FRANCIS GUIBERT

 

MOINS 28 000 FANTÔMES (extrait)

 

    nuage de speed radioactif onde blanche radio muette phase effacée ligne droite réflexe auditif du proche & du loin onde suspendue glissement ondoyant d’un trait auditif ciel de plomb sur ligne brisée gymnastik du dôme des plaisirs neutres soupir du vent volkanic genèse de l’invisible profondeur effacée du vertige boule de jour dans la nuit sonde perdue dans un courant de brume livre ouvert dans le noir pluriel définitif de l’onde majeure sous les doigts du temps profondeur courante de la surface indigène des ténèbres moiteur froide d’un transept sous-marin surface vide du temps coagulation électrik du ciel,

    des jours-fantômes des nuits-fantômes des mois-fantômes glissant d’une ligne à l’autre,

    je hante rien, des ombres glissent, je ne connais rien ni moi ni personne,

    aucun feu dans les marécages, un dévidage du connu, tiédeur glaciale, signes & gestes muets, un lendemain de l’abstraction néantisée, yeux posés sur le gris des brumes, des images flottent, vitesse absolue du rêve réel, une giration de la perception directe dans le jeu du temps, mort-dans-la-vie, dix doigts deux mains, des yeux l’heure à la montre des surfaces-objets au pied du mur, partir au désert habiter le silence, ne lâche pas ma main, 5h.30 sur l’autoroute dans une autre vie, mon fantôme serait capable de voyager des années par le train des brumes sans station sans jour sans nuit sans but, une éternité de métal vibré de vitesse hypnotik dans une steppe blanche, et parfois une ombre passante dans le couloir d’un souvenir oublié se reflétant sur la vitre, les limbes seraient ce monde intermédiaire trop lent pour la conscience et trop rapide pour la conscience, intermédiaire entre l’incandescence & l’abîme, une surface d’abstraction où nous serions sensés exister, ce consensus de la Mort Officielle où personne ne fut & ne sera jamais et qui existe pourtant sous la käthédrâl-vampyr de ma soit-disant naissance,

    des bras de sommeil, fièvre froide alentour, Metropolis-Ragnarok, chacun à son poste, surface quadrillée des enfers et le Mat, yeux arrachés, jambes de sommeil en sang sur le chemin de nulle part, plus personne en dehors des cheptels assommés pour l’abattoir, encadrés des meutes enragées de Pavlov, murs blancs de la Séquence Ragnarok, devenez aveugle avant qu’on ne vous arrache les yeux, inutile de craquer des allumettes ici il n’y a plus d’air, désert du Quadrillage Ragnarok, corps acéphale du désert sortant du mur au fond des abattoirs, c’est le Grand Serpent du Sommeil qui nage jour & nuit dans les murs à 2 dimensions, c’est un rêve astral survolant la terre plate du Quadrillage Metropolis,

    dans les rues il y a des ombres d’oiseaux blancs fatigués,

dans le ciel il y a des baleines noires gigantesks,

dans la mer ce sont des corps humains gris pleins de coquillages,

un non-lieu des brumes dissociées,

chaque âme est un reflet de l’âme du désert,

tous les animaux sont le désert seul & parfait,

comme un vaisseau de 3 kms dans l’espace,

espace-temps parcouru d’ombres animales,

pour savoir ce que parler veut dire il faut un miroir,

et dans ce miroir il y a d’autres animaux,

hypnose du vent du désert,

    dans les rues roule le sable, au ciel roule le sable, dans la mer le battement d’ailes des vies solitaires parfaites, une cargaison de mouvement sans borne, ma forme humaine est avec les coquillages et les baleines noires du ciel, les rues sont l’infini pour personne, 50 millénaires sont un grain de sable, sont une âme perdue parfaite, un seul mouvement de l’indéfini animé, un voyage total de l’en deçà à l’au-delà pieds nus pleins de sang du sommeil universel, et si ailleurs il n’y a rien, ici c’est pareil, alors ce rien c’est aussi bien la foison, l’overdose Jérôme Bosch où vous partez en orgasme parce qu’enfin vous n’êtes plus personne mais la foison overdosée de ce rien qui n’en peut plus de sa liberté dans les ailes blanches des ombres, dans les rues et dans les baleines noires avec les maisons sur le dos, avec les cinémas de la rue Univers, d’un miroir passant dans un autre, foison sans personne,

    des baleines sur le dos d’autres baleines, les rues des siècles dans le ciel, tous vos sentiments comme un jeu de cartes jeté au ruisseau, une vulnérabilité imbattable comme un vaisseau de 3 kms dans l’espace, ventre offert aux pluies de météorites, la vertu sensuelle de la mort lorsque la pellicule du Magnétoscop-Ragnarok se liquéfie dans son ventre, les rues des siècles qui se mettent à couler, l’ombre de Sophia flotte encore un instant dans une ultime névralgie, puis disparaît laissant la porte ouverte à la furie des tempêtes, partir en laissant les portes battantes et suivre les traces d’absence de celle dont on ne connaît que l’ombre d’un lieu à l’autre puisqu’elle est de nulle part traversant en fondu enchaîné les rues des siècles superposées comme des calques, glisser sur le fil d’un temps transversal jusqu’à être ce fil sur une pulsation des 28 000 fantômes, image discontinue sur le voyage des steppes de la mort sensuelle, il n’y a personne dans la foison des siècles, il n’y a jamais eu personne dans l’univers, c’est le voyage d’une fureur du silence, vous êtes mort depuis toujours, et faire comme s’il y avait quelque chose à atteindre sans s’arrêter nulle part, un balancement du noir au blanc tellement rapide que les yeux s’éteignent, catapulté de néant en néant dans un hurlement de sirène,

    de qui, de quoi peut-on être l’enfant ?

 

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