffisamment connaître les langues modernes et les différentes coutumes afin de pouvoir voyager dans n’importe quelle partie du monde dans l’aisance et la sécurité.

 

              Il peut étudier l’histoire et la géographie autant qu’il le désire; et ce qui l’intéressera le plus dans n’importe quelle matière sera justement son lien avec quelque autre matière, ce afin que son Pantacle ne manque pas de ce que les peintres nomment “composition”.

 

              Il s’apercevra qu’aussi bonne sa mémoire puisse-t-elle être, dix mille impressions lui viennent à l’esprit pour une seule qu’il peut retenir ne serait-ce que le temps d’une journée. Et l’excellence de la mémoire réside dans la sagesse de ses choix.

 

              LES MEILLEURES MÉMOIRES JUGENT ET SÉLECTIONNENT DE TELLE SORTE QUE PRATIQUEMENT RIEN N’EST RETENU QUI N’OFFRE QUELQUE COHÉRENCE AVEC LE PLAN GÉNÉRAL DE L’ESPRIT.

 

              Tous les Pantacles contiendront les conceptions fondamentales du cercle et de la croix, bien que certains préféreront remplacer la croix par un point, ou par un Tau, ou par un triangle. La Vesica Piscis est quelquefois employée en lieu et place du cercle, ou le cercle peut être conçu comme un serpent. Le temps, l’espace, et l’idée de causalité sont quelquefois représentés; de même les trois étapes de l’histoire de la philosophie, au cours de laquelle les trois objets d’étude furent successivement la Nature, Dieu, et l’Homme.

 

              La dualité de la conscience est aussi quelquefois représentée; et l’Arbre de Vie lui-même y peut figurer, ou les catégories (3). Un emblème du Grand Œuvre pourra être ajouté. Mais LE PANTACLE SERA IMPARFAIT À MOINS QUE CHAQUE IDÉE NE SOIT MISE EN CONTRASTE, D’UNE MANIÈRE ÉQUILIBRÉE, AVEC SON OPPOSÉE, ET À MOINS QUE N’EXISTE UNE INÉLUCTABLE RELATION ENTRE CHAQUE PAIRE D’IDÉES ET CHAQUE AUTRE.

 

              Le Néophyte fera peut-être bien de faire les premières esquisses de son Pantacle très vastes et complexes, pour les simplifier ultérieurement, moins par exclusion que par combinaison, tel le Zoologue qui, commençant par les quatre grands Singes et l’Homme, les regroupe tous sous la seule dénomination de “primates”.

 

              Il n’est pas sage de trop simplifier, l’hiéroglyphe final devant être un infini. La résolution terminale n’étant pas effectuée, son symbole ne doit pas être décrit.

 

              Si quelqu’un réussissait à approcher V.V.V.V.V. (4), et Lui demandait de discourir sur quelque sujet que ce soit, il y a peu de chances pour qu’Il réponde autrement que par un silence ininterrompu, et même cela ne saurait être totalement satisfaisant, puisque le Tao Teh King nous dit que le Tao ne peut être exprimé ni par le silence ni par la parole.

 

              Dans cette tâche préliminaire, celle d’assembler des matériaux, l’idée d’Ego n’est pas d’une si grande importance; toutes les impressions sont des phases du non-ego, et l’Ego sert seulement de réceptacle. De fait, pour l’esprit bien réglé, il suffit de savoir que les impressions sont réelles, et que l’esprit, s’il n’est pas une tabula rasa, se trouve ne pas l’être qu’en raison des “tendances” ou “idées innées” empêchant certaines idées d’être accueillies aussi volontiers que d’autres (5).

 

              Ces “tendances” doivent être combattues : il convient d’insister sur les faits déplaisants jusqu’à ce que l’Ego devienne parfaitement indifférent à la nature de son alimentation.

 

              « De même que le diamant luira rouge pour la rose, et vert pour la feuille de rose, ainsi dois-tu te tenir à l’écart des Impressions ».

 

              Cette grande tâche consistant à séparer le moi des impressions ou “vrittis” est l’une des nombreuses significations de l’aphorisme “solvé”, répondant au “coagula” impliqué dans Samadhi, et CE PANTACLE REPRÉSENTE PAR CONSÉQUENT TOUT CE QUE NOUS SOMMES, LA RÉSULTANTE DE TOUT CE QUE NOUS AVONS TENDANCE À ÊTRE.

 

              Dans le Dhammapada, nous lisons :

 

              Tout ce que nous sommes résulte de l’esprit; sur l’esprit

                             est fondé, construction de l’esprit;

              Qui agit ou parle avec mauvaise pensée fait que la souffrance

                             s’ensuit, certaine et aveugle.

              Ainsi le bœuf plante-il son pied, et ainsi la roue du char

                             le suit-elle de près.

 

              Tout ce que nous sommes résulte de l’esprit; sur l’esprit

                             est fondé, construction de l’esprit;

              Qui agit ou parle avec pensée juste trouvera assurément

                             le bonheur.

              Immanquablement l’ombre est projetée à sa place assignée.

 

              Le Pantacle est dans un sens identique au Karma ou Kamma du Magicien.

 

              Le Karma d’un homme est son livre de comptes. Le bilan n’a pas été dressé, et il ne sait pas en quoi il consiste; il n’est même pas entièrement au fait des dettes qu’il peut avoir à payer, ou de ce qui lui est dû; ni des dates auxquelles deviendront payables les versements qu’il escompte.

 

              Un commerce géré de cette manière serait dans un bordel effroyable; et nous nous apercevons que, de fait, l’homme est justement dans un tel bordel. Tandis qu’il œuvre jour et nuit à quelque détail mineur de ses affaires, il se peut qu’une force colossale avance pedo claudo pour le rattraper.

 

              Les inscriptions dans ce “livre de comptes” sont forcément illisibles pour l’homme ordinaire; la méthode permettant de les décrypter est fournie dans cet important enseignement de l’AA nommé “Thisharb”, Liber CMXIII (6).

 

              Maintenant, considérons que ce Karma est tout ce qu’un homme est ou a. Son objectif final est de s’en débarrasser entièrement — lorsqu’arrive le moment critique de l’abandon (7) du Moi au Bien-Aimé; mais au début le Magicien n’est pas ce Moi, il n’est que le tas d’ordures à partir duquel ce Moi doit être construit. Les instruments Magiques doivent être fabriqués avant d’être détruits.

 

              Cette idée de Karma a été confondue, par beaucoup qui auraient pu être mieux au fait, y compris le Bouddha, avec les notions de justice idéale et de châtiment.

 

              Il y a cette histoire de l’un des Arahats du Bouddha qui, étant aveugle, tuait accidentellement bon nombre d’insectes en se promenant de long en large. (Le Bouddhiste considère la destruction de la vie comme le crime le plus affreux). Ses frères Arahats s’enquérirent de ce qu’il en était, et Bouddha leur débita une histoire selon laquelle, lors d’une précédente incarnation, il avait dans sa malveillance privé une femme de la vue. Ce n’est qu’un conte de fées, un épouvantail pour effrayer les enfants, et probablement la pire manière d’influencer les jeunes jamais issue de la stupidité humaine.

 

              Le Karma n’œuvre pas du tout de cette manière.

 

              De toute façon, les fables morales doivent être très soigneusement confectionnées, ou elles peuvent s’avérer dangereuses pour ceux qui s’en servent.

 

              Vous vous souviendrez de la Colère et de la Patience de Bunyan : la vilaine Colère s’amusait avec tous ses jouets et les détruisait, la bonne petite Patience, elle, les mettait soigneusement de côté. Bunyan oublie de mentionner que lorsque Colère eut détruit tous ses jouets, elle était devenue trop grande pour eux.

 

              Le Karma n’agit pas de cette manière donnant donnant. Œil pour œil est une sorte de justice barbare, et l’idée de justice dans notre acception humaine est tout à fait étrangère à la constitution de l’Univers.

 

              LE KARMA EST LA LOI DE CAUSE ET D’EFFET. Il n’entre aucune mesure dans ses opérations. Lorsqu’un accident se produit il est impossible de dire ce qui peut en résulter; et l’Univers est un formidable accident.

 

              Mille fois nous sortons prendre le thé sans péripéties, et la mille-et-unième nous rencontrons quelqu’un qui change radicalement et à jamais le cours de nos existences.

 

              Il est une sorte de conscience comme quoi chaque impression faite sur nos esprits est la résultante de toutes les forces du passé; aucun incident n’est infime au point de ne pas façonner notre nature. Mais cette vengeance grossière n’intervient absolument pas. L’on peut tuer cent mille poux en une petite heure au pied du Glacier Baltoro, comme Frater P. le fit une fois. Il serait stupide de supposer, comme les Théosophistes sont inclins à le faire, que cette action implique le sort funeste d’être tué cent mille fois par un pou.

 

              Ce livre de comptes du Karma est gardé séparé des écritures de la petite caisse; et au regard du volume, les écritures de la petite caisse sont bien plus épaisses que le livre de comptes.

 

              Si nous mangeons trop de saumon, nous aurons droit à l’indigestion, et peut-être au cauchemar. Il faut être un crétin pour supposer qu’un jour viendra où un saumon nous mangera et s’en trouvera incommodé.

 

              Par contre, nous sommes toujours terriblement punis pour des actes qui ne sont en rien des fautes. Même nos vertus appellent la nature outragée à prendre sa revanche.

 

              Le Karma ne croît que par ce qui l’alimente : et si le Karma doit être vomi dans son intégralité, cela exige un régime très sévère.

 

              Chez la majorité des gens, leurs actions s’annulent les unes les autres; un effort est à peine accompli qu’il se trouve contrebalancé par l’oisiveté. Eros laisse place à Antéros.

 

              Pas un homme sur un millier ne s’échappe, ne serait-ce qu’en apparence, des banalités de la vie animale.

 

La naissance est tristesse;

La vie est tristesse;

Tristes sont le vieil âge, la maladie, et la mort;

Mais la résurrection est le comble du malheur.

 

              « Oh quelle souffrance ! naître sans cesse ! » comme l’a dit le Bouddha.

 

              L’on passe d’un jour à l’autre avec un peu de ceci et un peu de cela, avec quelques bonnes pensées et quelques autres malveillantes; rien n’est vraiment accompli. L’esprit et le corps se trouvent changés, changés irrévocablement à la nuit tombante. Mais quelle est la signification de ce changement ?

 

              Combien rares ceux qui peuvent contempler les années laissées derrière eux et affirmer qu’ils ont avancé dans une quelconque direction déterminée ! Combien rares ceux en qui ce changement, si l’on peut dire, est une variable de l’intelligence et de la volonté consciente ! Le poids mort des conditions d’origine sous lesquelles nous sommes nés a compté bien plus que tous nos efforts. Les forces inconscientes sont incomparablement plus fortes que celles dont nous avons connaissance. C’est la solidité de notre Pantacle, le Karma de notre terre qui fait tournoyer l’homme ne l’emporte-t-il pas autour de son axe à la vitesse d’un millier de kilomètres à l’heure ? Et mille est Aleph, un Aleph majuscule, le microcosme de l’air omni-errant, le fou du Taro, le manque de but et la fatalité des choses !

 

              Il est donc très difficile, d’une manière ou d’une autre, de façonner ce lourd Pantacle.

 

              Nous pouvons graver des caractères dessus à l’aide de la dague, mais ils ne deviendront guère plus que la statue d’Ozymandias, Roi des Rois, au milieu du désert interminable.

 

              Nous gravons une image dans la glace; elle est effacée un matin par les traces des autres patineurs; et cette image ne faisait guère plus qu’égratigner la surface de la glace, et la glace elle-même doit fondre devant le soleil. EN VÉRITÉ LE MAGICIEN PEUT DÉSESPÉRER LORSQU’IL EN VIENT À LA CONSTRUCTION DU PANTACLE ! CHACUN A LA MATIÈRE, CHACUN EST À PEU PRÈS AUSSI HABILE QUE SES FRÈRES; MAIS POUR QUE CE PANTACLE SOIT DE QUELQUE MANIÈRE FAÇONNÉ À UNE FIN VOULUE, OU MÊME À UNE FIN INTELLIGIBLE, OU MÊME À UNE FIN CONNUE : « HOC OPUS, HIC LABOR EST ». IL S’AGIT EN EFFET DU LABEUR CONSISTANT À REMONTER D’AVERNUS, ET À GAGNER LA HAUTE ATMOSPHÈRE.

 

              Pour y arriver, il est tout à fait nécessaire de comprendre nos tendances, et de vouloir le développement de l’une d’entre elles, la destruction d’une autre. Et bien que tous les éléments dans le Pantacle doivent être finalement détruits, il se trouve que certains nous aideront cependant à atteindre une position à partir de laquelle cette tâche destructrice devient possible; ET IL N’EST AUCUN ÉLÉMENT DEDANS QUI NE PUISSE ÊTRE OCCASIONNELLEMENT UTILE.

 

              Et ainsi — prenez garde ! Sélectionnez ! Sélectionnez ! Sélectionnez !

 

              Ce Pantacle est un entrepôt infini; les choses seront toujours là lorsque nous les voudrons. Nous pouvons occasionnellement les dépoussiérer et les mettre à l’abri des mites, mais nous serons d’ordinaire trop occupés pour en faire beaucoup plus. Souvenez-vous que dans le voyage menant de la terre aux étoiles, l’on doit éviter de s’encombrer de trop lourds bagages. Rien qui ne soit une partie nécessaire de la machine ne doit entrer dans sa composition.

 

              Or, bien que ce Pantacle ne soit composé que de trompe-l’œil, certains trompe-l’œil semblent pourtant plus faux que d’autres.

 

              L’Univers tout entier est une illusion, mais une illusion dont il est difficile de se débarrasser. C’est vrai de la plupart des choses. Déjà, quatre-vingt-dix-neuf pour cent des impressions sont fausses même par rapport aux choses appartenant à leur propre plan.

 

              De telles distinctions devront être profondément gravées à la surface du Pantacle par la Sainte Dague.

 

              Il ne nous reste plus qu’un seul des Instruments élémentaires à considérer, à savoir la Lampe.

 

 

NOTES

 

(1) NDT : Respectivement environ 20 cm et 1 cm 25.

 

(2) NDAC : Nous avons évité de traiter du Pantacle en tant que Patène du Sacrement, bien que des instructions spéciales s’y appliquent dans le Liber Legis. Il est composé de farine, de miel, de vin, d’huile sainte, et de sang.

 

(3) NDT : En Philosophie, les catégories sont, au sens large, des concepts très généraux exprimant les diverses relations que nous pouvons établir entre nos idées. Au sens strict, ce sont des classes dans lesquelles on répartit soit des êtres, soit des idées, suivant une certaine vue systématique. Aristote, qui créa le mot, en distingue dix : la substance, la quantité, la relation, la qualité, le lieu, le temps, la situation, la manière d’être, l’action, la passion. Pour Kant, les catégories, au nombre de douze, seront une classification des formes de l’entendement. Dans le jugement, il distingue quatre éléments : 1° la quantité (jugement singulier, pluriel, général); 2° la qualité (jugement de sens affirmatif, négatif, déterminatif); 3° la relation entre les termes d’un même jugement (catégorique, hypothétique, disjonctif); 4° la modalité ou relation du jugement à l’entendement (jugement problématique, assertorique, apodictique).

 

(4) NDAC : La Devise du Chef de l’AA, « la Lumière du Monde Soi-Même » (NDT : « Vi Veri Vniversum Vivus Vici » : Par la force de la vérité, j’ai, quoique vivant, conquis l’univers. C’était la devise de la Bête en tant que Maître du Temple).

 

(5) NDAC : Il n’arrive pas qu’un poussin sortant de sa coquille se comporte de la même manière qu’un enfant nouveau-né.

 

(6) NDT : Ou “Liber Viae Memoriae”, une méthode permettant d’acquérir la mémoire magique, et le souvenir des incarnations passées.

 

(7) NDAC : Pour abandonner tout, il faut se débarrasser non seulement du mal mais aussi du bien; non seulement de la faiblesse mais aussi de la force. Comment le mystique peut-il tout abandonner s’il s’accroche à ses vertus ?

 

 

 

 

Le sigillum dei aemeth, un pantacle dû au Dr John Dee.

 

 

 

 

10

 

LA LAMPE

 

 

              Dans le Liber A vel Armorum, l’enseignement officiel de l’AA en ce qui concerne la préparation des armes élémentaires, il est dit que chaque représentation symbolique de l’Univers doit être approuvée par le Supérieur du Magicien. La Lampe fait exception à cette règle; il est dit :

 

              « Une Lampe Magique qui brûle sans mèche ni huile, étant nourrie par l’Ether. Cela sera accompli secrètement et à part, sans demander l’avis ou l’approbation de son Adeptus Minor ».

 

              CETTE LAMPE EST LA LUMIÈRE DE L’ÂME PURE; elle n’a pas besoin de combustible, c’est l’inextinguible Buisson Ardent que vit Moïse, l’image du Très-Haut.

 

              Cette Lampe pend au-dessus de l’Autel, elle n’est pas supportée par quoi que ce soit au-dessous d’elle; sa lumière illumine le Temple tout entier, et cependant ni ombres ni réflexions n’y sont projetées. Elle ne peut être touchée, ne peut être éteinte, ne peut en aucune façon changer; car elle est totalement au-delà de toutes ces choses qui possèdent complexité, dimension, qui changent et peuvent être changées.

 

              Lorsque les yeux du Magus sont fixés sur cette Lampe, rien d’autre n’existe.

 

              Les Instruments reposent, inutiles, sur l’Autel; cette Lumière seule brûle éternellement.

 

              La Volonté Divine qu’était la Baguette n’est plus; car le chemin est devenu un avec le But.

 

              La Compréhension Divine qu’était La Coupe n’est plus; car le sujet et l’Objet de l’entendement sont devenus un.

 

              La Raison Divine qu’était L’Épée n’est plus; car le complexe a été résolu dans le Simple.

 

              La Substance Divine qu’était le Pantacle n’est plus; car le multiple est devenu l’Un.

 

              Éternelle, sans limites, sans étendue, sans cause ni effet, la Sainte Lampe brûle mystérieusement. Sans quantité ou qualité, inconditionnée et sempiternelle, est cette Lumière.

 

              Il est impossible à qui que ce soit de donner un avis ou d’approuver; car cette Lampe n’a pas été façonnée par des mains; elle existe seule pour toujours; elle n’a pas de rôle, pas de personne; elle est avant le « Je suis ». Peu nombreux ceux qui peuvent la contempler, bien qu’elle soit toujours présente. Pour elle il n’y a ni ici ni , ni alors ni maintenant; tous les éléments du langage ont été abolis, sauf le nom; et ce nom ne figure ni dans le langage humain ni dans le Divin. C’est la Parole Perdue, la musique mourante dont l’écho septuple est IAO et AUM. Sans cette Lumière, le Magicien ne pourrait pas œuvrer du tout; et pourtant c’est un fait, ils sont peu nombreux les Magiciens qui en ont connaissance, et plus rares encore Ceux ayant contemplé son éclat !

 

              Le Temple et tout ce qu’il contient doit être détruit encore et encore avant d’être digne de recevoir cette Lumière. De là vient le fait que bien souvent le seul conseil qu’un maître puisse donner à un disciple soit de détruire le Temple.

 

              Tout ce que vous avez et tout ce que vous êtes sont des voiles occultant cette Lumière.

 

              Conséquemment, tout avis est vain sur une question aussi élevée. Il n’est pas de maître si grand soit-il qui puisse clairement appréhender la personnalité d’un élève dans sa totalité. Ce qui l’a aidé dans le passé peut en gêner un autre dans le futur.

 

              Malgré tout, le Maître étant dans l’obligation de servir, il pourra honorer cette tâche en suivant la ligne de conduite que voici : PUISQUE TOUTES LES PENSÉES SONT DES VOILES DEVANT CETTE LUMIÈRE, IL CONSEILLERA LA DESTRUCTION DE TOUTES LES PENSÉES, ET À CET EFFET ENSEIGNERA LES PRATIQUES NETTEMENT FAVORABLES À UNE TELLE DESTRUCTION.

 

              CES PRATIQUES ONT, PAR BONHEUR, ÉTÉ RÉDIGÉES DANS UN LANGAGE INTELLIGIBLE PAR ORDRE DE l’AA.

 

              Dans ces instructions, la relativité et les limites de chaque pratique sont clairement posées, et toute interprétation dogmatique est soigneusement évitée. Chaque pratique est en elle-même un démon devant être détruit; mais pour être détruit, il doit tout d’abord être évoqué.

 

              Honte au Maître qui éviterait quelqu’une de ces pratiques, si désagréable ou inutile puisse-t-elle lui paraître ! Car dans leur connaissance détaillée, que seule l’expérience fournit, peut résider la solution à un problème crucial de l’élève. Peu importe le temps exigé par ce pénible travail, il doit être accompli. S’il était possible de regretter quoi que ce soit dans la vie, ce qui n’est heureusement pas le cas, ce serait les heures gaspillées en des pratiques couronnées de succès, qu’il aurait mieux valu employer à des pratiques jusqu’alors stériles : car NEMO (1), en entretenant son jardin, ne cherche pas à distinguer la fleur qui sera NEMO après lui. Et on ne nous dit pas si NEMO aurait usé d’autres moyens que ceux qu’il emploie actuellement; il semble que s’il n’avait pas l’acide ou le couteau, ou le feu, ou l’huile, il pourrait manquer d’entretenir précisément cette fleur qui devait être NEMO après lui !

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : NEMO est le Maître du Temple, dont la tâche consiste à faire évoluer le débutant. Voir Liber CDXVIII, Ether XIII.

 

 

 

 

11

 

LA COURONNE

 

 

              LA COURONNE DU MAGICIEN REPRÉSENTE L’ABOUTISSEMENT DE SON ŒUVRE. C’est une bande d’or pur dont l’avant est orné de trois pentagrammes et l’arrière d’un hexagramme. Le pentagramme central recèle un diamant ou une grosse opale; les trois autres symboles contiennent le Tau. Autour de cette Couronne est enroulé le Serpent doré Uraeus, tête érigée et coiffe dilatée. Sous la Couronne se trouve un capuchon cramoisi de maintien, tombant jusqu’aux épaules.

 

              Au lieu de cela, la Couronne Ateph de Thoth est quelquefois portée; car Thoth est le Dieu de la Vérité, de la Sagesse, et celui qui enseigne la Magick. La Couronne Ateph possède deux cornes de bélier, impliquant énergie, autorité, la force qui met bas les obstacles, le signe du printemps. Entre ces cornes il y a le disque du soleil, duquel surgit un Lotus soutenu par les plumes jumelles de la vérité, et trois autres disques solaires sont maintenus, l’un par la coupe du lotus, les autres au-dessous des plumes recourbées.

 

              Il y a encore une autre Couronne, la Couronne d’Amoun le caché, dont les Hébreux tirèrent leur saint mot “Amen”. Cette Couronne est simplement constituée des plumes de la vérité. Mais il n’est pas nécessaire d’aller plus loin dans son symbolisme, car tout cela et plus encore se trouve dans la première Couronne décrite.

 

              Le capuchon cramoisi implique la dissimulation, et est aussi symbolique des flots de gloire déversés d’en-haut sur le Magicien. Il est en velours à cause de la douceur de ce divin baiser, et cramoisi parce qu’il s’agit là du véritable sang de Dieu qui est sa vie. La bande d’or est l’éternel cercle de la perfection. Les trois pentagrammes symbolisent le Père, le Fils et le Saint-Esprit, tandis que l’Hexagramme représente le Magicien lui-même. Ordinairement, les pentagrammes symbolisent le microcosme, et les hexagrammes le macrocosme; mais ici c’est l’inverse, car dans cette Couronne de Perfection, ce qui était en-dessous est devenu ce qui est au-dessus, et ce qui était au-dessus est devenu ce qui est en-dessous. Si un diamant est porté, c’est à cause de la Lumière qui précède toute manifestation dans la forme; et si une opale, afin de commémorer le sublime dessein du Tout, qui est de se voiler et dévoiler en une éternelle extase, de se manifester comme le Multiple afin que de Multiple il puisse devenir l’Un Non-Manifesté. Mais cette question est trop élevée pour être développée dans un traité élémentaire de Magick.

 

              Le Serpent qui est enroulé autour de la Couronne signifie plusieurs choses, ou plutôt une seule sous divers aspects. C’est le symbole de la royauté et de l’initiation, car le Magicien est sacré Roi et Prêtre.

 

              Il représente aussi Hadit, de qui nous ne pouvons citer ici que ces quelques mots : « Je suis le Serpent Secret lové et prêt à bondir : dans mes anneaux il y a joie. Si je lève ma tête, moi et ma Nuit sommes un. Si je baisse ma tête, et crache du venin, la terre est alors ravie, et moi et la terre sommes un » (1).

 

              Ce serpent est aussi celui de la Kundalini, la force Magique soi-même, le côté manifesté de la Divinité du Magicien, dont le côté non-manifesté est paix et silence, pour lesquels n’existent pas de symboles.

 

              Dans le système Hindou, l’on décrit le Grand Œuvre de la manière suivante : ce serpent, qui est habituellement lové à la base de la colonne vertébrale, s’élève avec sa coiffe jusqu’au-dessus de la tête du Yogi, afin de s’y unir au Seigneur de Tout.

 

              Le serpent est aussi l’empoisonneur. Il est cette force qui détruit l’Univers manifesté. Il est aussi ce serpent vert émeraude qui encercle l’Univers. Cette question doit être étudiée dans le Liber LXV (2), où elle est traitée d’incomparable manière. La coiffe de ce serpent comporte six joyaux, trois de chaque côté, Rubis, Émeraude et Saphir, les trois saints éléments rendus parfaits, en équilibre des deux côtés.

 

 

NOTES

 

(1) NDT : Le Livre de la Loi, chapitre II, verset 26.

 

(2) NDT : Liber Cordis Cincti Serpente, l’un des Livres Saints de Thélème; et un compte-rendu des relations entre l’Aspirant et son Saint Ange Gardien. Traduit & à paraître.

 

 

 

 

12

 

LA ROBE

 

 

              La Robe du Magicien peut varier selon son grade et la nature de son travail.

 

              Il y a principalement deux Robes, la blanche et la noire; la noire est plus importante que la blanche, cette dernière ne possédant pas de capuchon. Ces Robes peuvent aussi varier par l’ajout de divers symboles, mais dans tous les cas, la forme du vêtement est un Tau.

 

              Le symbolisme général que nous avons adopté nous conduit néanmoins à préférer décrire une Robe que peu osent porter. Cette Robe est de soie somptueuse, d’un bleu profond et pur, le bleu du ciel nocturne : des étoiles dorées, des roses et des lis y sont brodés. Tout autour de l’ourlet, sa queue dans sa bouche, est le grand serpent, tandis que sur le devant, du col à l’ourlet, tombe la flèche décrite dans la Vision du Cinquième Ether. Cette Robe possède une doublure de soie pourpre où est brodé un serpent vert lové du col à l’ourlet. Le symbolisme de cette Robe traite de hauts mystères devant être étudiés dans le Liber CCXX et le Liber CDXVIII (1); mais ayant suffisamment parlé des Robes spéciales, considérons maintenant la fonction de la Robe sur un plan général.

 

              LA ROBE CACHE ET PROTÈGE LE MAGICIEN DES ÉLÉMENTS; ELLE EST LE SILENCE ET LE SECRET SOUS LE RÈGNE DESQUELS IL ŒUVRE, ELLE EST SA PROPRE DISSIMULATION DANS LA VIE OCCULTE DE LA MAGICK ET DE LA MÉDITATION. C’est le “départ dans le désert” commun à toutes les vies des plus grands hommes. Aussi le fait de se retirer de la vie conçue comme telle.

 

              Sous un autre aspect, c’est l’“Aura” du Magicien, cet œuf ou enveloppe invisible qui l’entoure. Cette “Aura” doit être brillante, élastique, impénétrable — même à la lumière, c’est-à-dire à n’importe quelle lumière partielle venant d’un côté ou de l’autre.

 

              L’unique lumière du Magicien vient de la Lampe qui pend au-dessus de sa tête comme il se tient au centre du Cercle, et la Robe, étant ouverte au niveau du cou, ne fait pas obstacle à son passage. Et étant ouverte, et même très largement ouverte, en bas, elle permet à cette lumière de passer et d’illuminer ceux qui vivent dans les ténèbres et l’ombre de la mort.

 

 

NOTES

 

(1) NDT : Il s’agit du Liber Legis et du Liber 418, “The Vision and the Voice” (“La Vision et la Voix”), relatant l’exploration par Crowley des “Ethers” de la magie énochienne. Tous deux sont traduits & à paraître.

 

 

 

 

13

 

LE LIVRE

 

 

              LE LIVRE DES INCANTATIONS OU CONJURATIONS TÉMOIGNE DE CHAQUE PENSÉE, PAROLE ET ACTE DU MAGICIEN; car tout ce qu’il a voulu l’a été en fonction d’un but déterminé. C’est la même chose que s’il avait prêté le serment de réaliser tel ou tel exploit.

 

              Ce Livre doit être un Livre saint, et pas un cahier de brouillon où noter toutes les sottises qui peuvent vous venir à l’esprit. Il est écrit dans le Liber VII (1), v, 22 : « Chaque souffle, chaque mot, chaque pensée, chaque acte est un acte d’amour avec toi. Que cette dévotion constitue un charme puissant pour conjurer les démons du Cinq ».

 

              Ce Livre se doit donc d’être ainsi rédigé. En premier lieu, le Magicien doit pratiquer les exercices exposés dans le Liber CMXIII (2) afin de parfaitement comprendre qui il est et vers quoi doit inévitablement tendre son évolution. Voilà pour la première page du Livre.

 

              QU’IL ÉVITE DONC SOIGNEUSEMENT D’Y ÉCRIRE QUOI QUE CE SOIT DE FAUX OU DE DISHARMONIEUX. IL NE PEUT NON PLUS ÉVITER D’Y ÉCRIRE, CAR C’EST UN LIVRE MAGICKE. Si vous délaissez — ne serait-ce qu’une heure — l’unique but de toute votre vie, vous trouverez un certain nombre de gribouillages et d’éraflures dénuées de sens sur le vélin blanc; et il est impossible de les effacer. Et lorsque vous conjurerez un démon par le pouvoir du Livre, il se moquera en vous désignant toute cette écriture insensée, plus proche de la sienne que de la vôtre. En vain continuerez-vous la cérémonie par les formules appropriées; vous avez brisé par votre propre inconséquence la chaîne qui l’aurait asservi.

 

              Même la calligraphie du Livre doit être assurée, limpide et magnifique; car il n’est pas si facile de lire les conjurations au milieu des nuages d’encens. Pendant que vous scrutez péniblement au-travers de la fumée, le démon pourrait s’éclipser, et vous devriez inscrire le terrible mot “échec”.

 

              Par ailleurs, il n’est aucune page du Livre où ce mot ne soit écrit; mais aussi longtemps qu’il est immédiatement suivi d’une nouvelle affirmation, tout n’est pas perdu. Si l’inscription du mot “échec” est d’une importance relative, le mot “succès”, par contre, ne doit jamais être employé, car c’est là le dernier mot qui doive être écrit dans le Livre, et il marque l’arrêt complet de sa rédaction.

 

              Cet arrêt complet ne doit jamais figurer nulle part ailleurs; car la rédaction du Livre se poursuit éternellement; il n’y a pas moyen de classer le dossier avant que le but de tout n’ait été atteint. QU’UN CHANT S’INSCRIVE SUR CHAQUE PAGE DE CE LIVRE — CAR C’EST UN LIVRE D’INCANTATIONS !

 

              Les pages de ce Livre sont de vélin (3) vierge, issu du veau qu’Isis-Hâthor la Grande Mère offrit à Osiris-Apis le Rédempteur. Il est relié en cuir bleu sur lequel le mot Thelema est écrit en or. Que la plume avec laquelle on écrira soit celle d’un jeune cygne mâle — ce cygne dont le nom est Aum. Et que l’encre utilisée soit la bile d’un poisson, le poisson Oannès.

 

              Il en a été suffisament dit au sujet du Livre.

 

 

NOTES

 

(1) NDT : Il s’agit du Liber Liberi vel lapidis lazvli, l’un des Saints Livres de Thélème.

 

(2) NDT : Le Liber Thisharb, décrivant des méthodes permettant d’acquérir la mémoire magique, le souvenir des vies passées, et par conséquent une meilleure compréhension du rôle que doit jouer l’Aspirant dans son incarnation présente. Figure en Appendice VII de “Magick en Théorie et en Pratique”.

 

(3) NDT : Peau de veau qui a l’apparence d’un parchemin très mince et très fin.

 

 

 

 

14

 

LA CLOCHE

 

              Il est préférable que la Cloche Magique soit reliée à la chaîne. Dans certains systèmes de Magick, plusieurs cloches étaient portées, cousues aux bords de la robe du Magicien, dans l’intention de symboliser l’idée selon laquelle tout mouvement de ce dernier doive donner naissance à la musique. Mais la Cloche dont nous parlons ici est un instrument d’une importance bien plus grande. CETTE CLOCHE CONVOQUE ET ALARME; ET C’EST AUSSI LA CLOCHE QUI SONNE LORS DE L’ÉLÉVATION.

 

              C’est donc aussi la “Cloche Astrale” du Magicien (1).

 

              La Cloche dont nous parlons est un disque d’environ cinq centimètres de diamètre, très légèrement courbé, sa forme n’est pas sans évoquer celle d’une cymbale. Un trou au centre permet le passage d’une courte lanière de cuir, par laquelle on la rallie à la chaîne. À l’autre extrémité de la chaîne il y a le percuteur; qui, au Tibet, est généralement un os humain.

 

              La Cloche elle-même est composée d’electrum magicum, un alliage des “sept métaux” mariés ensemble d’une manière spéciale. Primo, l’or est fondu avec l’argent lors d’un aspect favorable du soleil et de la lune; puis la résultante est refondue avec de l’étain lorsque Jupiter est bien dignifié. Le plomb est ajouté sous une influence propice de Saturne; et le vif-argent, le cuivre et le fer, lorsque Mercure, Vénus et Mars sont de bon augure.

 

              Le son de cette Cloche est indiciblement imposant, solennel, et majestueux. Sans même la plus minime dissonance, sa note unique résonne, de moins en moins audible, jusqu’au silence total. AU SON DE CETTE CLOCHE, L’UNIVERS S’ARRÊTE DURANT UN INDIVISIBLE INSTANT ET PRÊTE ATTENTION À LA VOLONTÉ DU MAGICIEN. Qu’il n’interrompe point le son de cette Cloche. Qu’il en soit comme il est écrit dans le Liber VII, v, 31 : « Il est une solennité du silence. Il n’y a plus de voix du tout ».

 

              DE MÊME QUE LE LIVRE MAGIQUE ÉTAIT CONSIGNATION DU PASSÉ, AINSI LA CLOCHE MAGICKE EST-ELLE PROPHÉTIE DU FUTUR. Le manifesté doit se réitérer encore et encore, toujours une note claire et légère, toujours une musique simple, quoique chaque fois moins perturbatrice du silence infini, et cela jusqu’à la fin.

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : Durant certaines pratiques méditatives, l’Étudiant peut entendre le son d’une cloche résonner dans les profondeurs de son être. Cela n’est pas subjectif, car ce son est quelquefois entendu d’autres personnes. Certains Magiciens sont capables, à son moyen, d’attirer l’attention de ceux avec qui ils désirent communiquer à distance; ou du moins c’est ce qu’on prétend.

 

 

 

 

15

 

LE PECTORAL

 

              Le pectoral ou Lamen du Magicien est un symbole très compliqué et très important. Dans le système Juif, nous lisons que le Grand Sacrificateur devait porter un pectoral où se trouvaient douze pierres, pour les douze tribus d’Israël (avec toutes leurs correspondances), et dans ce pectoral étaient gardés l’Urim et le Thummim (1).

 

              Le Lamen moderne est, toutefois, une simple plaque qui (portée sur le cœur) symbolise Tiphereth, et ELLE DOIT PAR CONSÉQUENT CONCRÉTISER L’HARMONIE DE TOUS LES AUTRES SYMBOLES EN UN SEUL. Par sa forme, elle rappelle naturellement le Cercle et le Pantacle; mais répéter le dessin de l’un ou de l’autre ne saurait suffire.

 

              Le Lamen de l’esprit que l’on désire évoquer est à la fois placé dans le triangle et porté sur la poitrine; mais dans ce cas, puisque ce que nous voulons évoquer n’est pas partiel, mais total, nous devons n’avoir qu’un seul symbole permettant de réunir les deux. C’EST DONC LE GRAND ŒUVRE QUI SERA LE SUJET DE LA REPRÉSENTATION (2).

 

              LE MAGICIEN DOIT PLACER DANS CE LAMEN LES CLÉS SECRÈTES DE SA PUISSANCE.

 

              Le Pantacle n’est jamais que les matériaux sur lesquels nous devons œuvrer, rassemblés et harmonisés, mais sans qu’aucune activité ait encore pris place. Toutes les parties de l’appareil sont à notre disposition, ou même déjà assemblées, mais il n’a pas encore été mis en marche. Dans le Lamen, ces forces sont déjà à l’œuvre; même l’achèvement y est préfiguré.

 

              Dans le système d’Abramelin, le Lamen est une plaque d’argent sur laquelle le Saint Ange Gardien écrit avec de la rosée. C’est là une autre manière d’exprimer la même chose, car c’est Lui qui confère les secrets de cette puissance devant être signifiée par le Lamen. St Paul dit la même chose lorsqu’il affirme que la cuirasse est la foi, et peut résister aux traits ardents des méchants. Cette “foi” n’est pas crédulité et confiance aveugle en soi-même; mais cette sûreté de soi qui apparaît seulement lorsque le moi est oublié.

 

              C’EST LA “CONNAISSANCE ET CONVERSATION DU SAINT ANGE GARDIEN” QUI CONFÈRE CETTE FOI. L’UNIQUE TÂCHE DE QUI VOUDRAIT ÊTRE NOMMÉ ADEPTE EST D’OBTENIR CETTE CONNAISSANCE ET CONVERSATION. Une infaillible méthode permettant d’y arriver est délivrée dans le Huitième Ether (Liber CDXVIII, The Equinox V).

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : Les exégètes sont dans l’incertitude quant à leur nature, quoique apparemment il s’agissait d’outils divinatoires.

 

(2) NDAC : À vrai dire, certains écrivains confondent le Lamen avec le Pantacle, généralement à cause d’un malentendu quant à la nature de ce dernier. Le “Sigillum Dei Aemeth” du Docteur John Dee constitue un excellent pantacle, mais serait inutile en tant que lamen. Eliphas Lévi fit plusieurs tentatives pour dessiner l’un ou l’autre, lequel des deux précisément, il ne semble jamais en avoir été certain. Fort heureusement, il en sait plus à l’heure actuelle. Les lamens représentés dans les Petite et Grande Clés de “Salomon” sont un peu meilleurs, mais nous ne connaissons pas d’exemple idéal. Le dessin de couverture de “The Star in the West” représente un effort précoce de Frater Perdurabo.

 

 

 

 

 

Exemple de dessin pour un lamen.

 

 

 

 

16

 

DU FEU MAGICK; PLUS DES CONSIDÉRATIONS RELATIVES À L’ENCENSOIR, AU CHARBON ET À L’ENCENS

 

 

              DANS LE FEU MAGICKE SONT TOUTES CHOSES JETÉES. IL SYMBOLISE LA COMBUSTION FINALE DE TOUT CE QUI EXISTE DANS LE SHIVADARSHANA. C’EST L’ABSOLUE DESTRUCTION À LA FOIS DU MAGICIEN ET DE L’UNIVERS.

 

              L’Encensoir repose sur un petit autel. « Mon autel est d’airain ajouré : brûle dessus en argent ou en or ! » (1). Cet autel se trouve à l’Est, comme pour symboliser l’identité de l’Espoir et de l’Annihilation. Cet airain contient les métaux de Jupiter et Vénus fondus en un alliage homogène. Il est donc symbolique de l’amour divin, et il s’agit d’“airain ajouré” car cet amour n’est pas limité dans sa direction ou son étendue; il n’est pas particularisé, mais universel.

 

              Sur cet autel repose l’Encensoir proprement dit; il possède trois pieds symboliques du feu (2). Sa coupe est un hémisphère, et un disque percé de trous est maintenu par son bord. L’Encensoir est d’or ou d’argent, car ceux-ci étaient dits métaux parfaits; et c’est sur la perfection que l’imparfait est consumé. Sur ce disque brûle un grand feu de charbon, imprégné de nitre. Ce charbon est (comme les chimistes commencent à le soupçonner) l’ultime élément versatile : absolument noir, car il absorbe toute lumière; infusible par l’application d’aucune chaleur connue; il est le plus léger des éléments se présentant à l’état solide dans la nature; la composante essentielle de toutes les formes de vie recensées.

 

              Il a été traité avec du nitre, dont le potassium fournit la flamme violette de Jupiter, le père de tout; dont le nitrogène est cet élément inerte qui par suite d’une combinaison appropriée devient élément constitutif des corps reconnus comme les plus explosifs; et dont le troisième ingrédient est l’oxygène, à savoir la nourriture du feu. Le Magicien souffle sur les flammes; ce brasier destructeur a été allumé par son verbe et sa volonté.

 

              Dans ce Feu il jette l’Encens, symbolisant la prière, le véhicule grossier ou image de son aspiration. En raison de l’imperfection de cette image, nous obtenons de la fumée au lieu d’une combustion parfaite. Mais nous ne pouvons utiliser d’explosifs à la place de l’encens, parce que cela ne correspondrait pas à la réalité. NOTRE PRIÈRE EST L’EXPRESSION DE L’INFÉRIEUR ASPIRANT AU SUPÉRIEUR; elle est dénuée d’une vision claire du supérieur, ne comprend pas ce que veut ce supérieur. Et aussi agréable puisse être son odeur, il y a toujours des nuages de fumée.

 

              Dans cette fumée, les illusions surgissent. Nous cherchons la lumière et voilà que le Temple est assombri ! Dans ces ténèbres, la fumée semble adopter d’étranges formes, et il se peut que nous entendions des cris de bêtes. Plus épaisse est la fumée, plus sombre devient l’Univers. Nous tremblons et sursautons, réalisant quelles choses fétides et dénuées de substance nous venons d’évoquer !

 

              Néanmoins, nous ne pouvons nous passer de l’Encens ! À moins que notre aspiration ne prenne forme, elle ne saurait influencer la forme. C’est aussi le mystère de l’incarnation.

 

              Cet Encens se compose de Gum Olibanum, le sacrifice de l’humaine volonté du cœur. Cet olibanum a été mixé avec une moitié de storax, les désirs terrestres, ténébreux, doux et tenaces; et ensuite remixé avec une moitié de lignum aloes, symbolisant le signe du Sagittaire, la flèche (3), et donc l’aspiration elle-même; il s’agit de la flèche qui fend l’arc-en-ciel. Cette flèche est la “Tempérance” du Taro; c’est une vie également équilibrée et inflexiblement dirigée vers son but qui rend notre travail possible; encore que cette vie elle-même doive être sacrifiée !

 

              Lors de la combustion de toutes ces choses, surgissent dans notre imagination ces spectres illusoires, séduisants ou terrifiants, qui grouillent sur le “Plan Astral”. La fumée dont nous parlons représente le “Plan Astral”, qui se situe entre le matériel et le spirituel. Il convient de maintenant consacrer quelques lignes à ce “plan” au sujet duquel bon nombre d’absurdités ont été rédigées.

 

              Lorsqu’un homme ferme les yeux et commence à regarder autour de lui, au début il n’y a que les ténèbres. S’il persiste à percer l’obscurité, une nouvelle paire d’yeux graduellement s’ouvrira.

 

              Certaines personnes croient qu’il s’agit là des “yeux de l’imagination”. Celles plus expérimentées comprennent que les choses perçues par ces yeux le sont réellement, quoique ces choses soient elles-mêmes totalement fausses.

 

              Tout d’abord, l’observateur ne percevra qu’une opacité grise; peut-être lors des expériences suivantes apparaîtront des personnages avec lesquels il pourra converser, et sous la direction desquels il pourra voyager ici ou là. Ce “plan” étant aussi vaste et diversifié que l’Univers matériel, on ne peut le décrire efficacement; nous conseillons au lecteur de consulter le “Liber O” et The Equinox II, pages 295 à 334.

 

              Ce “Plan Astral” a été décrit par Homère dans l’Odyssée. Là résident Polyphème et les Lestrigons, Calypso et les Sirènes. Là, aussi, ces choses que certains ont imaginé être les “esprits” des morts. Si l’étudiant admet quelqu’une de ces choses pour réelle, il doit lui rendre un culte, puisque toute réalité mérite d’être révérée. En pareille éventualité, notre magicien court à sa perte : le spectre aura pouvoir sur lui et l’obsédera.

 

              AUSSI LONGTEMPS QU’UNE IDÉE EST EXAMINÉE, L’ON ÉCHAPPE À SON JOUG. Il n’y a pas de mal dans le fait de fumer de l’opium ou de se nourrir de noisettes; mais dès que nous relâchons notre contrôle, et agissons par habitude et sans réflexion, les ennuis commencent. Nous mangeons tous beaucoup trop, notamment par la faute de ces restaurateurs obséquieux qui s’activent cinq fois par jour avec des provisions pour six mois; et il est plus facile de se goinfrer en se faisant rouler que de se poser la question essentielle : avions-nous vraiment faim ? Si vous faites vous-même votre cuisine, vous vous apercevrez vite que vous ne cuisinez ni plus ni moins que ce dont vous avez réellement besoin; et la santé reviendra. Si, toutefois, vous donnez dans l’excès inverse, et ne pensez plus qu’au régime, il est à peu près certain que vous sombrerez dans cette forme typique de mélancolie où le patient s’est convaincu que le monde entier cherche à l’empoisonner. Le professeur Schweinhund a démontré que la viande de bœuf cause la goutte; le professeur Naschtikoff que le lait provoque la phtisie. Sir Ruffon Wratts nous dit que la vieillesse est provoquée par la consommation de choux. On en arrive bientôt à l’option dont est si fier Mr Hereward Carrington : que votre unique nourriture soit le chocolat, à mastiquer sans cesse, même en rêve. À peine venez-vous d’admettre cette panacée universelle que vous prenez soudain conscience de l’atroce réalité démontrée par Guterbock Q. Hosenscheisser, Fourth Avenue, Grand Rapids : le chocolat est la cause de la constipation, la constipation celle du cancer, et ce brave homme entreprendra d’extirper ce monstre hors de votre corps au moyen d’un lavement qui épouvanterait un chameau au point de le rendre épileptique.

 

              Une folie similaire attaque même les véritables hommes de science. Metchnikoff étudia les maladies du colon jusqu’à ne plus rien voir d’autre, et proposa calmement qu’on retranche le colon de tout un chacun, faisant observer que le vautour (qui n’a pas de colon) vit jusqu’à un âge exceptionnel. En réalité, la longévité du vautour est due à son cou tordu, et bien des personnes censées proposèrent de vérifier le fait sur le professeur Metchnikoff lui-même.

 

              MAIS LES PIRES DE TOUS LES SPECTRES SONT LES IDÉES MORALES ET RELIGIEUSES. La santé mentale repose sur la faculté d’ajuster les idées entre elles, dans de justes proportions. La personne qui accepte une vérité religieuse ou morale sans la comprendre n’est sauvée de l’asile que parce qu’elle n’en suit pas les implications logiques. Quelqu’un croyant réellement dans le Christianisme (4), croyant vraiment que la majorité de l’humanité est destinée au châtiment éternel, devrait partir délirer dans le monde entier, s’acharnant à “sauver” l’âme des gens. Le sommeil ne serait possible qu’une fois le corps épuisé par les visions d’horreur que cette instance eschatologique ne manquerait point d’entretenir dans son esprit. Si notre homme n’allait pas jusqu’à ces extrémités, cela signifierait simplement son insanité morale. Qui d’entre nous peut dormir si la personne que nous aimons est en danger de mort ? Même un chien ne peut se noyer tranquillement sans que nous interrompions notre travail pour, au moins, regarder. Qui peut vivre à Londres tout en considérant le fait que sur ses sept millions d’âmes, seul un millier de Frères de Plymouth (5) échappera à la damnation ? Ceci dit, ce millier de Frères de Plymouth (les plus violents à proclamer qu’ils seront les seuls sauvés) ne semble pas en être particulièrement troublé et se porte très bien, merci. Qu’ils soient hypocrites ou moralement insanes est un problème que nous laisserons à leur propre réflexion.

 

              Tous ces fantômes, quelle que soit leur nature, doivent être évoqués, examinés et maîtrisés; autrement il se pourrait que juste au moment où nous en avons besoin, une idée dont nous ne nous étions jamais préoccupés nous attaque par surprise, et pour ainsi dire par derrière, et nous étrangle. C’est la légende du sorcier étranglé par le Diable !

 

 

NOTES

 

(1) NDT : “Liber Al vel Legis”, chapitre 3, verset 30.

 

(2) NDAC : Parce que Shin, la lettre Hébraïque à laquelle est attribué l’élément Igné, possède trois langues de feu, et sa valeur est de 300.

 

(3) NDAC : Notez qu’il existe deux flèches : la Divine projetée vers le bas et l’humaine vers le haut. La première est l’Huile, la seconde l’Encens, ou plutôt sa partie la plus subtile. Voir Liber CDXVIII, Cinquième Ether.

 

(4) NDAC : « Quelqu’un qui prendrait la Bible au sérieux deviendrait vite fou; ceci dit, pour envisager de la prendre au sérieux, il faut déjà l’être totalement ». — Crowley.

 

(5) NDT : Secte protestante ultra-fanatique créée à Dublin vers 1830 par un clergyman irlandais nommé Darby. Les parents de Crowley en étaient membres.

 

 

 

 

 

L’Encensoir.

 

 

 

 

GLOSSAIRE

 

 

              Seuls les mots qui n’ont pas été expliqués dans les pages précédentes figurent sur cette liste.

 

l’AA : La Grande Fraternité Blanche qui délivre la Méthode Initiatique au monde. Voir The Equinox I.

 

Adeptus Minor : Un grade de l’adeptat. Voir The Equinox III.

 

Aima : La Grande et Fertile Mère Nature.

 

Ama : La Grande Mère pas encore fertile.

 

Amoun : Le Dieu Amen = Zeus = Jupiter, etc, etc.

 

Ankh : Le Symbole de la “Vie”. Une forme de la Rose-Croix. Voir The Equinox III.

 

Apophis : Le Dieu-Serpent qui assassina Osiris. Voir The Equinox III.

 

Babalon, Notre Dame : Voir The Equinox V, “La Vision et la Voix”, 14ème Ether.

 

Bhagavadgita : Hymne sacré de l’Inde, traduit par Sir Edwin Arnold dans “Song Celestial”.

 

Binah : Compréhension, la 3ème “émanation” de l’Absolu.

 

Caducée : Le Bâton de Mercure. Voir The Equinox II et III.

 

Chela : Élève.

 

Chesed : Miséricorde, la 4ème “émanation” de l’Absolu.

 

Chokhmah : Sagesse, la seconde “émanation” de l’Absolu.

 

Choronzon : Voir The Equinox V, “La Vision et la Voix”, 10ème Ether.

 

Cité des Pyramides : Voir The Equinox V, “La Vision et la Voix”, 14ème Ether.

 

Crux Ansata : Voir au mot Ankh.

 

Daäth : Connaissance, enfant de Chokhmah et Binah en un sens; la demeure de Choronzon dans un autre.

 

Dhammapada : Un texte sacré du Bouddhisme.

 

Enfant de l’Abîme : Voir The Equinox VIII, le Temple de Salomon.

 

Ethers : Voir The Equinox V et VII.

 

Geburah : Force, la 5ème “émanation” de l’Absolu.

 

Gunas : Trois principes. Voir la Bhagavadgita, le Liber 777, etc.

 

Guru : Maître.

 

Hadit : Voir Liber Legis, The Equinox VII. Et aussi le Liber 555.

 

Hathayoga Pradipika : Un livre traitant de l’entraînement physique à des fins spirituelles.

 

Hod : Splendeur, la 8ème “émanation” de l’Absolu.

 

Kamma : Mot pâli pour Karma.

 

Karma : “Ce qui est fait”, “La loi de cause à effet”. Voir “Science et Bouddhisme”, Crowley, Œuvres Choisies, vol. II.

 

Kether : La Couronne, première “émanation” de l’Absolu.

 

Lao-Tseu : Un grand maître chinois, fondateur du Taoïsme. Voir le “Tao Teh King”.

 

Liber Legis : Voir The Equinox VII pour la reproduction fac-similé du manuscrit.

 

Lingam : L’Unité ou Principe Mâle. Mais ils ont divers symboles, par exemple Yoni est quelquefois 0 ou 3, et Lingam 2.

 

Lingam-Yoni : Une forme de la Rose-Croix.

 

Macrocosme : Le grand Univers, dont l’homme est une image exacte.

 

Magus : Un magicien. Aussi, un terme technique désignant un Maître du grade 9° = 2. Voir The Equinox VII, “Liber I”, et ailleurs.

 

Mahalingam : Voir au mot Lingam. Maha signifie grand.

 

Maha Sattipatthana : Une méthode de méditation. Voir “Science et Bouddhisme”, Crowley, Œuvres Choisies, Vol. II, pour une complète explication.

 

Maître du Temple : Quelqu’un ayant atteint le grade 8° = 3. Traité en détail dans The Equinox.

 

Malkah : Une jeune fille. La “fiancée”. L’âme non rachetée.

 

Malkuth : “Le Royaume”, 10ème “émanation” de l’Absolu.

 

Mantrayoga : Une pratique pour atteindre l’union à Dieu via la répétition d’une phrase sacrée.

 

Microcosme : L’Homme, considéré comme une image exacte de l’Univers.

 

Nephesch : L’“âme animale” de l’homme.

 

Netzach : Victoire, la 7ème “émanation”de l’Absolu.

 

Nibbana : Un état nommé, faute de mieux, annihilation. Le but final.

 

Nirvana : Voir au mot Nibbana.

 

Nuit : Consulter le Liber Legis.

 

Perdurado, Frater : Voir The Equinox I-X, “Le Temple du Roi Salomon”.

 

Prana : Consulter “Raja-Yoga”.

 

Qabalah : Voir “La tradition de la sagesse secrète des Hébreux”, The Equinox V.

 

Qliphoth : “Écorces” ou démons. Les excréments des idées.

 

Râ-Hoor-Khuit : Consulter le Liber Legis.

 

Rois Élémentaux : Voir “Liber 777”.

 

Ruach : L’intellect et autres facultés mentales. Voir le “Liber 777”, etc.

 

Sahasrara Cakkra : “Le Temple du Roi Salomon”. Voir The Equinox IV.

 

Sammasati : Voir “L’Éducation de l’Esprit”, The Equinox V, et “Le Temple de Salomon”, The Equinox VIII. Voir aussi “Science et Bouddhisme”, Crowley, Œuvres Choisies, Vol. II.

 

Sankhara : Consulter “Science et Bouddhisme”.

 

Sanna : Consulter “Science et Bouddhisme”.

 

Sentiers : Voir “Liber 777”, The Equinox II, et ailleurs.

 

Séphiroth : Voir le “Temple de Salomon”, The Equinox V.

 

Shin : “Une dent”. Lettre hébraïque = Sh, correspondant au Feu et à l’Esprit.

 

Shiva Sanhita : Un traité hindou portant sur l’entraînement physique à des fins spirituelles.

 

Skandhas : Voir “Science et Bouddhisme”.

 

Tao : Consulter Konx Om Pax, “Thien Tao”, “Liber 777”, etc.

 

Tao Teh King : Classique chinois du Tao.

 

Taro : Voir “Liber 777”, The Equinox III et VIII, etc, etc.

 

Tau : Une “croix”. Lettre hébraïque = Th, correspondant à la “Terre”. Voir “Liber 777”.

 

Thaumiel : Les démons correspondant à Kether. Deux forces opposées.

 

Théosophe : Une personne parlant du Yoga sans le pratiquer.

 

Thoth : Le Dieu Égyptien de la Parole, de la Magick, et de la Sagesse.

 

Tiphereth : “Beauté” ou “Harmonie”, la 6ème “émanation” de l’Absolu.

 

Typhon : Le destructeur d’Osiris.

 

Udana : L’un des “nerfs” imaginaires de la pseudo-physiologie hindoue.

 

Vedana : Voir “Science et Bouddhisme”, Crowley, Œuvres Choisies, Vol. II.

 

Vesica, Vesica Piscis : Voir au mot Yoni. L’ovale formé par l’intersection des cercles dans Euclide, I, 1.

 

Virakam, Soror : Une élève de Frater Perdurabo.

 

Vrittis : “Impressions”.

 

Yesod : “Fondation”, la 9ème “émanation” de l’Absolu.

 

Yogi : Quelqu’un cherchant à atteindre “L’Union” (à Dieu). Un mot Hindou équivalent au mot Musulman “fakir”.

 

Yoni : La Dyade, ou Principe Femelle. Voir le mot Lingam.

 

Zohar : Splendeur, un recueil de textes Qabalistiques. Consulter “Le Temple de Salomon”, The Equinox V.

 

 

 

 

MMM

 

 

Une Société mettant en pratique les enseignements de ce livre a été constituée. Sa méthode consiste en une série graduée d’Initiations.

De plus amples instructions pratiques sont délivrées aux Initiés selon leur grade.

Cette École est alliée à toutes les principales Corporations des Hauts Grades de la Franc-Maçonnerie.

Sans compter les Cérémonies d’Initiation, il y a un certain nombre d’autres Cérémonies destinées à augmenter la connaissance de l’Impétrant.

Une information plus complète peut être obtenue auprès du Grand Secrétaire Général, à qui l’on peut demander rendez-vous. Les lettres seront recommandées et adressées comme suit :

 

LE GRAND SECRÉTAIRE GÉNÉRAL,M∴M∴M∴

 

 

 

 

« FAY CE QUE VOULDRAS ...

... SERA LE TOUT DE LA LOI »

 

              L’O.T.O. est un ordre initiatique ouvert à toute personne “majeure, libre et de bonne renommée”, fondé en 1895 par le Maçon Karl KELLNER auquel succéda Theodor REUSS (de 1905 à 1922). REUSS échangea avec PAPUS diverses autorités dont Memphis et Misraïm, l’O.T.O. et l’Église Catholique Gnostique (l’E.G.C. actuellement en activité et jumelée à l’O.T.O.).

 

              En 1912, REUSS rencontre Aleister CROWLEY qui venait de publier “Le livre des mensonges”, en relation avec son Liber AL VEL LEGIS, le Livre de la Loi. Il le nomme représentant pour les pays anglophones, puis son successeur peu avant sa mort. En 1922, A. CROWLEY, La Grande Bête 666 etc... prend donc la tête de l’O.T.O., recompose les rituels comme le lui avait demandé REUSS & les adapte à la révélation de 1904, la Loi de THELEMA du Livre de la Loi. À la mort de CROWLEY en 1947, Karl GERMER lui succède jusqu’en 1962. En 1969, le CALIPHE HYMANEUS ALPHA, c’est-à-dire Grady Mc MURTRY devient “Outer Head of the Order”, le chef de l’ordre et le restructure de la façon que l’on connaît aujourd’hui. À sa mort en 1985, le CALIPHE HYMANEUS BETA lui succède. On lui doit notamment d’avoir autorisé la création de l’Oasis sous les Étoiles, représentant en France le susdit ordre.

 

              L’O.T.O. possède une structure de 9 degrés, en relation avec les 7 chakras, précédée du degré préliminaire Minerval. Le curriculum est composé de libri de A. CROWLEY dont la plupart sont traduits dans TAHUTI, le premier bulletin de l’Oasis regroupant la majorité des textes rituels ou constitutionnels de l’O.T.O.

 

              Les méthodes et les pratiques de l’O.T.O. sont certainement ce qui correspond aux personnes du XX° siècle s’intéressant à la Magie dans un esprit opératif et dans un but de réalisation, libérées des contraintes du Moyen-Âge et de la culpabilité religieuse et morale. C’est une école de Liberté et d’Amour.

 

« L’AMOUR EST LA LOI, L’AMOUR SOUS LA VOLONTÉ »

 

LÉON.

 

 

 

 

Paris, Janvier 1990.

 

MANIFESTE DE L’OASIS

SOUS LES ÉTOILES

 

 

              l- Les membres de l’Oasis sont affiliés à l’O.T.O., JAF BOX 7666 New York, qui est le central international, et à l’Oasis qui est l’une de ses manifestations actives selon sa manière propre.

 

              2- La première particularité de l’Oasis est d’être le point focal de plusieurs membres de l’O.T.O. possédant une éthique semblable sur les grandes lignes tout en les laissant dans la plus grande indépendance.

 

              3- Pour ce, un certain nombre de points habituels dans les sociétés initiatiques doivent être examinés :

                             a) Travail en groupe : À moins d’un groupe d’individus exceptionnel par sa cohésion et son dessein, le besoin de se regrouper rituellement ne vient pas en général d’un désir spirituel; nous éviterons donc les risques de vampirisme ou d’esclavagisme en limitant les cérémonies aux quelques rituels qui font que l’on travaille au sein de l’O.T.O. et aux exposés occasionnels portant sur des aspects techniques, en général sans rituels.

                             b) Reconnaissance : Étant sur Terre, tous les membres de l’Oasis sont égaux sur le plan de l’initiation intérieure par suite du manque de précisions que la rigueur de notre monde nous impose. Nous n’avons donc pas de “Maître”, de “Vénérable” & Cie, ni d’ailleurs de “Frère” ou de “Sœur”, étant entendu que la Fraternité à laquelle nous aspirons n’a pas besoin de ce genre de reconnaissance.

                             c) L’égrégore de l’Oasis : ce dernier étant basé sur la Fraternité citée en fin du b), il n’est pas soubaitable d’avoir un égrégore construit magic(k)ement par des apprentis sorciers, c’est l’une des raisons pour laquelle nous n’avons ni titres hiérarchiques hors des quelques cérémonies ponctuelles propres à l’O.T.O. (ces titres étant portés par des membres uniquement de manière fonctionnelle et au moment de la fonction) ni reconnaissance “Fraternelle” hors de l’amitié naturelle entre des êtres portés par un idéal proche.

 

              4- Éthique : Le problème de l’éthique est très personnel et dépend de la compréhension de l’univers et du sens de la culpabilité de chacun. C’est pour cela que l’O.T.O. possède de nombreux Camps, Oasis et Loges reflétant diverses tendances dues aux différences existant entre les êtres (« Chaque homme & chaque femme est une Étoile », AL, I. 3). L’éthique de l’Oasis provient des quelques personnes qui en sont à l’origine et s’adresse à ceux qui sont en accord avec celle-ci; en voici les grandes lignes :

                             a) Un désir de liberté, ce qui d’après nous implique de n’avoir ni contraintes ni liens dûs à une hiérarchie dans un sens comme dans l’autre.

                             b) Une extrême prudence sur le point délicat de l’équilibre entre la vie matérielle et le travail spirituel : les membres de l’Oasis ne bénéficient pas matériellement de leurs travaux — ou de leurs services dans le domaine spirituel.

                            c) Nous nous efforçons de nous occuper de notre chemin sans interférer avec le monde extérieur, ou alors de la manière la plus discrète possible.

                             d) Nous portons le plus grand respect pour l’Amour et le Sexe et n’envisageons pas une technique dite “Magie Sexuelle” autrement que comme un moyen d’initiation.

                             e) Étant sur terre, nous nous efforcerons de ne pas avancer de théories ou spéculations éthérées et invérifiables, de même nous ne transgresserons pas publiquement les lois de la nature, si l’occasion nous en était donnée.

                             f) Les auteurs des premiers manifestes R+C émettaient le vœu de faire profession de médecin à titre bénévole... C’est notre souhait que de pouvoir le faire.

 

L’Amant de la Liberté.

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